Nos prochains romans après « Les vortex d’Übelmanium »

Compressed by jpeg-recompress

Nos 4 prochains romans.

Après Les vortex d’Übelmanium dont l’écriture sera achevée à la fin du printemps, nous commencerons plusieurs nouveaux romans dont vous trouverez ci-dessous un descriptif sommaire.

Le premier s’appellera L’éternité pétrifiée :

Mai 2024.

Spécialiste des neurosciences cognitives et chercheur à l’Université de Princeton, Adrian Sylford arrive dans une clinique privée située à la périphérie d’Hyderabad, la capitale de l’état indien du Telangana. Il souhaite examiner Bhagvan Sarveshwari, un sādhu qui est en catalepsie depuis quatre semaines. Le cœur de cet ascète hindou bat très lentement. Ses fonctions vitales sont ralenties.

Mais, le corps fatigué et amaigri de Bhagvan Sarveshwari semble se régénérer. Plus impressionnant encore, son activité cérébrale est intense. Elle donne l’impression que mille cerveaux s’activent à toute vitesse à l’intérieur de son crâne.

Au même moment, une équipe de scientifiques norvégiens observe plusieurs requins du Groenland (Somniosus microcephalus) au large de l’Islande. Certains atteignent 7 mètres de long et peuvent vivre 400 ou 500 ans. Cette équipe suit donc depuis deux mois une femelle particulièrement imposante.

Or, depuis quatre semaines exactement, son corps est nimbé d’une étrange lumière parme et violine qui forme comme une buée sphérique autour de sa silhouette fuselée.

L’ascète hindou et la femelle requin sont-ils connectés par un lien invisible et d’une puissance infinie.

Et pourquoi ?

Compressed by jpeg-recompress

L’éternité pétrifiée.

Le deuxième : 108 K se déroule… à l’intérieur d’une étoile !

Notre univers contient des centaines de milliards de milliards d’exoplanètes. Gigantesques ou minuscules, glacées ou brûlantes, très éloignées de leur étoile tutélaire ou très proches et se déplaçant dans une fournaise, elles composent une mosaïque de mondes étranges et fascinants.

Hormis certains astres qui errent au sein de l’espace extra-galactique, ces milliards de planètes tournent autour de leur étoile au sein d’un vaste système stellaire.

Une seule est différente. Totalement différente. Elle ne se déplace pas à la périphérie plus ou moins lointaine d’un fanal cosmique. Elle orbite… à l’intérieur de son étoile !

Cette planète se déplaçant dans un brasier stellaire est habitée depuis des millions d’années par deux civilisations. L’une vit à l’extérieur, l’autre se dissimule au cœur de ce monde hallucinant et brûlant protégé par un puissant champ magnétique.

Les deux civilisations arrivent au terme d’une hallucinante gigantomachie cosmique.

Celle-ci se déroule au centre de leur étoile.

Là où la température frôle 108 K. 100 millions de °C !

Compressed by jpeg-recompress

108 K : vivre dans un brasier dont la température peut frôler les 100 millions de ° C !

Le troisième : Tisiphone s’inspire de la plus macabre tragédie du théâtre français du XVIe siècle qui a été publié en 1575. Parue 10 ans avant le Titus Andronicus de Shakespeare, cette tragédie mettant en lumière une double vengeance est tout aussi effroyable que le drame du dramaturge anglais…

Vengeance !

Vengeance folle, terrifiante. Absolue…

Vengeance qui se nourrit de l’adultère et de l’inceste.

Vengeance qui se traduit par le meurtre, le parricide, le massacre d’innocents enfants et le dépeçage de cadavres en guise d’offrande cannibale.

Une épopée sanglante vouée à Tisiphone, l’une des trois divinités chthoniennes claquemurées aux Enfers dans les nuées sombres de l’Érèbe.

800 Tisiphone version 2 3696 2498 (2)

Tisiphone : une effroyable double vengeance inspirée d’une tragédie du XVIe siècle…

Le quatrième : Soliloquium in Splendor sera incontestablement le plus surprenant de tous… Il fera écho à cette réflexion faite par Léonard de Vinci : « Parmi les grandes choses qu’il y a à trouver autour de nous, c’est l’être du néant qui est la plus grande. » Léonard de Vinci – Journal

Que reste-t-il lorsque l’espace et le temps ont disparu ?

Parfaitement synchronisés, deux couples tournoient dans l’abîme. L’un est humain, l’autre ne l’est pas.

Une créature sphérique hérissonnée de milliards de piquants les observe. Elle ne bouge pas. Elle ne parle pas. Titanesque soleil noir, elle rayonne.

Cette lente pavane dans un vide quantique sans étoile et sans planète s’éternise depuis plusieurs millions de siècles.

Sans but apparent.

Dans quel univers s’effectue cette hallucinante giration où règne un obscur et lumineux silence au-delà de Tout ?

Et pourquoi ?

Created with GIMP

Soliloquium in Splendor : au cœur du vide quantique qui est la matrice de Tout…

Publicités

Première photo du trou noir géant au centre de notre galaxie !

Simulation of Material Orbiting close to a Black Hole

Visualisation d’un trou noir…

Le 10 Avril 2019, Event Horizon Telescope communiquera probablement la première « photo » du trou noir géant : Sagittarius A qui se trouve au centre de notre galaxie :

https://www.sciencenews.org/article/event-horizon-telescope-first-image-black-hole-questions

Dans notre premier roman préfacé par l’astrophysicien Jean-Pierre Luminet : Cathédrales de brume, nous décrivions l’arrivée près d’un trou noir.

7 cathedrales de brume rivière blanche

Cathédrales de brume (préface : Jean-Pierre Luminet) paru aux Éditions Rivière Blanche.

Nous pourrons rapidement vérifier si notre prédiction était réaliste ou pas.

Voilà le texte intégral de la fin du chapitre consacré à cet instant magique et affolant à la fois…

7 Cathédrales de brume ebook (2)

Cathédrales de brume en édition numérique paru chez Kindle.

 

« Trente-trois jours plus tard, l’ogre obscur apparut…

La température devenait effroyable à l’extérieur car Epsilon Nausicäa n’était plus qu’à 250 millions de kilomètres.

L’atmosphère régnant au sein du disque d’accrétion montait déjà à 8 000 degrés.

Les boucliers thermiques et la constitution même du Chrysaör le protégeaient totalement. Il n’en était pas de même à bord de l’Arkhädya qui montait dangereusement en température. Calfeutrés, les nautiles résistaient pour le moment à l’élévation graduelle de la température. Ne pouvant plus intervenir utilement, Castor et Pollux avaient définitivement rejoint l’habitacle de la navette de survie.

Face à eux, le spectacle était dantesque, grandiose et… affolant !

Contrairement aux exigences du bon sens, un trou noir stellaire accompagné d’une supergéante bleue l’abreuvant sans cesse d’énergie n’est pas totalement noir. Il brille au contraire assez fortement. Naturellement, ce n’est pas l’astre cannibale lui-même, c’est-à-dire l’invisible surface de l’horizon des événements qui rutile, mais bien la lumière émise à sa périphérie. Et avec un colosse tel qu’Epsilon Nausicäa comme compagnon d’infortune, la lumière ne manquait pas.

— Regardez sur la droite du disque d’accrétion ! s’enflamma Astrée dont l’acuité visuelle faisait toujours merveille. Au terme de cette immense passerelle de lumière spiralée, on distingue un faible rougeoiement décalé.

— Qu’entends-tu par rougeoiement décalé ? s’étonna Sophonisba.

— L’objet semble être constitué de deux parties distinctes, poursuivit la bergère sans répondre à la question. Une forte luminosité sur la gauche, un peu comme une petite étoile ou une galaxie elliptique vue de très loin, et une seconde partie, beaucoup plus sombre, dont la base est parfaitement sphérique et nimbée d’un halo lumineux. La partie supérieure de ce second objet, toujours accolé au premier, paraît masquée comme si l’on avait posé un chapeau dessus, ou une écharpe.

— Cela n’a aucun sens ! fulmina Heliaktor. Aucun objet cosmique n’est en deux parties accolées dont l’une est recouverte d’un chapeau…

— Astrée a pourtant raison, intervint Emmïgraphys. Et doublement raison. Il est normal que nous voyions désormais un rougeoiement décalé, c’est un classique effet Doppler. Les particules situées à gauche du trou noir sont en rotation circulaire autour de l’astre occlus. Elles se rapprochent donc de nous. Elles nous paraissent plus lumineuses que les parties situées à droite, qui elles s’éloignent de nous, semblant ainsi beaucoup plus sombres.

— Mais je croyais que cet effet Doppler jouait essentiellement à l’échelle des galaxies ?

— Nous nous trouvons ici à des niveaux de vitesse et d’énergie purement relativistes, ce qui explique l’intensité du phénomène sur une aussi courte distance.

— Quel est déjà le diamètre d’un trou noir ? questionna timidement Céladon, s’attendant à une remarque acerbe quant à son inattention.

— Six kilomètres, répondit la sentinelle sans polémiquer.

— Tu nous expliquais à l’instant qu’Astrée avait doublement raison, reprit la courtisane.

— Sa description est correcte lorsqu’elle évoque l’existence d’une partie dissimulée de la sphère sombre entourée d’un halo. Ceci est la conséquence ahurissante des lois gravitationnelles. Un trou noir déforme monstrueusement l’espace-temps puisqu’il parvient en son centre à le déchirer pour s’échapper de notre univers. Or cette sphère, dont on voit nettement la première partie ainsi qu’un voile recouvrant l’autre hémisphère telle une étoffe délicatement posée, nous montre à la fois le dessus du disque d’accrétion, mais aussi le dessous de ce même disque. Son image indirecte est fortement courbée par l’effroyable torsion gravitationnelle subie si près du monstre.

— Nous voyons donc à la fois ce que la logique impose que l’on distingue, mais aussi ce que l’on ne devrait pas voir, s’émerveilla le naufragé, oubliant fugacement le tragique de la situation.

— Une porte peut donc être ouverte et fermée, murmura la bergère dont les joues brillaient d’excitation.

— Les lois de la relativité et de la mécanique quantique fourmillent de bizarreries de ce type, confirma Centipède. Dans le cas présent, nous voyons simultanément deux facettes de l’enveloppe de lumière et d’énergie qui emmaillote cet effroyable bébé à l’appétit inextinguible.

Le silence retomba sur le sépulcre de lumière dont les parois vibraient densément sous les effets dévastateurs d’une marée de particules propulsées vers l’abîme.

Castor et Pollux se dandinaient de plus en plus, signe évident chez les Hormisdastes d’une inquiétude galopante, mais ils s’efforçaient de n’en rien faire paraître afin de ne pas accroître une tension palpable.

L’Arcturien rejoignait parfois son linceul à l’indécente translucidité, la fine couche d’ilmium ne dissimulant guère les outrances tératomorphes affectant son corps. Deux ailes se coinçaient alors sous un dos cuirassé d’épines, des moignons fleurissaient sur ses jambes ainsi que sur ses bras musculeux. Son torse enfin harmonisait un réseau serré de têtes nanifiées dont certaines ne lui ressemblaient guère.

Une divinité hystérique et impie illustrait sa poitrine des innombrables facettes de sa personnalité, lui rappelant chaque jour qu’il était à la fois Paradis et Enfer, Sagesse et Abjection, Amour et Horreur.

Le surlendemain, la tempétuosité du flux s’amplifia encore. L’inquiétante luminosité entourant le cannibale cosmique occupait désormais la moitié de la baie vitrée du Chrysaör. L’effarante balise nucléaire d’Epsilon Nausicäa n’était presque plus visible, car la supergéante bleue avait été dépassée. Les deux vaisseaux ivres passant sensiblement sur la gauche, seul trônait désormais le funeste astre abyssal, tragique passerelle vers un au-delà transcendant toutes les imaginations, toutes les craintes.

Amaranth décida de s’extraire une ultime fois de son sarcophage iridescent afin de jouir pleinement de son propre trépas.

— La chute est dans combien de temps ? questionna-t-il, sans perdre des yeux la longue silhouette féline de sa compagne d’éternité.

— Deux heures, répondit laconiquement Centipède en dessinant sur le dos de sa carapace plate un subtil entrelacs de tonalités vertes.

Une fois de plus le silence domina, car en ces ultimes moments la parole s’aveulissait bien inutilement.

Le fracas du torrent énergétique se précipitant vers le gouffre sans fond s’enfla encore. Les parois du Chrysaör vibraient, gémissaient, et les deux nautiles malmenés songeaient avec tristesse à l’effroi des malheureux Hormisdastes engoncés dans l’immense navire meurtri.

Progressivement, l’étrange silhouette parsemée d’or et de feu entourant le trou noir précisa sa forme.

La sphéricité n’était toujours pas respectée, car un voile dissimulait encore la partie inférieure du nimbe éblouissant. Toutefois, la proximité immédiate du monstre atténuait les effets relativistes. Et le cercle, ovalisé en un premier temps, se reformait enfin, dédoublant l’œil de Satan d’un second anneau presque circulaire l’enserrant de ses rets.

Œil outrageusement maquillé d’un noir de jais, l’astre tapi derrière ses barrières de brume luisait au-dessus du cercle ardoisé que rehaussait un orbe éblouissant. Le cannibale cosmique était d’une effarante beauté. Mais l’esthétique à cet instant préoccupait fort peu les passagers de l’esquif de survie tintinnabulant telle une carriole passant trop précipitamment entre de profondes ornières durcies par le gel.

— J’ai peur, blêmit Astrée en se lovant le long de la poitrine du berger.

— Nous avons tous peur, avoua Emmïgraphys. Mais notre impuissance est totale aujourd’hui. Notre destin et nos vies sont désormais entre les mains du Créateur ultime. S’il souhaite que nous disparaissions broyés, il en sera ainsi. S’il souhaite que nous jaillissions au sein d’un ailleurs dont nous ne pouvons même pas imaginer le premier atome, il en sera ainsi.

— J’admire ta lucidité et ton calme, intervint alors Aramanth. Personnellement, j’en suis à l’heure des bilans. Et j’ai peur. Et j’ai honte.

Taskhäärh s’immobilisait totalement désormais, se contentant d’entrouvrir sa gueule afin que ses dents acérées provoquent le monstre occlus qui n’en avait cure. Centipède demeurait muet, se contentant de faire onduler doucement ses voiles latéraux tout en se mosaïquant de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel avec une répétitivité crispante.

Cette apparente apathie fit réagir Pollux.

— Il y a une question que j’aimerais bien vous poser, commença-t-il en s’adressant au Daëdalus.

— Oui ?

— Vous qui avez la capacité de vivre dans cinq dimensions différentes, pourquoi n’en profitez-vous pas pour fuir ce piège diabolique ?

— Je ne peux rien faire. Les deux dimensions supplémentaires au sein desquelles nous évoluons sont des dimensions minuscules qui ressortent de la topologie des cordes et des branes. Mais ici nous ne vivons pas dans un monde branaire. Le trou noir se contente de tout avaler, énergies, matières, particules, émotions, espoirs et peurs. Tout. Il digère et broie tout ! Nos deux dimensions supplémentaires ne servent à rien ici. C’est un peu comme si nous espérions interrompre l’explosion d’une supernova en mettant une grosse couverture sur l’étoile concernée. Désolé…

Comprenant qu’un dernier et très illusoire espoir venait de se briser, chacun se mura dans un silence protecteur. Sophonisba pleura doucement. Ses larmes tièdes cascadèrent, maculant les bas de soie mauve gainant ses jambes fuselées et recréant passagèrement ainsi des archipels violacés aux contours improbables.

Quatre-vingt-dix minutes plus tard, les effets de marée commencèrent à se faire sentir. Malgré les générateurs compensateurs bruissant à plein régime, le Chrysaör ne pouvait plus totalement isoler ses passagers des effroyables forces d’étirements s’exerçant entre les extrémités du corps. Centipède était naturellement le plus handicapé en raison de sa taille et de sa faible épaisseur.

Bien qu’étant encore plus long, Taskhäärh souffrait un peu moins, mais les battements incoercibles de sa queue caparaçonnée explicitaient clairement son désarroi.

— Ma tête se tord et mon cou s’étire à se rompre, se lamenta Céladon.

— C’est normal, confirma la sentinelle en se massant les vertèbres cervicales. Plus nous approchons de l’horizon des événements, plus les forces de marée gravitationnelles déchirent nos organismes. Mais ceci va s’interrompre un peu.

— Comment cela ? balbutia Heliaktor qui se déchirait les lèvres afin de ne point hurler.

— Je viens de mettre en marche l’entropie sikhamandre qui atténue sensiblement ces effets d’étirements et de différentiels de gravité.

— Effectivement, se félicita Centipède, la douleur s’estompe. Mais pourquoi n’avez-vous pas immédiatement mis en fonctionnement cette thérapie magique ?

— Elle n’agit que pendant dix minutes à pleine puissance. Or il nous reste sept minutes et trente secondes à vivre avant l’écrasement final au cœur du monstre.

— Merci… murmura Astrée, pantelante et les muscles meurtris par l’atroce torsion subie jusque-là.

Les quelques minutes qui suivirent furent les plus longues d’une errance pourtant interminable. Les amis du naufragé revivaient en accéléré leur vie. Ce qui avait été profitable et fécond, ce qui avait été inutile et vain.

Ce qui avait été médiocre et vil.

Toujours auréolé d’un brouillard lumineux diffus renforçant son caractère démoniaque, le disque sombre s’enfla brutalement, démesurément.

— Plus que soixante-cinq secondes, rythma imperturbablement Emmïgraphys en s’approchant du naufragé.

Centipède était écrasé au sol. Ses voiles latéraux avaient perdu leurs irisations et leur translucidité. Le Daëdalus paraissait incrusté dans le sol, imprimant sa longue carapace grise tel un macabre fossile.

Castor et Pollux étaient eux aussi tombés en raison des effets de marée. Couchés en position inclinée, ils tentaient d’agiter sans succès leurs petits tentacules habituellement toujours en activité. Leurs coquilles étaient ternes et la boue dévorait le carmin ornant précédemment celles-ci.

Quelques soubresauts encore, puis l’immobilité les engonça.

Taskhäärh ne bougeait plus, cherchant désespérément à happer encore quelques grammes d’oxygène. Mais ses narines étaient closes désormais. Blottie sur son dos comme un tapis de selle garni de parures cuivrées, Sophonisba se cramponnait à lui et ses ongles s’incrustaient le long des flancs du reptile géant. Puis elle enserra la tête massive de son compagnon entre ses bras et rigidifia son geste en attendant la mort.

Férocement enlacés, Astrée et son amant se tenaient à l’écart, emprisonnant entre leurs cuisses les deux brebis effarées. Ils échangèrent un long regard, infini et tendre.

Puis ils s’embrassèrent frénétiquement, attendant que leurs os se tordent et que leurs chairs s’imbriquent en un sanglant magma.

Amaranth figea son regard dans celui de sa compagne d’éternité, avant de l’étreindre enfin. Sentant contre son torse la tiédeur alanguie de la poitrine de son unique amour, il se détendit un instant.

Extravagante outrance d’une vaine errance ; être enfin heureux quelques secondes seulement avant sa mort…

Il ferma un instant les yeux et vit immédiatement Jim Morrison, son vieil ami défunt.

Il l’observa, statufié au sommet de l’une des colonnes de la salle hypostyle de Karnak, fixant la Voie lactée enflammant l’espace de ses deux cent cinquante milliards d’étoiles étincelantes. Le chanteur des Doors lève alors les bras, les dispose en croix.

Puis il entonne de sa magnifique voix prenante et frissonnante : « waiting, waiting, waiting, waiting for the sun… »

À cet instant précis, il bascule dans l’abîme, accompagnant sa chute d’un long cri psalmodié bien au-delà des gemmes sidérales enflammant l’univers.

Rouvrant les paupières, Amaranth cilla précipitamment, fixant l’océan améthyste des yeux miroitants d’Emmïgraphys. La jeune femme se lova plus étroitement contre son torse, mêlant intimement alors leurs espérances défuntes en une ultime étreinte.

Hideuse, la silhouette du monstre obscur outrepassait leur champ de vision dans l’encre de la nuit constellée.

Ils s’hallucinèrent fugacement ainsi à la contemplation malsaine de l’ogre arrogant. Presque bloquées, leurs mâchoires endiguèrent fiévreusement le fleuve des mots inutiles.

Amaranth caressa quelques instants encore la chevelure de sa muse amoureusement blottie, puis il frôla ses lèvres incarnates en un furtif baiser.

Crucifié par les effets de l’écartèlement, le naufragé sanctionna son agonie d’un douloureux épilogue :

— C’est incroyable que nous puissions encore nous voir et parler ainsi avec une telle gravi…

Puis il se tut, sa gorge s’écrasant violemment sous le poids d’une insondable gravité. Une vague de sang inonda ses yeux qui s’embuèrent immédiatement.

À la même seconde, ses os craquèrent monstrueusement, s’effritant comme de la poudre de verre qu’un oiseau clabaudeur disperserait au loin.

Le regard embrumé par l’artifice d’un voile vermillonné, il aperçut un bref instant encore les contours disloqués des corps de sa compagne et de ses amis que le puits sans fond broyait tel un laminoir cosmique.

Un chant d’oiseau vrilla l’atmosphère étouffante régnant à bord du Chrysaör.

Un craquement sinistre et sourd, encore.

Puis l’implosion.

À l’ultime instant, le funeste disque ourlé d’or disparut, hâtivement remplacé par une nuée d’étoiles formant une buée pellucide et gracile en transparence. Diaphanes, sardoniques, les brasiers stellaires hoquetaient doucement.

Et l’horizon les engloutit. »

The galactic centre

Le cœur de notre galaxie qui abrite le trou noir géant dont une première photo devrait être révélée le 10 Avril 2019.

Cathédrales de brume en version papier aux Éditions Rivière Blanche :

http://www.riviereblanche.com/hors-series-hs09-cathedrales-de-brume.html

Cathédrales de brume en version numérique chez Kindle :

https://www.amazon.fr/Cath%C3%A9drales-brume-Gil-Prou-ebook/dp/B07G12QX3V/ref=sr_1_1?__mk_fr_FR=%C3%85M%C3%85%C5%BD%C3%95%C3%91&keywords=cath%C3%A9drales+de+brume&qid=1554456227&s=digital-text&sr=1-1-catcorr

Supermassive black hole with torn-apart star (artist’s impress

Structure d’un trou noir.

Notre nouveau roman : « Les vortex d’Übelmanium »

Compressed by jpeg-recompress

Les vortex d’Übelmanium (couverture provisoire)

Nous commençons l’écriture d’un nouveau roman : Les vortex d’Übelmanium qui s’inscrira dans une Fantasy débridée et baroque.

Simultanément chanteuse du groupe norvégien de Metal symphonique Sirenia et mezzo-soprano dans des opérettes et opéras comme : La Belle Hélène, Barbe-Bleue, La Vie Parisienne, La Périchole, Cendrillon, Rigoletto, Aïda, Madame Butterfly ou Carmen, Emmanuelle Zoldan sera l’héroïne de ce roman.

emmanuelle

Emmanuelle Zoldan : chanteuse d’opéra et du groupe Sirenia

Nous avons bien entendu obtenu l’accord d’Emmanuelle et du groupe afin qu’elle puisse devenir l’héroïne principale d’un roman de Fantasy dans lequel sa voix chaude et puissante jouera un rôle essentiel.

Fondé par Morten Veland en 2001, Sirenia a déjà 9 albums à son actif. le dernier : Arcane Astral Aeons est sorti en Octobre 2018.

Discographie de Sirenia : http://sirenia.no/music/ 

emmanuelle et sirenia

Sirenia

L’intrigue en quelques lignes :

Début Août 2020, Festival Wacken Open Air en Allemagne.

Le groupe norvégien Sirenia est sur scène depuis près de 50 minutes.

L’emblématique chanteuse du groupe, Emmanuelle Zoldan, interprète avec sa puissante voix de mezzo-soprano l’un de leurs plus récents titres.

Soudain, d’épais nuages se forment au-dessus de la scène. Un vortex ténébreux vrille le ciel.

Emmanuelle disparaît en ne laissant sur scène qu’une brume diaphane…

La chanteuse à la longue chevelure sombre se retrouve au cœur d’Übelmanium, un monde enchâssé où la gravité est répulsive et qui est menacé par une « lèpre grise » qui le recouvre peu à peu.

Les mages le disent tous : le salut viendra d’une femme dotée d’une voix exceptionnelle.

Pour éliminer cette « lèpre grise » qui gangrène l’astre situé sous une coquille perforée de milliards de trous laissant passer la lumière, la chanteuse de Sirenia devra s’emparer d’un talisman aux propriétés magiques. Il est actuellement détenu par des créatures lucifériennes.

L’odyssée sera périlleuse.

Au bout d’un long périple se dresse un immense volcan aux parois dures et brillantes comme un titanesque diamant érigé. L’issue est à l’intérieur.

Un terrifiant combat commence alors…

emmanuelle willy 3

Emmanuelle Zoldan sur scène avec Sirenia (photo : Wily Larsen)

IMG_0391 version carrée 2 (2)

Gil et Oksana lors d’un Salon du Livre

les vortex couv 4 mars avec titre 333

Les vortex d’Übelmanium

emmanuelle 2

Emmanuelle Zoldan sur scène avec Sirenia – Photo : Epic Moonlight Fotographie

Nyx et Thanatos

 

88 Nyx et thanatos 8888 (2) 2500 de haut

Nyx et Thanatos

Notre nouveau roman : Nyx et Thanatos sera terminé à la fin du mois de Décembre.

L’intrigue :

L’humanité s’est suicidée le 22 juillet 2033 à 3 heures GMT.

Huit siècles plus tard, les descendants des malheureux survivants enfouis dans les cavernes Zalmoxis et les enfants des premiers explorateurs de Mars vivent au sein d’une gigantesque Confédération galactique regroupant les superamas de la Vierge, de l’Hydre et du Centaure.

Eparpillées sur 200 millions d’années-lumière et se connectant aisément grâce aux « Portes d’abîme », 1 380 civilisations cohabitent en bonne intelligence sous la houlette des Phactres de Népenthium.

Mais les maîtres de la grande Galaxie noire (NGC 4526) attaquent en masse toutes les planètes qu’ils convoitent afin d’en piller les richesses.

Nitökris, Helyamphora, Asharhaddon et de nombreux ambassadeurs non humains de la Confédération vont s’efforcer de briser l’étrange alliance unissant les deux civilisations à l’origine de cette gigantomachie cosmique.

Mais le dénouement du conflit impliquera la mise en œuvre d’une odyssée insensée. Il faudra outrepasser les frontières de la Confédération.

Toutes les frontières !

C’est la suite de Zalmoxis qui a obtenu la Plume d’Argent Imaginaire 2017.

x-default

Zalmoxis

Une nouveauté et des rééditions…

 

zzz caron (3) copie 3

La crypte des fantasmes : cette peinture d’Antoine Caron (1566) est l’un des six « tableaux-univers » qui engloutiront les invités du manoir. C’est le plus terrible de tous…

 

Cet été, parution du deuxième volet de notre trilogie de Fantasy : Tomyris et les Hydres du Thrënodium. 

Par ailleurs certains de nos romans, indisponibles depuis quelques temps, ressortent en version e-book et en version papier.

Enfin, parution de nos deux romans déjà publiés chez Rivière Blanche en version e-book.

septcouvetphotoog

Une nouveauté : Tomyris et les Hydres du Thrënodium, un inédit en version papier : La crypte des fantasmes et cinq rééditions.

Voilà le détail :

Tomyris et les Hydres du Thrënodium est notre nouveau roman. La trilogie s’achèvera avec Tomyris et les Arches ignivomes.

L’intrigue :

Après avoir aidé la reine Tomyris à vaincre Cyrus le Grand, Ozzymandra et ses compagnons ont franchi le labyrinthe de cristal. Arrivés sur Lysimakia, ils découvrent un univers complexe où quatre cités-États se querellent sans cesse.

Comment survivre dans un monde où des hydres géantes et des griffons sont la clef de voûte de combats titanesques ?

Comment côtoyer des scribes-célestes qui calligraphient les nuages et des peintres-démiurges qui architecturent le néant sans se demander à chaque instant si l’on rêve ou si la réalité est simplement différente ?

Comment vivre et mourir lorsque des expériences insensées sont sur le point d’aboutir en utilisant le potentiel infini de méduses biologiquement immortelles ?

Mais ces interrogations ne peuvent masquer une réalité affolante. Le danger rôde.

Apophis, un prêtre déviant, veut imposer sa loi tyrannique à la surface de Lysimakia. Pour assurer son hégémonie, il est prêt à s’associer avec des créatures lucifériennes qui dévasteront les quatre royaumes et esclavageront leurs populations.

L’union doit se faire. Vite.

Mais la seule issue possible est ailleurs. Très loin…

Ce roman existe en e-book et en version papier.

Disponible ici :

tomyris Hydres complète

Tomyris et les Hydres du Thrënodium : Ozzymandra, Tomyris et leurs compagnons vont devoir s’unir à d’autres monarques antiques afin de combattre l’horreur absolue.

x-default

Tomyris et les Hydres du Thrënodium : illustration : Piero di Cosimo (1510)

Tomyris et le Labyrinthe de cristal : récit historique et Fantasy débridée.

Tomyris et le Labyrinthe de cristal est disponible ici :

Tomyris et le labyrinthe de cristal version couv complete jpeg

Tomyris et le Labyrinthe de cristal : une reine des Amazones, un ouroboros, un mage fou, un labyrinthe géant et des monstres…

Tomyris et le labyrinthe de cristal ebook

Tomyris et le Labyrinthe de cristal : illustration : Gustave Moreau.

La crypte des fantasmes s’inspire d’un scénario que nous avions écrit pour Joël Houssin dans le cadre d’une série TV qui devait s’appeler Cauchemars à louer.

La crypte des fantasmes est disponible ici :

la crypte des fantasmes couv complete

La crypte des fantasmes : une terrifiante vengeance venue d’un lointain passé.

la crypte des fantasmes ebook

La crypte des fantasmes – Peinture : William Bouguereau (Nymphs and Satyr – 1873). Ce tableau fait partie des six « peintures-univers » qui ornent la crypte des fantasmes et engloutissent les malheureux invités du manoir maudit.

L’Outre-blanc bénéficie d’une préface écrite par Bernard Werber et Jean-Claude Dunyach.

Ce roman a été traduit en anglais par Sheryl Curtis. Il est publié aux États-Unis chez Black Coat Press.

Il est disponible ici :

L'outre-blanc couv complete

L’Outre-blanc : illustration de couverture : Marije Berting

L'outre-blanc ebook

L’Outre-blanc : un roman de « métaphysique-fiction » selon Bernard Werber et Jean-Claude Dunyach…

Notre second roman : Katharsis est à nouveau disponible en version papier et en e-book.

Ce thriller écologique bénéficie d’une préface d’Yves Paccalet qui a co-écrit de nombreux ouvrages avec le Commandant Cousteau.

Katharsis est disponible ici :

zz PDF jpeg 3 couverture 33,32 et 23,49 plus petit pour 300 dpi moins volumineux 4444 (2)

Katharsis : 18 jours avant l’Apocalypse !

katharsis

Katharsis : le point de départ de Zalmoxis et Nyx et Thanatos

Notre premier roman : Cathédrales de brume (disponible en version papier chez Rivière Blanche) est préfacé par l’astrophysicien Jean-Pierre Luminet.

Cathédrales de brume est disponible ici :

 

Cathédrales de brume ebook

Cathédrales de brume : notre premier roman.

Zalmoxis est le premier volet d’une trilogie de SF.

Zalmoxis est disponible ici :

Ce roman a obtenu la Plume d’argent Imaginaire lors du Prix des lecteurs Plume libre 2017.

x-default

Zalmoxis est le premier opus d’une trilogie de SF qui se poursuivra avec Nyx et Thanatos et Le testament de la lumière.

Nos quatre prochains romans

 

Quelques informations concernant nos quatre prochains romans.

Nyx et Thanatos est un pur récit de Science-Fiction qui s’inscrit dans une trilogie dont le premier opus fut Zalmoxis qui obtint la Plume d’argent Imaginaire 2017.

Tisiphone est le récit d’une épouvantable série de vengeances qui s’inspire de la plus élisabéthaine des tragédies françaises du XVIe siècle : L’Orbec-Oronte de Jean-Édouard Du Monin (publiée en 1585).

Soliloquium in Splendor est un récit inclassable qui évoque le destin de deux couples (humain et non-humain) au sein d’un vide quantique où l’espace et le temps n’existent plus. Ou pas encore…

Oaristys sur les rives du Styx évoque une surprenante connivence amoureuse et platonique entre une mystique et une courtisane à l’époque mérovingienne.

1 nyxetthanacouverturecompletedeuxmillescinqcents

Nyx et Thanatos : la suite de Zalmoxis

Nyx et Thanatos :

L’humanité s’est suicidée le 22 juillet 2033 à 3 heures GMT.

Huit siècles plus tard, les descendants des malheureux survivants enfouis dans les cavernes Zalmoxis et les enfants des premiers explorateurs de Mars vivent au sein d’une gigantesque Confédération galactique regroupant les superamas de la Vierge, de l’Hydre et du Centaure.

Eparpillées sur 200 millions d’années-lumière et se connectant aisément grâce aux « Portes d’abîme », 1 350 civilisations cohabitent en bonne intelligence sous la houlette des Phactres de Népenthium.

Mais les maîtres de la grande Galaxie noire (NGC 4526) attaquent en masse toutes les planètes qu’ils convoitent afin d’en piller les richesses.

Nitökris, Helyamphora, Asharhaddon et d’autres ambassadeurs non humains de la Confédération vont s’efforcer de briser l’étrange alliance unissant les deux civilisations à l’origine de cette gigantomachie cosmique.

Mais le dénouement du conflit impliquera la mise en œuvre d’une odyssée insensée. Il faudra outrepasser les frontières de la Confédération.

Toutes les frontières !

2 Tisiphone 2500

Tisiphone : la plus atroce des vengeances…

Tisiphone :

Vengeance !

Vengeance folle, terrifiante. Absolue…

Vengeance qui se nourrit de l’adultère et de l’inceste.

Vengeance qui se traduit par le meurtre, le parricide, le massacre d’innocents enfants et le dépeçage de cadavres en guise d’offrande cannibale.

Une épopée sanglante vouée à Tisiphone, l’une des trois divinités chthoniennes claquemurées aux Enfers dans les nuées sombres de l’Érèbe.

3 Soliloquium in Splendor 2500

« Parmi les grandes choses qu’il y a à trouver autour de nous, c’est l’être du néant qui est la plus grande. » Léonard de Vinci – Journal

Soliloquium in Splendor :

Que reste-t-il lorsque l’espace et le temps ont disparu ?

Parfaitement synchronisés, deux couples tournoient dans l’abîme. L’un est humain, l’autre ne l’est pas.

Une créature sphérique hérissonnée de milliards de piquants les observe. Elle ne bouge pas. Elle ne parle pas. Titanesque soleil noir, elle rayonne.

Cette lente pavane dans un vide quantique sans étoile et sans planète s’éternise depuis plusieurs millions de siècles. Sans but apparent.

Dans quel univers s’effectue cette hallucinante giration où règne un obscur et lumineux silence au-delà de Tout ?

Et pourquoi ?

4 oaristys sur les rives du Styx 2500 de haut

L’étonnante accointance entre une mystique et une courtisane à l’époque de Childebert II.

Oaristys sur les rives du Styx :

« Aimer c’est mourir en soi pour renaître en autrui » affirmait Honoré d’Urfé au début du XVIIe siècle.

L’amour s’exprime partout, à chaque instant et sous toutes les formes. Certaines sont hallucinantes…

Été 585 sous le règne de Childebert II.

Lorsque Vulfégonde et Amalasonthe se rencontrèrent pour la première fois, deux mondes s’aheurtèrent violemment.

Mystique hallucinée, la première luttait contre des forces démoniaques qui tyrannisaient son corps et son esprit. Elle mourrait et revivait sans cesse. Courtisane à la cour d’Austrasie, la seconde épépinait sa jeunesse au rythme d’incessantes étreintes qui comblaient sa voluptuosité naturelle tout en souillant son âme.

Elles se virent. S’observèrent.

Un merveilleux silence scella deux destinées qu’un improbable amour allait désormais réunir jusqu’aux rives du Styx, le sombre fleuve qui encercle les enfers et dont les eaux rendent immortels celles et ceux qui osent s’y aventurer.

 

Outre-Blanc en version américaine Mars 2018 : préface de Bernard Werber et Jean-Claude Dunyach

coverfinal_copie_3_moins_dense jpg 4 mo

Couverture de l’édition américaine de L’Outre-blanc

La traduction de L’Outre-blanc en américain par Sheryl Curtis avance à raison de 5 chapitres par semaine.

La publication aux États-Unis est prévue pour Mars 2018 chez Black Coat Press.

http://blackcoatpress.com/forthcoming.html

http://blackcoatpress.com/forthcoming-outre-blanc.html

En attendant, voilà déjà la traduction de la préface coécrite par Bernard Werber et Jean-Claude Dunyach.

Nos préfaciers : Jean-Claude Dunyach et Bernard Werber

 

Jean-Claude Dunyach: One thing struck me when I read « Outre-blanc« , as well as your books too: you love to go beyond the impassable barriers, where no one has gone before you. Beyond death, beyond the depths of sleep and, in this case, beyond the borders of the universe… Science fiction has already sent us into space, far from Earth, sometimes even beyond our galaxy, but there we shift squarely into metaphysical fiction. Where does this desire to cross over the last barriers come from?

 

Bernard Werber: In the past, science fiction thought we were going to be saved, or at least revolutionized, by machines. Think of Jules Verne, or H. G. Wells. But in the fifties and sixties, a science fiction appeared that began to say: it is not machines that will revolutionize the world, it is our brains, it is our thoughts, our ways of viewing reality. For me, there are three, in order thar started to introduce this kind of ideas: Asimov with psycho-history, where history is conditioned by psychology, which is a way of rethinking it; then Frank Herbert with his reflection on religion and spirituality as forces reshaping the world; and finally Philip K. Dick, with his reflection on the madness and limits of our perception. These are truly three revolutions in thought and not technology. With that, we could cross through all the barriers.

 

Jean-Claude Dunyach: There were also all literature, comics, the films… dedicated to mutants, superpowers. This also opened up possible paths for free ourselves from our limits.

 

Bernard Werber: That too. In any case, we have more or less admitted that we will not be saved by machines, because technology is also the atomic bomb and greenhouse gases. Even if rockets carry us to other planets, we start from the principle that things are generally usually worse there than here. Computers, rockets, nuclear power, all these demonstrations of power will not save us.

What will save us –because we want to be saved– is our way of perceiving the world. Our way of dreaming.

And this perception is limited by death… So, there is a new science fiction that appears to be banging its head against this border, which is truly the ultimate border. As much as one can imagine that, in physical space, we will eventually understand everything, or at least have a good vision of things and a far-reaching view, as far as the afterlife is concerned, we must perhaps admit that we will never understand what is going on there and that one will never know anything about it. So, it is an extraordinary and irreplaceable topic for novels.

 

Jean-Claude Dunyach: I agree with you on the principle. But all these places, the beyond, the sixth sleep you mention in your last book, are uncharted places. We receive nothing, no reliable information reaches us from the beyond (I’m stting aside ghosts and other spiritual manifestations which I don’t believe in). Of course, religions have mapped, to some extent, the path that leads to it I’m thinking of the Egyptian Book of the Dead or the Tibetan Bardo, but once there, you literally have to imagine everything… Is it this challenge that appeals you? Or the total freedom that it gives you? The fact that we will never be contradicted, that we can’t get it all wrong?

 

Bernard Werber: It’s true that writers have an advantage over scientists because we never have to prove what we talk about. We just have to propose a credible explanation or scenario, a path the reader will agree to take with us. As you say, this is an uncharted path, which is perfect for the imagination. The work of the novelist consists in saying: since there are no beacons, let’s invent them, let’s act as if we were able to make the journey. Our status as an author legitimizes our role as a pioneer in this world.

Now, as there are no limits in the interpretation of what may come after death, we must not let ourselves get carried away by this whirlind of possibilities and we must make our way with a great deal of rigor. The Tibetan or Egyptian books of the dead are handbooks with extremely precise descriptions. You will reach this or that territory, you will meet this or that divinity, which is described and drawn, your soul will be weighed on a large scale against a feather… All this is very technical and I believe that the science fiction author must reproduce an approach that is as precise as that of the Egyptian or Tibetan book of the dead. Above all, he must not become delusional.

One of the great dangers of science fiction is that everything is possible at the outset. Above all, this freedom must not be abused. For my part, and I know that you work like this too, I base my work on actual myths, on shamanism, on everything that can be known as explorations of the invisible world. So, even if our message is original, it remains linked to what has been produced by other people who have thought about such matters before us and who have established their own beacon. We don’t have a territory created randomly, there is already something similar to maps, even if they are inaccurate.

 

Jean-Claude Dunyach: If you want to face the inexpressible, where science has not charted anything, where the reader has no landmarks, you have to know how to be an explorer, cartographer and popularizer, all at the same time. As Oksana and Gil have done for that matter. You said it yourself, it takes rigor. How do you keep from misleading those who read you in these strange territories?

 

Bernard Werber: We need to talk to them about imaginary worlds as we would a new continent. That’s what I did for the Thanatonautes. I relied on Christopher Columbus discovering America and I imagined the same mechanism. We land on a beach, we head into a forest, we discover a clearing… I just replaced the beach, the forest, clearings, with levels of consciousness in the world of the afterlife. I also used Dante’s Divine Comedy as a landmark. In fact, there is an enormous map of Paradise and Hell. They have been described in many religious or mythological texts, in epics. It is often very precise. Take Greek mythology: we are familiar with the description of Tartarus, there is the Styx, Charon who will take your soul across in his boat, for a fee of course, Cerberus the three-headed dog of the underworld…

 

Jean-Claude Dunyach: as you present it’s almost like a TV report?

 

Bernard Werber: Maybe not, we have to use our imagination, but at least we have very precise descriptions. Someone who does a little research, even on a subject as bizarre and esoteric as death and the beyond, will find a lot of information, very detailed assumptions. I try not to mislead the reader, I say to him: « See, you already knew all this, you learned it at school or from books, you saw paintings in museums, you look at them like something imaginary, now I suggest you see it as a possibility. »

Then, the second approach, apart from myths and religions, is to use science. We have scientific theories, machines that analyze brain function, which helps us to explore our sleep, which materializes our alpha, theta waves and son on. There are also the beginnings of a map, or at least landmarks.

I use both, simultaneously. As a result, my readers who are of a more scientific bent can find landmarks that suit them and those who are more mystical in nature can also find some. The important thing is to leave nothing « in floating ». The reader is directed, there is a left and a right, a scientific map and a mythological one. And in the middle there is the reader’s personal intuition, depending on whether he has had experiences with the hereafter or with particular states of consciousness, depending on whether he has lost a loved one and has the impression that that person is still there and to him… The very idea of ​​the hereafter resonates differently for each reader and we must give the reader the means to find himself there.

I believe that each book is a mirror that allows the reader to be conforted in his convictions and occasionally to develop them, to enrich his intuitions with what the writer proposes to him. But we need a starting point, a seed of curiosity on the reader’s part. I don’t believe it is possible to have a reader who completely ignorant of the subject and who says at the end of a book like Thanatonautse: « I’m convinced, I have become a believer, I believe in the existence of heaven and hell… » I don’t see it at all like that. If he’s already on the path, some books can help him travel faster and farther. If he is resistant to this kind of approach, he will either feel like he is reading a fairy tale or he will be bored. And he will never get lost, which is the first step.

 

Jean-Claude Dunyach  What you say strikes me, with respect to the book by Oksana and Gil. The characters in « Outre-blanc » also start to lose their way; more exactly, they are captured and dragged outside the maps, beyond the reach of surveillance systems and satellites. They are lost in the heart of the Amazon rainforest, one of the places on Earth where it is easiest to disappear. They are scientists, some collapse, others find unsuspected resources in themselves. But each of them experiences it as the beginning of the loss of self.

And that, literally speaking, also involves voluntarily misleading the reader… By warning him: « From now on, we will have to make the maps we need together. And for that, I need you to trust me. « This requires a certain state of mind when writing, doesn’t it? There is a jubilant side, at least from my point of view, in telling the reader : « I’m going to take you out of your comfort zone and lead you to a place where sensations, perceptions, the very idea you have of reality, will evolve. And you’ll have to do the same ». And that also means that the characters we create to explore this type of universe are unique. This is something that has always struck me in your novels: your heroes are endowed with an immense sense of curiosity, they want to know. This is a reflection of what you are, it’s the same for me with my own characters. They say to themselves: whatever happens to me, at least I learned something.

 

Bernard Werber: This also means that the reader must have a certain amount of courage to get into this kind of book and stay with it to the end. I see the writer as someone who is on the edge of the forest and who says to the reader: « Come on, I’ll take you by the hand and we’ll cross through it together. » And the reader says to himself: « Wait, in the forest there are wolves, snakes, all kinds of dangers… » But the writer replies: « As long as I’m there, you risk nothing. » This is a reading contract based on trust.

At that moment, the reader says to himself: « I want the forest to surprise me, to frighten me, it’s the game, but the author must not let me down. He must explain what is happening and protect me at the same time. » There are forests where the reader can go astray, get completely lost, there are forests where he can be bored or understand nothing. And the reader can also say to himself: « I should never have come here, this place is too dangerous… » He will wonder if he has enough strength to turn around and find his way, amid the terrifying noises that come from all sides at once, from above him… He is afraid of everything the author has helped him imagine.

This is the principle of the forest. And the author tells the reader: « Let’s keep going, you’ll see, it will please you. « You’ll see, it will please you » is what keeps the reader in suspense, but it is also a contract that can go wrong. The reader may have the impression that the author has lied to him, that the place where he is taking the reader is not going to suit him at all. That’s the risk. But, at the same time, it means that a bond has been created between them, the start of a complicity that the author will strive to make stronger.

That is where we authors feel pressure. There is no Writer’s Association that makes sure the author has done his job well, there is no writing code of ethics, it’s really a one-on-one contract. At any given moment, we must find a way of convincing our reader to turn another, to accompany us a longer. We are all guides in dark forests, but we each have our own.

 

Jean-Claude Dunyach: It’s true that sometimes you take strolls during which, if someone did not hold your hand, you would run away. Yet, when you come out on the other side, you say « Wow! I’m annoyed, but it was worth it. »

 

Bernard Werber: A good novel is a baptism. An initiation. The interest in taking walk, beyond being surprised, is that we come out of it transformed. Someone sleeping learned to dream. Someone who knew nothing, learned to know the forest. And he will be able confidently set out to cross through darker, more dangerous forests.

That’s it initiation by book. And it is a real joy for us writers to bring forests into being. And to stroll through them with our readers…

 

 

Bernard Werber and Jean-Claude Dunyach 2015

 

Outre-blanc Black Coat Press couverture plus petit

Couverture et 4eme de couverture de Outre-blanc

Présentation de L’Outre-blanc lors d’un salon et avec de futurs lecteurs.

L’Outre-Blanc en version US en Février 2018

outreblanc01 plus grand version 2

Couverture de Outre-blanc, la version américaine de L’Outre-blanc

L’Outre-Blanc paraîtra aux US en Février 2018 aux Éditions Black Coat Press : http://blackcoatpress.com/
Traduction : Sheryl Curtis.
présentation doublée 1388 de haut

L’Outre-Blanc en français et en américain

Nos préfaciers : Jean-Claude Dunyach et Bernard Werber

03 un peu moins large

Présentation de L’outre-Blanc l’année dernière lors d’un salon

Notre neuvième roman : Tomyris et les Hydres du Thrënodium

zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzaffiche

Nous venons d’achever l’écriture de notre neuvième roman : Tomyris et les Hydres du Thrënodium.

C’est le second volet d’une trilogie qui commença avec Tomyris et le labyrinthe de cristal (présenté en 2013 – photo à gauche prise lors des Imaginales).

Titre du prochain et dernier opus : Tomyris et les Arches ignivomes.

Voilà la présentation de cette intrigue :

Après avoir aidé la reine Tomyris à vaincre Cyrus le Grand, Ozzymandra et ses compagnons ont franchi le labyrinthe de cristal. Arrivés sur Lysimakia, ils découvrent un univers complexe où quatre cités-États se querellent sans cesse.

Comment survivre dans un monde où des hydres géantes et des griffons sont la clef de voûte de combats titanesques ?

Comment côtoyer des scribes-célestes qui calligraphient les nuages et des peintres-démiurges qui architecturent le néant sans se demander à chaque instant si l’on rêve ou si la réalité est simplement différente ?

Comment vivre et mourir lorsque des expériences insensées sont sur le point d’aboutir en utilisant le potentiel infini de méduses biologiquement immortelles ?

Mais ces interrogations ne peuvent masquer une réalité affolante. Le danger rôde. Apophis, un prêtre déviant, veut imposer sa loi tyrannique à la surface de Lysimakia. Pour assurer son hégémonie, il est prêt à s’associer avec des créatures lucifériennes qui dévasteront les quatre royaumes et esclavageront leurs populations.

L’union doit se faire. Vite.

Mais la seule issue possible est ailleurs. Très loin…

Öèôðîâàÿ ðåïðîäóêèÿ íàõîäèòñÿ â èíòåðíåò-ìóçåå Gallerix (http://gallerix.ru)

 

L’Outre-blanc : Phil Caldwell face à Anubis, Horus, Isis et Osiris

La pesée du cœur (ou psychostasie) dans le Livre des Morts des égyptiens.

Notre dernier roman : L’outre-blanc, met en scène un captif décapité par le chef des preneurs d’otages.

Le cerveau de cet homme : Phil Caldwell continuera à fonctionner pendant quelques secondes dans le monde « normal ».

Mais ces quelques secondes dureront une éternité –dans le sens absolu du terme– dans un autre monde dont il deviendra son propre univers au sein de la myriade de mondes qui peuplent le Multivers décrit par les spécialistes de la gravitation quantique.

Avant de devenir un univers à part entière,Phil Caldell devra explorer un Enfer de Dante immaculé stratifié en millions de terrasses et peuplé d’innombrables variations de lui-même. Il se retrouvera ainsi avec une femme, un tigre et un anomalocaris (le premier grand prédateur terrestre qui vivait au Cambrien il y a plus de 500 millions d’années) qui l’accompagneront lors de cette odyssée verticale qui l’exhaussera bien au-delà de lui-même et de la condition humaine.

Certaines incursions dans des mondes oniriques adjacents lui permettront de découvrir comment il est mort et qui il est réellement.

Ce chapitre se situe face aux divinités de l’Egypte antique dans cet espace étrange où les cœur sont pesés afin de savoir si l’âme du mort est pure ou non.

C’est lors de cette psychostasie que Phil Caldwell découvrira enfin comment il a été exécuté par un psychopathe.

zzzzzzzzzz cover l'outre-blanc (2) copie 300dpi 3 avec bandeau version 2650 1600 format e-book

L’Outre-blanc version française

La salle est assez allongée et très décorée. Les coloris dominants sont l’or, des carmins et des bruns très chauds.

S’éveillant d’un long coma, Phil Caldwell remarque immédiatement qu’une grande balance trône au centre de l’espace. Une nageoire dure et couverte d’écailles est posée sur sa cuisse droite. Il constate alors que l’anomalocaris est vautré sur lui.

Il le secoue un peu.

—Où est-on ? glapit la créature archaïque.

Phil Caldwell est un homme, mais c’est aussi une femme, un tigre et un anomalocaris.

L’astrophysicien lui fait un signe afin de lui imposer le silence.

—Regarde et tais-toi !

Comme ils sont au fond de la salle, ils peuvent donc observer tranquillement l’enfilade de personnages étranges qui sont au centre de ce lieu qui ressemble à une antichambre. Ou à un tribunal.

Le grand mur situé à gauche est recouvert de hiéroglyphes sombres sur fond or. Au-dessus, formant comme une frise, on voit les silhouettes de douze divinités. Sans avoir fait de longues études en égyptologie, le mari de Vanessa Caldwell peut immédiatement les nommer sans réellement savoir pour quelle raison cette science s’infuse ainsi en lui. Il les détaille à l’intention de son ami qui a prudemment regroupé sous sa carapace les deux fouets qui prolongent sa queue.

—Regarde. Depuis notre position, et en allant vers le fond de cette pièce que l’on nomme la salle des deux Maât[1]

—Des deux…

—C’est en fait le tribunal d’Osiris lors de la pesée du corps d’un défunt. Donc, disais-je, on trouve dans l’ordre les effigies de douze divinités : Harmakhis, Atoum, Shou, Tefnout, Geb, Nout, Isis, Nephtys, Horus, Hathor, Hou et Sia.

—Et sur l’autre mur ?

—On trouve les effigies des 42 assesseurs d’Osiris qui représentent en fait les 42 provinces de l’Égypte pharaonique.

L’anomamocaris reste muet un instant, ce qui constitue un réel exploit.

—Devant nous : c’est qui ?

L’astrophysicien n’a pas le temps de répondre car une partie du cérémonial lié au rituel de la pesée du cœur du défunt commence.

Le dieu à tête de chacal : Anubis, pose déjà une première question à l’homme situé devant lui :

—Connais-tu le nom de cette porte Osiris Ouserkaf ?

—Ouserkaf ? c’est le nom du mort qui passe en jugement ? murmure l’arthropode aux yeux pédonculés.

—Oui.

Anubis.

Vêtu de fins vêtements blancs qui descendent jusqu’au niveau de ses pieds, le trépassé répond calmement à Anubis :

Tu écartes Chou est le nom de cette porte.

—Connais-tu le nom du seuil ?

Maître de rectitude qui est sur ses deux jambes est le nom de ce seuil.

—Connais-tu le nom du linteau ?

Maître de force qui introduit le bétail est le nom de ce linteau.

Dieu des nécropoles et patron des embaumeurs, Anubis semble satisfait par les réponses données par Ouserkaf. Il conclut donc cette première phase du rituel avec ces quelques mots parfaitement codifiés :

— Passe puisque tu as donné les trois réponses Osiris Ouserkaf !

L’astrophysicien en profite pour observer les autres personnages qui se trouvent dans cette salle de part et d’autre de la balance géante qui va servir à la pesée du cœur. La plume symbolisant Maât est déjà placée dans l’un des plateaux.

Indépendamment d’Ouserkaf et du dieu à tête de chacal qui vient de laisser passer le défunt pour le moment crucial de la pesée de son cœur, on voit aussi Thot, le dieu à tête d’Ibis, dont le savoir est illimité. À l’arrière, assis sur un trône massif et très décoré, on distingue aisément Osiris qui est accompagné par ses deux sœurs, Isis et Nephtys. Elles se tiennent derrière lui, les mains posées sur ses épaules.

Sous la balance géante, une étrange créature hybride avec un corps d’hippopotame, une tête de crocodile et des pattes avant de lion, ouvre grand sa gueule armée d’innombrables dents.

—C’est Ammout, confirme Phil Caldwell. On l’appelle aussi la grande dévoreuse.

—Charmant… soupire l’anomalocaris en rangeant mieux sa queue. Quel est son rôle ?

—Elle dévore le cœur de celles et ceux qui échouent lors de la psychostasie. Si leur cœur est trop lourd par rapport au poids de la plume de Maât, Ammout le déchiquète. C’est pour cette raison qu’on l’appelle aussi la dévoreuse des morts !

—Brrr…

Au même instant, le sol et le plafond se métamorphosent. Les surfaces recouvertes d’or disparaissent. La vision est affolante. Le plafond n’est plus qu’une immense plaque de verre qui laisse entrevoir des millions d’étoiles dans un ciel serein et constellé d’escarboucles qui étincellent. À l’inverse, le sol est remplacé par une autre plaque de verre. Mais celle-ci ne capte pas le regard en direction d’un firmament édénique. L’abîme n’est qu’un foisonnement d’enfers qui s’enlacent et copulent sans cesse. Du magma, de la lave et des flammes hautes comme des montagnes lèchent cette surface translucide qui semble prompte à engloutir les femmes et les hommes qui y sont conduits en procession.

Phil Caldwell essaie, absurdement il est vrai, de ne plus poser les pieds sur ce sol qui l’attire et le terrifie à la fois. Comme il n’y parvient pas, il focalise son esprit sur le malheureux Ouserkaf qui est positionné juste devant la balance, Thot et la redoutable Ammout.

Horus.

Ouserkaf s’exprime alors en respectant à la lettre un rituel immuable et en s’adressant directement à Osiris :

— Salut à toi, Grand Dieu, Maître des deux Maât ! Je suis venu vers Toi ô mon Maître pour voir ta perfection. Je te connais et je connais le nom des deux Maât qui sont près de toi. Voici que je suis venu vers toi et t’ai apporté ce qui est équitable. J’ai chassé pour toi l’iniquité.

Il s’arrête un instant et entame alors la litanie de ce que l’on nomme la confession négative qui consiste à citer d’une manière exhaustive tous les actions critiquables ou abjectes que l’on a soigneusement évité d’accomplir pendant sa vie sur Terre.

Ainsi, on ne met pas en exergue ce que l’on a fait de bien, mais ce que l’on n’a pas fait de mal !

Ouserkaf, sans se fatiguer apparemment, poursuit son interminable démonstration d’honnêteté et de bienveillance universelle en précisant :

— Je suis pur, je suis pur, je suis pur ! Ma pureté est la pureté de ce grand Phénix qui est à Héliopolis, car je suis bien ce nez du Maître des souffles qui fait vivre tous les hommes en ce jour de remplissage de l’œil à Héliopolis…

Après avoir réitéré une seconde salve de confession négative en la détaillant divinité par divinité cette fois-ci, le défunt termine enfin son long discours par ces explications qui frôlent l’épique et le grandiloquent :

— Salut à vous, dieux qui êtes dans cette salle des deux Maât ! Je connais vos noms. Vous direz devant le Maître de l’Univers les choses équitables qui me reviennent car j’ai pratiqué l’équité en Egypte : je n’ai pas blasphémé Amon-Rê. Salut à vous tous qui êtes dans cette salle des deux Maât, vous qui êtes exempts de mensonge par essence, qui vivez de ce qui est équitable devant Horus-qui-est-dans-son-disque… Me voici venu à vous sans péchés, sans vilenie, sans accusateur. Je vis de ce qui est équitable. J’ai fait ce dont parlent les hommes, ce dont se réjouissent les dieux. J’ai satisfait Amon-Rê par ce qu’il aime. J’ai donné du pain à l’affamé, de l’eau à celui qui avait soif, des vêtements à celui qui était nu, une barque à celui qui n’en avait pas et j’ai fait le service des offrandes divines pour les dieux et des offrandes funéraires pour les bienheureux. Je suis quelqu’un dont la bouche et les mains sont pures, quelqu’un à qui il est dit viens en paix par ceux qui le voient… Je suis venu ici pour témoigner de la vérité, pour mettre la balance dans sa position exacte à l’intérieur du royaume des morts !

Le rituel étant accompli, la pesée du cœur commence sous la houlette d’Anubis. Thot tient un calame à la main afin d’inscrire le résultat sur un papyrus.

Placé dans un vase canope, le cœur d’Ouserkaf commence à faire doucement osciller le fléau. Puis ce dernier se fige à l’horizontal, démontrant ainsi que la plume de Maât et le cœur de cet homme pur ont exactement le même poids.

Encouragé par un geste d’Anubis et d’Osiris, Ouserkaf se dirige vers l’arrière de la salle sous le regard torve et déçu d’Ammout qui n’a pas obtenu sa pitance et devra donc attendre le jugement, négatif cette fois, d’un autre défunt.

Oksana et Gil lors des Halliennales 2016.

C’est à cet instant précis que le dieu à la tête de chacal aperçoit l’astrophysicien et l’étrange créature née il y a plus d’un demi-milliard d’années.

Anubis semble surpris. En dépit du fait que Phil Caldwell soit, lui aussi, vêtu du long manteau blanc cérémoniel qui frôle les pieds, il est évident qu’il est très différent des trépassés égyptiens qui pénètrent régulièrement dans la salle des deux Maât. Son teint est très pale, ses cheveux, roux et bouclés et ses yeux verts, diffèrent sensiblement des canons esthétiques qui prévalent ici. Par ailleurs, l’extravagante créature qui volète près de son épaule ne ressemble à rien de connu en ce début de Nouvel Empire et sous le règne glorieux de Thoutmôsis Ier.

Il se retourne vers Osiris.

Hiératique dans son attitude et impérieux par son regard qui semble être en mesure de calciner qui ose le regarder en face sans ciller, le frère d’Isis et de Nephtys dit simplement :

—Qui es-tu étranger ?

Avant même que l’astrophysicien parvienne à discipliner les tremblements nerveux qui agitent ses bras et ses jambes, le dieu qui juge les âmes des défunts complète sa question :

—Quelle est cette étrange créature ?

Phil Caldwell s’incline respectueusement devant Anubis, Thot, Osiris et ses deux sœurs. Il ne sait pas du tout comment il doit s’exprimer face à ces cinq divinités du panthéon égyptien.

Utiliser la phraséologie pompeuse d’Ouserkaf serait sans doute blasphématoire car il n’est pas mort et se retrouve, par un ahurissant caprice du destin, dans un processus funéraire antique qui le dépasse et qu’il ne comprend pas.

Il décide donc d’être lui-même. Tout simplement.

Isis.

—Je m’appelle Phil Caldwell et j’observe les étoiles.

Ses interlocuteurs ne réagissant pas, contrairement à Ammout qui commence à ouvrir sa gueule de crocodile affamé en laissant les ors de la salle apporter quelques éclats supplémentaires sur ses dents acérées, le scientifique de Stanford poursuit :

—La créature qui m’accompagne vivait déjà sur Terre il y a très longtemps. Je ne sais pas pour quelle raison je suis là. Car je ne suis pas mort…

À l’instant précis où il prononce ces derniers mots, ses yeux se convulsent. Il vacille et semble prêt à tomber. L’anomalocaris volète à côte de lui. Mais il ne parvient pas vraiment à le retenir. C’est donc le dieu à tête de chacal qui contourne la balance géante et aide Phil Caldwell afin qu’il ne s’effondre pas sur le sol.

La plaque de verre qui s’est substituée à ce même sol sert désormais d’écrin aux flammes d’une étoile au seuil de l’explosion. Les volutes de feu lèchent la surface et des morceaux de magma en fusion se collent un instant sur la surface transparente avant de retomber dans le brasier qui grossit sans cesse.

—Je ne suis pas mort… répète l’astrophysicien hagard.

Osiris échange quelques mots avec ses deux sœurs.

Imperturbable, Thot continue à décrire tout ce qu’il observe. Son calame[2] court sur le parchemin qu’il tient haut devant lui.

Anubis prend le compagnon de l’anomalocaris par les épaules et lui dit, d’une voix grave qui flirte avec les infrasons :

—Qui es-tu vraiment Phil Caldwell ?

—Je suis… Je suis…

Ses yeux s’exorbitent. Son front se moire de sueur et un peu de bave commence à couler à la commissure de ses lèvres glacées d’effroi. Il tremble comme s’il se trouvait au bord d’un gouffre immense et avec un vent violent qui le pousserait vers l’abîme.

Tous les dieux le regardent.

Il dit enfin.

—Je suis mort et vivant !

Il s’agite encore. Sa tête est animée de mouvements irrépressibles et brouillons comme s’il était soudainement pris de démence.

—Je vois… la mort ! Je vois… Je vois… ma mort ! Ma mort !

Il hurle désormais, ce qui énerve considérablement la créature hybride chargée de dévorer les cœurs des êtes impurs.

—Parle ! ordonne alors Osiris dont les yeux flamboient comme des soleils noirs.

—Parle doucement, invite Anubis tout en laissant ses mains posées sur les épaules du malheureux qui voit d’un coup s’effondrer devant lui des pans entiers de l’épaisse muraille qui claquemurait sa mémoire depuis si longtemps.

Le museau sombre et pointu du dieu à tête de chacal est à moins de vingt centimètres du visage de Phil Caldwell. Les oreilles d’Anubis, fines, sombres et pointues, sont attentives et bien dressées à la verticale.

—Je t’écoute. Nous t’écoutons.

—Le voile se déchire. Enfin !

—Oui ?

—Je vois une forêt avec des arbres gigantesques. Il fait chaud. J’ai mal.

Il s’arrête à nouveau.

L’anomalocaris s’approche à son tour très près de la tête du rouquin. Le visage de l’astrophysicien, le museau effilé d’Anubis et les queues de crevettes géantes qui prolongent la tête de l’arthropode du cambrien sont désormais circonscrits au sein d’une sphère très réduite.

Leurs haleines se mêlent.

Osiris.

—Continue, dit doucement la créature échevelée sans parvenir à juguler totalement sa crispante voix de fausset.

—Mes amis souffrent. Il y a déjà eu beaucoup de sang. Un homme monstrueux hurle sans cesse devant l’œil froid d’une caméra. Il insulte une jeune femme rousse. Il m’insulte aussi.

Il se tait un bref instant et reprend son soliloque halluciné sous le regard simultanément interrogateur et courroucé d’Osiris.

—Il m’insulte. Il m’insulte !

—Tu l’as déjà dit. Continue… l’encourage Anubis qui semble avoir fugacement pris sous sa protection cet homme étrange qui ne ressemble pas à un égyptien de l’époque de Thoutmôsis Ier  et qui, surtout, ne devrait en aucun cas se retrouver ici dans la salle des deux Maât.

—Il m’insulte. Me frappe. Je suis à genoux. Il hurle encore !

Atterré par ses propres visions qui exhument brutalement la séquence la plus dramatique de sa vie, Phil Caldwell s’arrête encore une fois. Il regarde les hiéroglyphes qui couvrent le mur gauche et que l’or qui tapisse la paroi rehausse encore. Tous ces signes semblent se décoller de la surface verticale. Ils se précipitent sur lui ! L’astrophysicien exécute quelques mouvements désordonnés afin de dissiper ces hordes ténébreuses et grimaçantes qui veulent s’insinuer dans ses yeux, son nez, sa bouche et ses oreilles.

—Calme-toi, reprend l’anomalocaris. Tout va bien.

—Continue, surenchérit Anubis en appuyant plus fortement sur les épaules du malheureux qui sombre d’épouvantes en épouvantes.

Le scientifique respire un grand coup. Il déglutit et se ressaisit enfin.

—Ces cris sont si violents ! Mon esprit se trouble et s’embue. Un voile grège et sang obstrue mes yeux. Je me redresse un peu. C’est alors que je vois le sabre…

—Le sabre ! coupent ensemble Anubis et l’arthropode issu des premières aubes du cambrien.

Phil Caldwell tombe à genoux.

Impassible, Thot note tous les détails de cet étrange récit alors que les quatre autres divinités restent muettes. Statufiées.

Manifestement, elles attendent une révélation. Un signe. Une épiphanie Ou une seconde mort !

—La lumière ! L’homme lève le sabre. Nooooon !

Phil Caldwell se renverse en arrière. Isis quitte l’arrière du siège d’apparat où trône son frère afin de rejoindre Anubis. En joignant leurs efforts, les deux divinités funéraires parviennent à remettre le rouquin debout. Il est blême et des flots de bave sortent désormais de sa bouche.

Révulsés en un premier temps, ses yeux reprennent leur apparence normale.

—Prenez le temps nécessaire, intervient la sœur de Nephtys de sa voix douce, caressante ; presque désincarnée.

Phil Caldwell se reprend un peu et regarde attentivement Isis. Le visage de la jeune divinité est doux, empreint d’une bonté presque surréelle. Il réalise à cet instant qu’il est en train de dialoguer avec Anubis et la sœur d’Osiris, de Seth et de Nephtys.

Il frissonne aussitôt et poursuit cette douloureuse remémoration d’un instant atroce.

—Après la douleur : l’effroi ! Je suis couché au sol et je regarde mon corps qui baigne dans son sang. À une dizaine de mètres de moi !

—Une dizaine de mètres ? glapit alors l’anomalocaris qui, en cet instant, outrepasse toutes les sonorités suraiguës audibles par tous les êtres qui ont vécu sur Terre depuis 3,5 milliards d’années.

—Décapité ? demande Anubis dont les longs cils mettent en exergue un regard qui se vrille dans celui du malheureux qui découvre enfin comment il est décédé.

—Oui. Mon corps acéphale gît très loin et m’envoie ce message atroce et merveilleux à la fois : tu n’es plus qu’une tête. Un cerveau ! Et pourtant… tu vis !

—Pour l’instant, tempère Isis en ouvrant grands ses yeux où le lapis-lazuli façonne un univers miniature d’une puissance inégalée.

—Mais… Mais… j’ai déjà vu l’agonie du soleil !

Le silence retombe sur la salle des deux Maât. Cette remarque, ahurissante, loufoque et totalement iconoclaste, réussit même à surprendre les cinq divinités du panthéon égyptien qui officie en ce lieu pour la pesée des cœurs.

Comment peut-on avoir eu la tête tranchée et assister en même temps à la mort du soleil qui se déroulera sept à huit milliards d’années plus tard ? C’est dément !

C’est impossible ! C’est peu probable.

C’est tout à fait possible en fait si le temps ne s’écoule plus du tout au même rythme à l’intérieur et à l’extérieur de cette tête orpheline d’un corps et qui doit donc devenir… son propre univers !

C’est ce que les cinq divinités égyptiennes viennent de réaliser brutalement. Hallucinant et fou, ce constat sublime leur rôle au niveau de la vie terrestre et de sa lente métamorphose au sein d’un au-delà normé et ritualisée dans un univers dont les limites sont connues et bien définies.

Mais, à l’aune de l’exubérance infinie du Multivers, Phil Caldwell devient peu à peu son propre panthéon.

Osiris le comprend aussitôt.

C’est lui qui s’adresse alors à l’homme qui vient de réaliser cette chose simple est effrayante à la fois : il vit uniquement en lui et doit assumer désormais le rituel d’une initiation folle dont il est la fois le maître d’œuvre et l’objet, le vecteur et la finalité.

—Phil Caldwell ! Ton destin est unique dans l’histoire des hommes. En pétrifiant le temps, ton cerveau devient à la fois le terreau et la finalité de ta propre existence. Tu vas devoir investiguer toutes les facettes de ton être intime qui, ainsi, est devenu aussi complexe que toute l’humanité depuis sa création. Miroir de toi-même, tu concentres à la fois ton enfer et ton firmament. Ta damnation et ta sublimité ! Tu as beaucoup de chance. Mais il te faudra beaucoup de courage aussi !

Le frère d’Isis et de Nephtys s’arrête un instant. Il décroise ses bras qui maintiennent chacun un sceptre et un chasse-mouches rituel.

Puis il lève lentement son sceptre en un signe qui peut s’apparenter à une bénédiction.

—Va en paix !

Anubis et Isis le regardent encore. La sœur de Nephtys esquisse un sourire.

—Merci… Merci… balbutie Phil Caldwell. Vos encouragements me donnent une force inouïe. J’essaierai désormais d’être ma propre épiphanie !

Il sourit à son tour et pivote sur les talons afin de rejoindre le lac de mercure qui vient d’apparaître à l’extrémité de la salle par laquelle il était venu avec l’anomalocaris.

Ammout essaie quand même de lui happer une jambe. Mais le claquement sec des dents de la dévoreuse des cœurs démontre l’inanité de cette ultime tentative.

L’astrophysicien et la créature échevelée se dirigent vers le lac. Ils s’immergent immédiatement.

Et se noient.

zzzzzzzzzz outre-blanc en anglais en jpeg (3) couverture première en 1600 2560

Outre-blanc version américaine – Traduction : Sheryl Curtis

[1] Dans la religion de l’Égypte antique, Maât incarne les notions d’ordre, de solidarité, d’équilibre du monde, d’équité, de paix, de vérité et de justice. Sur le plan cosmique, elle est la lumière. Dans le monde des humains, elle symbolise le ciment de la communauté humaine dont la clef de voûte est Pharaon. Lors de la pesée du cœur devant Osiris (ou psychostasie), Maât est aussi légère qu’une plume. Elle est donc le contrepoids du cœur du défunt qui doit être aussi léger qu’elle pour que le Kâ –l’âme du trépassé– puisse accéder au monde des bienheureux.

[2] Le calame est un roseau taillé en pointe dont on se sert pour l’écriture, soit à sec sur des tablettes d’argile, soit trempé dans de l’encre afin d’écrire sur un papyrus ou un parchemin.

 

Disponible ici :

https://www.amazon.fr/LOutre-blanc-Gil-Prou/dp/1718061927/ref=sr_1_2?s=books&ie=UTF8&qid=1548430431&sr=1-2&keywords=l%27outre-blanc