Cathédrales de brume et Zalmoxis disponibles en e-book

Cathédrales de brume

Parution en e−book de deux de nos romans publiés aux Éditions Rivière Blanche au prix unique de 5,99€.

Cathédrales de brume bénéficie d’une belle préface écrite par l’astrophysicien Jean−Pierre Luminet.

Zalmoxis a obtenu la Plume d’argent Imaginaire lors du Prix Plume Libre en 2017 :

http://www.plume-libre.com/index.php?option=com_content&view=article&id=3574&Itemid=100145

Cathédrales de brume :

https://www.riviereblanche.com/ebooks-cathedrales-de-brume.html

Zalmoxis :

https://www.riviereblanche.com/ebooks-zalmoxis.html  

 

Oksana présentant Cathédrales de brume et Zalmoxis

 

Cathédrales de brume

 

Zalmoxis

Réédition de Cathédrales de brume en version numérique

Cathédrales de brume

Cathédrales de brume

Notre premier roman : Cathédrales de brume, vient d’être réédité en version numérique aux Éditions Multivers.

Rappelons qu’il bénéficie d’une préface de l’astrophysicien Jean-Pierre Luminet.

Il est donc désormais disponible en version papier ici : http://www.riviereblanche.com/cathedrales.htm

La version numérique est disponible ici : http://multivers.biblys.fr/collectif/cathedrales-de-brume_50526

Par ailleurs, cette intrigue si particulière a fait l’objet d’un disque composé par le groupe Dawn & Dusk Entwined. Il porte le même titre que le roman et est disponible ici : http://dawnduskentwined.bandcamp.com/album/cath-drales-de-brume 

 

Voilà l’intrigue en quelques lignes :

Pétrifié au sein d’un sarcophage de cristal dérivant dans l’espace extragalactique, un naufragé est condamné à poursuivre une hallucinante odyssée pendant plusieurs millions d’années. Sans bouger. Et sans pouvoir mettre fin à ses jours…

Amaranth Heliaktor a pour seule compagne une sentinelle électronique qui l’aide à façonner les mondes virtuels qui lui servent d’exutoire. S’immergeant au sein d’un univers personnel qui se juxtapose à l’âpreté d’une réalité affolante, il émerveille ses sensations, son corps ; son âme. Au contact de la beauté absolue il fait des rencontres émouvantes, hallucinantes et sensuelles.
Puis il se damne avant d’accomplir l’ultime métamorphose.
Confronté à l’indicible, il se réfugie dans ces architectures oniriques qu’il nomme affectueusement… ses cathédrales de brume !

 

Les auteurs :

Duo littéraire atypique (une star du X passionnée par la cosmologie et l’Egypte antique, et un ancien dirigeant de la FNAC féru de philosophie néoplatonicienne et amateur de Dark Metal), OKSANA et Gil PROU coécrivent des romans de science-fiction et des essais depuis 2007.

Publié en 2009 aux Editions Rivière Blanche, leur premier roman s’intitule Cathédrales de brume.
Leur second roman, Katharsis, est paru en 2010 aux Editions Interkeltia. Ce thriller écologique, préfacé par le philosophe et naturaliste Yves Paccalet, a été sélectionné par le jury du Musée des Confluences dans le cadre du Prix des collégiens (aux côtés d’Eric Orsenna et de Jean-Michel Payet).

En 2011, ils ont publié aux Editions de La Hutte un essai : Les métamorphoses d’Eros qui a obtenu la Plume de bronze (catégorie Plume romanesque) dans le cadre du Prix des lecteurs 2012 du site Plume libre.

Ils viennent d’écrire quatre nouveaux romans. Le premier, Tomyris et le labyrinthe de cristal, est un récit mêlant réalités historiques et thématiques propres à l’Heroic Fantasy. Il est paru aux Editions Midgard en mars 2013. Le second, Un matin différent, est un récit contemporain dont l’intrigue se déroule quelques minutes avant le premier attentat du 11 Septembre 2001. Il paraîtra en Mars 2015 aux Editions Artalys. Le troisième s’appelle, Zalmoxis, c’est le premier volet d’une trilogie de SF qui se poursuivra avec Nyx et Thanatos et Le testament de la lumière. Le quatrième, À la verticale de l’Enfer, est un roman fantastique dont l’intrigue se déroule dans un manoir isolé en Ardèche.

Ils écrivent actuellement un huitième roman : L’hydre-Univers.

L'album Cathédrales de brume

L’album Cathédrales de brume

Multivers : au-delà du « nombre de Graham » ?

Notre univers n'est peut-être qu'une infime partie d'un ensemble infiniment plus vaste : le multivers...

Lorsque l’on doit évoquer des quantités importantes, il faut prendre en compte des nombres extraordinairement grands. Dans ce cas, on utilise souvent l’expression « astronomique ». L’emploi de ce terme est parfaitement approprié car les nombres les plus élevés se situent généralement dans le domaine de la cosmologie.

Par exemple, le nombre d’atomes existant dans notre univers est égal à 10 puissance 80, soit cent millions de milliard de milliard de milliard de milliard de milliard de milliard de milliard de milliard d’atomes ! Ouf…

On obtient des nombres plus pharamineux encore lorsque l’on examine le nombre de combinaisons différentes dans des jeux aussi complexes que les échecs ou le jeu de Go.

Au sommet de cette impressionnante pyramide de nombres hallucinants, on trouve le nombre potentiel de théories incluses dans la Théorie des cordes, soit 10 puissance… 500 !

Ces quantités vertigineuses sont impressionnantes et difficiles à appréhender concrètement.

Toutefois, ces nombres colossaux sont des nains par rapport à leurs homologues mathématiques, car on est alors réellement en proie au vertige.

Le plus grand nombre entier utilisé dans une démonstration mathématique s’appelle le « Nombre de Graham ». Il est si monstrueux que l’on doit utiliser des notations mathématiques spécifiques pour le représenter sur une feuille de papier. Il s’agit des « puissances itérées de Knuth » et des « flèches chaînées de Conway ».

D’une façon plus simple, on affirme souvent que si tout l’univers était composé d’encre, celle-ci ne suffirait pas pour écrire le Nombre de Graham en utilisant la notation arithmétique usuelle.

Mais on peut encore aller plus loin. Beaucoup plus loin…

Il existe en effet des suites croissantes de nombre entiers qui sont si puissamment « croissantes » qu’elles se multiplient plus vite que n’importe quelle suite calculable.

C’est le cas de la suite Rado(n) qui a été inventée par le mathématicien Tibor Rado. Or la suite Rado(n) croît tellement vite qu’on n’en connaît que les premiers termes. Actuellement, il est impossible de calculer avec précision les valeurs Rado(7) et Rado(8).

On comprend à cet instant que la simple appréhension d’une suite comme Rado(100) donne de fortes céphalées…

Mieux encore, en utilisant des mécanismes théoriques de calcul particuliers que l’on nomme « machines de Turing avec oracle » ou -plus plaisamment- « castor affairé », on peut construire une hiérarchie infinie de suites croissantes Rado(n) = Rado0(n), puis Rado1(n), puis Rado2(n), etc… chacune surpassant la précédente.

Les nombres qui découlent de ces suites « hypercroissantes » deviennent ainsi parfaitement affolants et outrepassent l’imagination la plus féconde.

Et pourtant… il existe peut-être des données plus hallucinantes encore !

Nous avons déjà évoqué ici la notion de « multivers », notion que nous abordons déjà dans « Cathédrales de brume » et que nous développerons dans les deux romans qui complèteront cet étonnant triptyque.

Ce concept est dérangeant, car imaginer des milliards d’univers en amont ou en aval du nôtre est difficilement compatible avec un cartésianisme classique, mais il n’est pas réellement nouveau.

D’Anaximandre à Whitehead, en passant par Nicolas de Cues, Giordano Bruno et Leibniz, elle traverse toute l’histoire de la philosophie et jalonne les grandes cosmogonies.

Toutefois, si cette théorie devait se confirmer, elle constituerait une révolution conceptuelle comparable à la rupture copernicienne.

Ce n’est pas seulement notre représentation du monde qui s’en trouverait transformée, mais également notre manière même de penser la physique et de concevoir la signification de ses modèles. Or la physique fait aujourd’hui face à un sérieux problème lié à la nature même de ses constantes fondamentales, car la plupart de ces grandeurs semblent spécifiquement adaptées à l’émergence de la complexité.

Si l’on souhaite échapper aux explications purement religieuses, il est clair que l’existence de multiples univers au sein desquels les lois physiques se structureraient indépendamment résoudrait la difficulté. Les paradoxes disparaissent effectivement si l’on suppose que les valeurs observées pour les constantes physiques ne sont qu’une réalisation particulière parmi une infinité d’autres.

Exactement de la même façon que nous nous trouvons sur une planète tellurique qui est un lieu très particulier et nullement représentatif du contenu moyen du cosmos, nous nous trouverions, au sein du « multivers », dans un univers hospitalier et très singulier quant à ses propriétés.

Dans le cadre de l’élaboration d’une image cosmologique globale, notre environnement direct n’est donc nullement représentatif du tout. L’existence même du « multivers » offre une solution élégante et concrète à certaines difficultés récurrentes de la physique théorique et s’inscrit dans une évolution non contredite jusqu’alors et que l’on peut résumer ainsi : la taille et la diversité du cosmos n’a jamais cessé de croître au fur et à mesure des découvertes scientifiques. S’il existe de multiples planètes, de multiples étoiles, de multiples galaxies, de multiples amas de galaxies, pourquoi n’y aurait-il qu’un seul univers ?

Différentes définitions du « multivers » s’affrontent. Toutefois, le « multivers » n’est pas en lui-même un modèle, mais une conséquence de modèles préexistants. Ces modèles n’ont pas été élaborés dans le but de créer des univers multiples mais pour répondre à des questions bien définies de physique des particules ou de gravitation relativiste.

Différentes théories prévoient clairement l’existence d’univers multiples, à commencer par l’une des mieux établies, des mieux testées et des plus élégantes : la Relativité Générale.

Le modèle d’Einstein, qui montre que la géométrie de l’espace-temps est façonnée par la matière qu’il contient, prédit effectivement un espace strictement infini dans deux des trois géométries utilisées en cosmologie. Si l’espace est infini, notre univers n’est qu’une minuscule bulle en son sein et tous les phénomènes possibles doivent se produire quelque part.

Ce n’est pas une possibilité mais une nécessité, car tout processus doté d’une probabilité d’occurrence non nulle doit être réalisé. Il existe ainsi une copie à l’identique de notre monde dont le passé est similaire au nôtre mais dont le futur peut éventuellement différer. Cet infini spatial suffit déjà à expliquer certains faits étranges. Ainsi, notre univers présente un haut niveau d’homogénéité primordiale car cet état particulier doit être présent quelque part dans le « multivers » et qu’il est propice à la formation des structures qui ont permis notre propre existence…

La Physique quantique, l’autre grand pilier de la Physique moderne, peut également conduire à l’existence d’univers multiples lorsque ses principes fondateurs sont interprétés strictement sans recourir à des postulats supplémentaires. La superposition quantique, qui n’est pas observée dans le macrocosme, ne conduit pas à l’usuelle projection du vecteur d’état mais plutôt à l’existence d’autres mondes dans lesquels se réalisent les différentes occurrences possibles de l’évolution du système.

L’existence du « multivers » est plus étroitement encore associée aux théories actuelles de la gravitation quantique. Il n’existe pas à l’heure actuelle de modèle absolument satisfaisant pour décrire les propriétés quantiques du champ de gravitation.

Mais deux théories bien différentes ouvrent des voies prometteuses pour explorer les méandres complexes de cette physique dont le graal est la fameuse « Théorie du Tout ».

Curieusement, chacune d’elle conduit à l’existence d’univers multiples…

La première de ces théories fascinantes est la « gravitation quantique à boucles ». Elle s’appuie sur le principe fondateur de la Relativité Générale : l’invariance de fond, c’est-à-dire l’absence de structures absolues. Elle propose un cadre cohérent pour décrire les propriétés quantiques de l’espace-temps. Dans ce contexte, elle prédit l’existence de « rebonds » au cœur des trous noirs qui permettent de concevoir leur structure interne comme des univers à part entière. On assiste alors à l’émergence d’un modèle darwinien de sélection naturelle des univers : chaque monde se reproduit par les trous noirs qu’il engendre et les lois doivent évoluer vers la forme maximisant la formation de trous noirs.

Ce constat ouvre des horizons infinis. Dans son livre : « Le destin de l’univers », l’astrophysicien Jean-Pierre Luminet (qui nous a fait l’honneur de préfacer « Cathédrales de brume ») résume parfaitement cette situation en forme de mise en abyme : « Des deux questions « qu’y avait-il avant le big bang ? » et « qu’y a-t-il dans un trou noir ? », l’une donne la réponse à l’autre. Dans chaque trou noir il y a un nouveau big bang, c’st à dire un nouvel univers, sorte de phénix renaissant de ses cendres après chaque contraction symétrique du big bang… » (Le destin de l’univers – page 543).

La seconde théorie : la Théorie des cordes (ou Théorie des supercordes lorsqu’elle prend en compte les exigences de la « supersymétrie ») permet de résoudre certaines difficultés de la physique contemporaine : quantifier la gravité et unifier toutes les interactions fondamentales par exemple.

Mais cette théorie remarquable et très élégante implique l’existence de sept dimensions supplémentaires à la géométrie de l’espace.

Les lecteurs de « Cathédrales de brume » observeront immédiatement que nous avons largement utilisé cette singularité de la Théorie des cordes dans notre roman…

En affinant cette théorie, il est apparu que les manières de recourber ces dimensions supplémentaires sur elles-mêmes sont si nombreuses (environ 10 puissance 500 comme nous l’avons signalé plus haut) que la Théorie des cordes conduit à une quasi-infinité de lois physiques possibles.

En complément de cette surabondance déroutante, le modèle actuellement validé du big bang repose sur l’existence d’un processus inflationnaire, c’est à dire une augmentation démesurée de la taille de notre univers dans ses premiers instants, qui conduit à l’image d’un monde en perpétuelle inflation.

Des zones s’extraient parfois de cette inflation éternelle (comme notre propre univers dans sa phase actuelle) mais, examiné dans la globalité, le processus est continu et de nouveaux univers se crée sans cesse.

Dans les milieux de la cosmologie, cette théorie (dont Andrei Linde est le concepteur) est parfois comparée à un « multivers bulles de champagne »…

La conjugaison de la Théorie des cordes et du scénario inflationnaire conduit en tout cas à un « multivers » particulièrement riche et fécond dans sa capacité à rendre compte du réel. La première permet l’émergence de lois multiples, le second prédit des univers-bulles décorrélés les uns des autres. Dans chaque univers, la physique effective se structure indépendamment, donnant lieu à une impensable diversité, non seulement dans les faits, mais également dans les lois physiques.

Vous comprenez mieux ainsi la raison pour laquelle nous mettons en parallèle le caractère « colossal » du nombre de Graham, et le caractère tout aussi colossal et luxuriant d’un « multivers » qui symbolise une fantastique ode à la diversité.

Et nous avons bien besoin de ce symbole à notre époque…

Black hole

Deux étoiles colossales qui se métamorphoseront -dans quelques millions d'années- en "trous noirs"...

« En cherchant l’œil de Dieu, je n’ai vu qu’un orbite

Vaste, noir et sans fond, d’où la nuit qui l’habite

Rayonne sur le monde, et s’épaissit toujours.

Un arc-en-ciel étrange entoure ce puits sombre,

Seuil de l’ancien chaos dont le néant est l’ombre,

Spirale engloutissant les Mondes et les Jours ! »

Gérard de Nerval – Les Chimères

 

Spirale engloutissant les Mondes et les Jours…

Lorsque les humains ne savent plus décrire l’indescriptible, seuls les poètes y parviennent. Parfois…

Les trous noirs constituent probablement les objets les plus extraordinaires de tout l’Univers. Ils sont simples, beaux ; fascinants.

Ils sont terrifiants aussi.

Pour résumer en une phrase, un trou noir est une région de l’espace-temps à l’intérieur de laquelle la gravitation est si forte qu’elle empêche toute matière et tout rayonnement de s’échapper. En fait, ces gouffres gravitationnels sont si denses que même la lumière ne peut plus s’en échapper…

Nés de l’explosion cataclysmique d’une étoile géante (ce que l’on appelle une supernova), ils sont les résidus du cœur même du colosse défunt. Les forces atomiques ne pouvant plus endiguer les forces gravitationnelles, les atomes de l’étoile s’effondrent en son centre et forment une singularité quantique de masse presque infinie et de volume presque nul.

Au cœur d’un trou noir, la totalité de notre planète tiendrait dans un téléphone portable…

Les trous noirs sont de tailles variées -certains cannibalisent le centre des galaxies alors que d’autres sont microscopiques- et les conséquences de leur formidable pouvoir d’attraction varient considérablement. Nous n’en ferons donc pas ici un descriptif complet, le livre que nous citons en référence à la fin de cet article comblera aisément votre curiosité.

Mais il faut quand même citer ici une singularité particulièrement extraordinaire, singularité que nous exploitons par ailleurs dans notre premier roman : « Cathédrales de brume ».

Un trou noir ayant une densité colossale, celle-ci finit par distendre les mailles de l’espace-temps. En clair, cela signifie que la matière et l’énergie emprisonnées au cœur de l’ogre cosmique finissent par… quitter notre Univers !

A cet instant de nos réflexions, nous entrons naturellement dans le domaine des hypothèses et supputations. Certains théoriciens pensent que cette matière resurgit ailleurs en formant un « trou blanc ». D’autres pensent qu’elle quitte réellement notre Univers afin de se fondre en un ailleurs à jamais indécelable pour nous.

Hormis par la pensée.

Quel que soit notre sentiment profond, les trous noirs et leurs ahurissantes particularités nous situent exactement là où nous souhaitons déambuler : à la lisière du visible et de l’invisible. Au centre de cette fragile frontière qui unit le dicible et l’indicible. Un monde qui réunit enfin le scientifique et le poète, l’ingénieur et le chaman, le Yin et le Yang.

L’ombre et la lumière.

Notre reflet en fait.

Nous sommes tous sœurs et frères des trous noirs géants qui dévorent le cœur de toutes les galaxies. Et ce constat nous pétrifie et nous excite à la fois.

Afin d’en savoir plus, nous recommandons la lecture de : Le destin de l’univers : trous noirs et énergie sombre de notre ami Jean-Pierre Luminet (Fayard) http://livre.fnac.com/a1861029/Jean-Pierre-Luminet-Le-destin-de-l-univers?Mn=-1&Ra=-1&To=0&from=1&Nu=1&Fr=0

Avec sa rigueur scientifique et sa verve poétique, Jean-Pierre décrit très clairement des phénomènes complexes et affolants. Un talent rare.

Il dédie enfin son livre à celles et ceux pour qui chaque réponse est une nouvelle question.

Dans nos romans, comme dans nos vies, nous nous situons exactement dans la même logique…

Interview pour Fantastinet (6 Octobre 2009)

Allan : Bonjour Oksana et Gil. Je vous laisserai d’abord, si vous l’acceptez, passer par la terrible épreuve de l’auto-présentation, pour nous indiquer votre parcours si cela ne vous gêne pas.

Gil : Après des études supérieures en Egyptologie à la Sorbonne et une participation à l’aventure de la revue Actuel au début des années 70, j’ai occupé plusieurs postes à la FNAC. J’ai dirigé le Département Disques de la FNAC Montparnasse, puis la filiale chargée de l’importation de tous les produits culturels. Fin 2000, j’ai entamé trois tours du monde -une quarantaine de pays visités- en privilégiant l’Asie du sud-est et la zone Pacifique (principalement Mélanésie et Micronésie).

J’écris des romans avec Oksana depuis 2007.

Je me passionne pour les sciences de la Nature, la philosophie, la poésie. J’aime aussi les musiques sombres (Dark ambient, Doom, Dark metal) et le contact avec les civilisations oubliées (Antiquité) ou que l’Homme moderne souhaite oublier et qualifie parfois de « peuples premiers ».

Oksana : Epicurienne, j’aime les plaisirs de la vie. Je suis connue pour avoir tourné dans des films à caractère pornographique. J’ai participé également à des clips musicaux (Tony Sad, Stumy Bugsy), rédigé des chroniques pour la version française de Penthouse, présenté la dernière des Nuz avec Laurent Weil.

J’ai eu aussi un petit rôle dans le film Truands de Frédéric Shoendoerffer aux côtés de Philippe Caubère et Benoît Magimel.

J’aime ce qui est insolite. L’exhibition et les jeux entre partenaires par exemple sont des choses qui pimentent ma vie. Pour moi la provoc… c’est naturel ! Sans cela, la vie paraît si terne et tout le monde se préoccupe stérilement de son voisin pour choisir son chemin.

Après des études scientifiques, j’ai mis en pratique mes cours de philosophie et j’ai cherché le sens absolu de l’expression « libre-arbitre »…

Allan : Pouvez-vous nous raconter comment s’est déroulé votre rencontre ?

Oksana & Gil : Nous nous connaissons depuis plusieurs années. Constatant que nous avions de nombreux points communs et une vision totalement désinhibée de la vie, nous avons rapidement forgé le projet d’écrire ensemble. En fait, nous n’avons pu concrétiser cette ambition qu’à partir de 2007. Depuis cette date nous avons donc coécrit deux romans parallèlement à nos autres activités.

Et nous ne comptons pas en rester là si le public accueille favorablement nos deux premières fictions.

Allan : Oksana, cela n’est pas trop dur de faire passer le message que ton parcours ne se limite pas au cinéma adulte ? Quel accueil reçois-tu en général quand tu parles de tes projets d’écriture ?

Oksana : J’adore quand c’est dur ! Non, ce n’est pas un problème. J’assume pleinement mes choix. Chacun voit en moi ce qu’il a envie de voir. J’aime diversifier mes activités, quelles soient érotiques ou non. Ce n’est vraiment pas un obstacle pour moi. Nue ou vêtue, je me sens la même personne…

Nous avons reçu beaucoup de messages d’encouragements et d’admirations pour ce projet totalement atypique. Jusqu’à présent, mes interlocuteurs ont été séduits autant par le concept que par le contenu en lui-même.

La diffusion d’un premier chapitre sur le site de l’éditeur à été une étape test qui s’est révélée très positive.

Allan : Vous êtes tous deux férus de cosmologie : pour les novices, pouvez-vous indiquer ce dont il s’agit ?

Oksana & Gil : La cosmologie est la branche de l’astrophysique qui étudie l’ensemble de l’univers, ses origines et son évolution. La cosmologie est en relation directe avec la gravitation quantique qui élabore les théories d’unification des quatre grandes forces universelles. Elle s’inscrit aussi dans une logique d’ensemble qui intègre les plus récentes découvertes de la Physique fondamentale, la Théorie des cordes en constituant le plus illustre exemple. Les théories cosmologiques les plus avancées examinent les scénarii décrivant ce qui a pu se passer avant le big bang, tout en s’efforçant d’élucider la nature réelle de l’énergie sombre et de la matière noire qui représentent 96% de la masse totale de notre univers.

Cette matière scientifique innovante, déroutante et parfois totalement fantasmagorique (imaginer ce qui a pu se passer avant le big bang aurait été presque blasphématoire il y a une trentaine d’années), est pure délectation pour nous…

Allan : Comment travaillez-vous ensemble ?

Oksana & Gil : Nous partons d’une idée simple, puis nous examinons différentes péripéties qui structurent peu à peu l’intrigue. De discussion en discussion nous élaborons le profil des principaux personnages, leur caractère, leur histoire. Puis, chacun travaille de son côté. Lorsque la synthèse nous convient, nous rédigeons un premier jet.

C’est à cet instant que le gros travail commence, car il faut revoir sans cesse ce qui a déjà été écrit, étoffer l’ensemble, éliminer les parties inutiles, chasser les répétitions. Cela prend beaucoup de temps…

Quelques mois plus tard, le récit définitif prend progressivement forme et tous les efforts préalables disparaissent. Seul reste alors le plaisir.

Allan : Comment vous partagez-vous le travail ?

Oksana : Je m’occupe principalement de l’humain, des émotions, de la sensualité. Je veille aussi à la crédibilité de nos personnages en laissant toujours transparaître les faiblesses, les fêlures intimes. Je travaille et peaufine les caractères en tenant compte des interactions entre les personnages.

La démarche est différente -mais tout aussi exaltante- dans le cas de créatures extraterrestres. Là je laisse parler totalement mon imagination…

Gil : Je prends en charge le contexte matériel et la mise en œuvre de nos idées communes. En liaison avec Oksana, j’élabore aussi les enchaînements entre les différentes péripéties tout en validant nos choix techniques et scientifiques. J’assume aussi le choix d’un vocabulaire, parfois issu du domaine poétique, qui s’efforce de traduire au mieux les métaphores que nous affectionnons tout particulièrement.

Allan : Votre actualité immédiate va être marqué par la parution dans la collection Rivière Blanche de Black Coat Press de « Cathédrales de Brume« . Comment le définiriez-vous ?

Gil : Cathédrales de brume est simultanément une odyssée cosmique et une ahurissante errance intime. Condamné à survivre plusieurs millions d’années sans pouvoir bouger ou mettre fin à ses jours, un naufragé de l’espace recrée des univers personnels muables et luxuriants : ses « cathédrales de brume ».

Parfois la réalité heurte l’onirisme en créant une étrange eurythmie. Avant la chute…

Oksana : Une « sentinelle » électronique et sensuelle établira une vraie complicité avec le naufragé de l’espace et du temps. Elle le stimulera et l’aidera à optimiser son imagination afin de créer des mondes oniriques et flamboyants.

Ainsi, la réalité et le rêve se mêlent inextricablement jusqu’à l’instant magique où tout devient possible…

Dans notre roman, nous avons voulu mettre en valeur la notion de grandeur infinie, combinant étroitement ainsi l’émerveillement de l’esprit et la beauté du cosmos.

Allan : Que vouliez-vous essentiellement montrer à travers ce roman : la peur de l’homme face à l’éternité ou la fragilité de l’homme dans l’univers ?

Oksana & Gil : Le point de départ de notre démarche fut le suivant : la pensée humaine se heurte toujours à trois barrières infranchissables :

–      la brièveté de la vie,

–      la faiblesse du corps par rapport aux potentialités de l’esprit,

–      le carcan des verrous intellectuels et des barrières psychiques que nous consolidons sans cesse autour de nous.

Dans Cathédrales de brume, nous façonnons la destinée d’un humain débarrassé des deux premières contraintes. Nous avons examiné ce qu’il pourrait faire de cette liberté nouvelle, désormais affranchie des contraintes du temps. Le résultat est déroutant car l’âme humaine est toujours infiniment plus complexe que le fallacieux jeu des apparences.

Optimisant les possibilités offertes par l’ahurissant postulat de départ que nous avons choisi, nous avons développé cette idée jusqu’à son paroxysme en forçant notre héros à revivre tous les moments cardinaux vécus par les cent milliards d’êtres humains nés avant lui.

Ce supplice sans nom (car les moments de plaisir sont infimes en regard des souffrances subies) symbolise la réflexion de René Char : « le visible n’est que l’épiphanie de l’invisible ». En revivant fugacement les destinées de tous les hommes, notre héros explore les labyrinthes d’une créature incroyablement fascinante, riche et inquiétante… lui-même !

Allan : L’intelligence artificielle qui accompagne Amaranth, notre survivant va d’une certaine façon « s’éprendre » de ce dernier : c’est le franchissement ultime de l’homme par rapport à la machine ?

Oksana : L’Amour se joue des apparences. Humain ou intelligence artificielle… quelle importance ! Dans notre roman, nous poussons jusqu’au bout cette quête d’altérité qui va bien au-delà de l’humain. Seule notre capacité de transgression permet d’avancer et de s’exhausser au-delà de la lie du quotidien. Cathédrales de brume symbolise donc l’absolue nécessité de transgresser afin d’endiguer l’horreur d’un châtiment sans fin.

Pour prendre un exemple que je connais bien, l’univers du X, du sexe et de la séduction, symbolisent souvent des choses qui nous dépassent. Nous formons notre éducation sur des acquis que nous ne remettons jamais en cause. Nous façonnons ainsi des « verrous intellectuels » qui sclérosent nos possibilités et nous empêchent de penser par nous même.

Or -à l’échelle humaine, comme à l’échelle de l’univers- la réalité est bien différente. Beaucoup plus riche que le simple miroir des apparences, elle est complexe, pétrie d’émotions ; envoûtante.

Allan : Amaranth va d’ailleurs être coincé entre une réalité difficile à appréhender (l’éternité) et un monde onirique qu’il va pouvoir modeler au travers de ses cathédrales de Brume : cela pourrait donner une impression de « lâcheté », non ?

Gil : Exact. Mais dans sa situation (prisonnier emmuré vivant pendant plusieurs millions d’années) qui pourrait lui en tenir grief ? Par ailleurs, la connivence liant réel et virtuel émerveille sa vie et lui donne enfin un sens congru.

Allan : La préface est écrite par l’astrophysicien Jean-Pierre Luminet, connu pour ses publications sur les trous noirs : ce doit être pour vous une grande source de satisfaction de voir ce spécialiste préfacer votre roman ?

Oksana & Gil : Absolument. Mais cette démarche est assez logique si l’on prend en compte la diversité des écrits de Jean-Pierre Luminet. Il s’intéresse à la poésie, à l’art, à la science-fiction, à la musique. Jean-Pierre illustre cette capacité d’acquérir une vision holistique du monde que nous mettons en exergue dans notre second roman.

Nos chemins devaient se rencontrer…

Allan : Vous évoquer régulièrement dans votre récit la Théorie des cordes et celle du multivers. Pourquoi ?

Oksana & Gil : Ces deux théories fondamentales sont particulièrement fécondes pour des écrivains de SF. Par ailleurs -et en complément de la préface de Jean-Pierre Luminet- nous avons rédigé une courte postface qui donne quelques informations utiles sur ces sujets.

Allan : En parallèle du roman sortira un disque s’appuyant sur l’univers de Cathédrales de Brume : le disque sera vendu avec ?

Oksana & Gil : Non, et ceci pour des raisons techniques. Mais notre partenariat avec le groupe « Dawn & Dusk Entwined » nous permettra de promouvoir simultanément le disque et le roman. Nous sommes très satisfaits de cette synergie nous permettant de créer un lien entre le monde de la musique et celui des littératures de l’imaginaire. Comme nous avons écrit aussi un screenplay complet d’après l’intrigue de « Cathédrales de brume », la musique de « Dawn & Dusk Entwined » concrétise ce que pourrait être la musique d’un film reprenant le même thème.

Allan : Vous avez écrit un scénario s’inspirant de Cathédrales de brume… Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Oksana : L’intrigue du roman ayant été conçu d’une manière très « visuelle », l’écriture d’un scénario s’inspirant étroitement de cette ahurissante odyssée devint rapidement une évidence pour nous. Nous avons donc écrit un screenplay complet avec les dialogues.

Le roman étant assez long (200 000 mots) et l’intrigue s’étirant sur trois millions d’années, le screenplay est structuré en deux scénarios se complétant. Si un producteur s’intéresse vraiment à ce projet très atypique, il concrétisera probablement cette adaptation cinématographique en deux films.

Gil : Les quelques professionnels du cinéma qui ont déjà lu ce scénario évoquent un « Mahâbhârata du futur » ou une « Odyssée intérieure ». La comparaison est probablement excessive, mais nous l’apprécions à sa juste valeur…

Allan : Votre deuxième roman, « Katharsis », est prévu pour Mars 2010 aux éditions Interkeltia. Pourquoi dans si longtemps ?

Oksana & Gil : Afin de ne pas égarer nos futurs lecteurs car les deux récits sont fondamentalement différents.

Allan : La thématique est plus immédiate, puisqu’abordant des notions écologiques d’une part et économiques d’autre part : la multiplication des romans sur l’urgence écologique est-elle à votre sens une prise de conscience de la situation actuelle ?

Oksana & Gil : Probablement. Et si de nombreux auteurs évoquent les drames latents qui obscurciront l’avenir de nos descendants, cela provoquera peut être un électrochoc.

Chaque goutte d’eau est utile à l’océan…

Allan : Il s’agira à la lecture de la quatrième de couverture d’un roman tant politique que de SF : doit-on comprendre que pour vous la SF est engagée ?

Gil : Certains auteurs de SF sont engagés. Pour nous, la politique, le dogmatisme et l’idéologie ne présentent aucun intérêt.

Le contexte actuel est gravissime et la 6eme extinction de masse est peut être déjà en marche. Il est évident que la politique n’apportera aucune solution pérenne car les hommes politiques sont tous obnubilés par une chose : leur élection ou leur réélection. Or les mesures à prendre afin d’être réellement efficaces seraient tellement impopulaires qu’aucun d’entre eux n’acceptera de prendre un tel risque.

Le problème de notre planète et de la Nature est dans l’Homme ; et la solution est dans l’Homme.

Chercher ailleurs serait inutile ; voire dangereux.

Oksana : C’est pour cette raison que nous avons demandé au philosophe et écologiste Yves Paccalet de rédiger la préface de notre second roman. Après l’avoir lu, il n’a pas hésité car notre récit éclaire d’une façon complémentaire et crue son célèbre essai : « L’humanité disparaîtra, bon débarras ! ».

Là encore, notre rencontre avec Yves nous permit de concrétiser une ambition qui se symbolise avec la notion d’ouverture aux autres, de quête d’altérité et l’émergence d’une véritable vision holistique du monde.

Et ce n’est certainement pas du côté des militants politiques que l’on peut trouver cette « ouverture » aux autres…

Allan : Vous êtes présents sur Facebook mais surtout sur votre blog mis à jour régulièrement avec des articles notamment sur la cosmologie : tout cela doit vous prendre un temps fou non ?

Oksana & Gil : Nous travaillons 365 jours par an…

Allan : Maintenant, je suppose que vous avez d’autre projet en cours… Pouvez-vous nous en parler ?

Oksana & Gil : Si nos lecteurs apprécient nos deux premiers romans, nous n’en resterons pas là. Mais ce n’est pas à nous de préjuger.

Allan : Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

Oksana & Gil : De rester nous même tout en apportant du plaisir et du divertissement à nos futurs lecteurs. Ce sera déjà beaucoup…

Allan : Le mot de la fin sera :

Oksana & Gil : Dans nos romans, nous nous employons à « hausser le réel d’un ton » pour reprendre la synthèse de Bachelard (L’air et les songes) tout en gardant notre capacité d’émerveillement devant la beauté du monde.

Si quelques uns de nos lecteurs partagent cette ambition après avoir lu nos romans, nos efforts n’auront pas été vains. Et nous serons contents.

Interview réalisée par mail par Allan pour Fantastinet.

Mise en ligne : 06 octobre 2009