Piero di Cosimo ou le réenchantement du Monde

Piero di Cosimo« La mer, sa verte et sombre profondeur était le sein d’une déesse. Dans les cavernes de cristal exultait un peuple voluptueux. Les rivières, les arbres, les bêtes et les fleuves avaient un sens humain. Le vin avait un parfum plus suave, donné par la fleur de jeunesse éclatante de vie ; un dieu parmi les grappes. Une déesse apparaissait, aimante, maternelle dans le plein or des gerbes ; l’ivresse sainte de l’amour c’était le délicieux hommage à la beauté sublime. Fête éternelle et diaprée, la vie bruissait comme un printemps en traversant les siècles ».

Novalis (Hymnes à la nuit).

La vie bruissait comme un printemps en traversant les siècles…

Ce monde n’existe pas. Et il n’a jamais existé…

Un homme toutefois l’a soigneusement fait revivre pour nous. Un peintre de la Renaissance, un génie tourmenté, un artiste à l’exubérance triste et novatrice à la fois : Piero di Cosimo (1462-1522).

Nous aimons sa peinture et nous allons nous efforcer de vous faire partager notre sentiment.

Piero di Cosimo (de son vrai nom Pietro di Lorenzo di Chimenti) est né à Florence en 1462. Sa peinture se singularise essentiellement à travers ses étonnantes représentations d’une humanité encore balbutiante, festive, sensuelle. Cruelle parfois… Une humanité symbolique d’un « âge d’or » que les poètes et peintres de la Renaissance recherchèrent désespérément.

Parfois apparenté à des artistes comme Botticelli, Signorelli ou Léonard de Vinci, le talent de Piero di Cosimo est unique. Météore iconoclaste et parfaitement intemporel, notre peintre exhuma progressivement des bribes de magie, des embryons de féeries dionysiaques.

Des parcelles d’émerveillements enchâssées dans la chair même d’une terre nourricière…

Piero di Cosimo est l’héritier halluciné des grands auteurs de l’Antiquité : Hésiode, Lucrèce, Ovide.

Il adorne ses peintures d’innombrables détails qui envahissent sa toile et nous convient à explorer des continents nouveaux, des temps nouveaux ; des hommes nouveaux…

L’artiste florentin au tempérament taciturne et sauvage fut le premier à mettre en scène des personnages hors du commun. Sans délaisser les représentations mythologiques qui fleurissaient à cette époque, il peignit avec méticulosité des hommes préhistoriques, des paysages lointains, des scènes bucoliques empreintes d’une sensualité outrée.

Dans certaines peintures il privilégia l’animal au détriment de l’humain, démarche iconoclaste et presque blasphématoire dans un monde encore très soucieux de religiosité.

L’œuvre que nous avons choisie afin d’illustrer cet article s’appelle « Persée délivrant Andromède ». Elle est assez emblématique car le choix des couleurs, la disposition des personnages et l’étonnante silhouette du monstre qui menace Andromède, symbolisent idéalement la personnalité « décalée » de Piero di Cosimo.

Nous apprécions son approche, sa vision presque allégorique d’un monde où les notions mêmes de « bien » et de « mal » s’émerveillent l’une l’autre, délaissant ainsi les clivages les plus primaires. Piero di Cosimo revendique une appréhension du monde qui s’exonère totalement des critères lénifiants qui nous conduisent à la médiocrité, à la banale répétitivité du geste et de l’idée.

A une lente et pétrifiante agonie commençant, parfois, dès l’adolescence.

Le grand poète anglais William Blake affirmait : « l’exubérance est beauté » (Le mariage du Ciel et de l’Enfer). Comment lui donner tort en observant les peintures de notre artiste florentin qui cisèle les formes, les corps et les âmes, avec une palette se démultipliant à l’infini.

Sa taciturnité ronchonne s’ennoblit au contact de la Nature et de ses bizarreries. Il fait pétiller les courbes, les ellipses, les creux et les sinuosités. Son pinceau virevolte et une vie luxuriante se filigrane lentement…

Un enchantement pour l’œil. Un enchantement pour l’esprit.

Nous avons inclut Piero di Cosimo dans notre premier roman : « Cathédrales de brume », car son extravagance pétillante convient totalement à la fantasmagorie qui prévaut tout au long de cette étrange odyssée sans fin.

Nous ne regrettons nullement ce choix.

Avec Piero di Cosimo, la Nature se magnifie tout en dilatant ses frontières bien au-delà du regard. L’œuvre et l’existence de notre artiste protéiforme est un défi à l’imagination et la concrétisation d’une exigence simple et folle à la fois : apporter un supplément d’âme à la Vie.

Nous avons tous impérieusement besoin de cette exigence…

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