Twenty first century schizoid man

« Blood rack barbed wire

Politicians’ funeral pyre

Innocents raped with napalm fire

Twenty first century schizoid man »

Lorsque le groupe anglais King Crimson enregistra en 1969 ce morceau qui ouvre son tout premier album : In the court of the Crimson King, l’expression « schizoid man » faisait essentiellement référence à la folie meurtrière qui anime les hommes depuis qu’ils vivent en société.

Actuellement ce constat s’inscrit dans une perspective nouvelle. Plus affolante encore…

Avant le 11 Septembre 2001, la menace était globale : des politiciens fous instrumentalisaient des guerres afin de satisfaire leurs appétits de pouvoir. Et les populations payaient un tribut exorbitant tout en sacrifiant indûment leurs vies. Avant le 11 Septembre 2001 la pire crainte de l’Homme c’était la guerre ; désormais la pire crainte de l’Homme… c’est l’Homme !

Désormais la menace est parcellaire. Elle se focalise essentiellement autour de petits groupes, souvent imprévisibles, et toujours destructeurs. Mais la menace est aussi individuelle, viscéralement ancrée en nous et sans cesse alimentée par la folie collective qui s’empare d’un monde dénué de repères et d’objectifs.

Cela signifie que le danger est partout et que chaque être humain est potentiellement une bombe. Une bombe écologique

Or l’une des premières conséquences du réchauffement climatique réside justement dans le fait qu’il y aura de plus en plus de pluie dans les zones qui en sont systématiquement saturées et de moins en moins d’eau dans les zones qui en manque déjà chroniquement.

Le désert et les landes savanicoles d’un côté, les cyclones et les inondations de l’autre côté.

Twenty first century schizoid man

En fait la schizoïdie est une forme atténuée de schizophrénie. Qu’importe… les musiciens de King Crimson étaient des visionnaires : l’Homme du vingt et unième siècle creuse la tombe de ses propres enfants. Pire encore, il y trouve une joie infinie, sentiment que le philosophe Peter Sloterdjik appelle « la démesure dans le bien être » (Ecumes). Or les conséquences de nos actes dépassent désormais ce que notre environnement peut supporter.

Et ces conséquences sont irréversibles…

Nous sommes tous affligés d’une myopie congénitale qui nous conduit à refuser de croire ce que nous savons parfaitement. Pourquoi ?

L’exemple du tabac se suffit à lui-même. En France, 25% des femmes enceintes continuent à fumer pendant et après leur grossesse. Or chacun sait que le tabac tue un consommateur (volontaire ou non) sur deux ! Tout le monde s’indigne lorsque l’on apprend qu’un produit susceptible d’être dangereux pour la santé se trouve en faible quantité dans un produit de consommation courante. Mais la présence d’une dizaine de produits hautement toxiques et cancérigènes dans la cigarette n’offusque personne.

Mourrez en paix…

Nous parlions de schizophrénie. L’Arctique en constitue un exemple magistral. Tous les scientifiques nous alertent en précisant que la banquise disparaît progressivement. Les médias se font largement l’écho de cette tragédie programmée et de ses conséquences environnementales.

Mais ce drame réjouit tous les acteurs politiques et économiques des principales nations riveraines : Russie, Canada, Etats-Unis, Norvège. Ces pays ont rapidement compris que la disparition progressive de la banquise arctique allait permettre :

–          d’organiser de nouvelles voies maritimes qui raccourciront sensiblement les distances (un gain de 7 000 kilomètres en l’Europe de l’Ouest et le Japon par exemple),

–          d’exploiter massivement les colossales richesses minérales et énergétique de ce territoire presque vierge encore…

Et le climat planétaire va croître encore d’un degré supplémentaire.

Le plus ahurissant réside dans le fait que cette attitude est simultanément parfaitement compréhensible et totalement suicidaire…

Elle est parfaitement compréhensible car :

–          la réduction des voies de communication en passant par le Pôle Nord économise de grandes quantités d’énergies productrices de gaz à effet de serre,

–          l’augmentation de nos ressources minérales et énergétiques améliorera les conditions de vie de centaines de millions d’êtres humains…

Elle est totalement suicidaire car en polluant et en violant ces espaces vierges nous accélérons encore le réchauffement climatique tout en concrétisons son caractère irréversible.

Nous creusons l’abîme sous nos pas. Avec un plaisir infini.

Twenty first century schizoid man

L’échec affligeant (mais parfaitement prévisible, hélas) du Sommet de Copenhague confirme une fois de plus ce constat sans appel : nous avons tous une incroyable capacité à déréaliser l’avenir.

Il est vrai que l’avenir sera l’affaire de nos enfants et des enfants de nos enfants. Nous leur léguerons donc :

–          une dette abyssale,

–          une planète en forme de poubelle…

Pour conclure, donnons la parole au grand poète indien Rabindranath Tagore : « Sur le rivage des mondes infinis, des enfants s’assemblent. La tempête erre dans le ciel sans routes, les navires sombrent dans la mer sans sillages, la mort rôde et les enfants jouent » (Offrande lyrique).

La tempête erre dans le ciel sans routes… la mort rôde et les enfants jouent…

Pauvres enfants !

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