Elena Lucrezia Cornaro Piscopia : une femme exceptionnelle !

Elena Lucrezia Cornaro Piscopia

Elena Lucrezia Cornaro Piscopia

Dans notre essai : « Les métamorphoses d’Eros », nous mettons en lumière quelques portraits de femmes exceptionnelles.

En voici un qui sort vraiment de l’ordinaire. Il s’agit d’une jeune vénitienne qui vivait au XVIIe siècle : Elena Lucrezia Cornaro Piscopia

Eblouissant et prématurément écourté, le destin d’Elena Cornaro Piscopia est fascinant. Cette frêle jeune fille issue de la plus haute aristocratie vénitienne -les Cornaro illustraient fastueusement l’une des plus anciennes et des plus prestigieuses familles de la sérénissime République de Venise- orne sa personnalité de talents si divers que l’on ne sait plus par où commencer.

Confronté à un esprit protéiforme et à un profil psychologique et humain si déroutant, la meilleure solution consiste probablement à se réfugier dans la quiétude réconfortante d’une banale déambulation chronologique.

Elena Lucrezia Cornaro Piscopia est née le 5 Juin 1664 à Venise. Son père, Giovanni Baptista Cornaro, était Procurateur de San Marco, le quartier le plus central de la ville. Le rôle de son père fut par ailleurs décisif car celui-ci aida Elena à répertorier ses qualités intrinsèques, tout en leur permettant d’éclore pleinement. On se remémorera que cette démarche est exactement inverse à celle du père de Fanny Mendelssohn un siècle et demi plus tard. Ce détail prouve, une fois de plus, que le statut des femmes n’évolue guère dans le bon sens, les afghanes claquemurées derrière leurs voiles et les jeunes filles excisées illustrant tragiquement cette perpétuelle régression rampante.

Dès l’âge de 7 ans Elena démontra une aisance intellectuelle hors pair. Encouragée par sa famille unanimement regroupée à ses côtés, elle bénéficia du meilleur enseignement possible. Ces moyens éducatifs appropriés lui permirent d’épanouir très rapidement des talents multiples. En quelques années, la jeune fille maîtrisa parfaitement six langues en plus de l’italien, sa langue natale. C’est ainsi qu’elle parlait couramment le grec, le latin, l’hébreu, l’arabe, le français et l’espagnol, ce qui lui valut le titre exceptionnel de Oraculum Septilingue. A notre époque, les personnes parlant couramment sept langues demeurent encore des exceptions que les plus grandes administrations et les entreprises multinationales s’arrachent à prix d’or.

Son éducation ne pouvant se satisfaire d’une simple diversité linguistique, Elena apprit la grammaire, les mathématiques, la physique, l’astronomie et la musique. Elle révéla immédiatement un don certain dans cette discipline, préfigurant ainsi Henri Michaux lorsqu’il affirma péremptoirement : « Savoir, pour devenir musicienne de la vérité » (Face aux verroux).

La vie de la jeune prodige vénitienne démontra qu’elle était réellement musicienne de la vérité. Elena Cornaro Piscopia jouait à merveille du clavecin, de la harpe, du clavicorde (ancêtre du piano) et du violon.

Ne pouvant se satisfaire d’être simplement une instrumentiste talentueuse, elle composa de nombreuses œuvres que sa famille conserva jalousement.

La liste non exhaustive de ses capacités serait notoirement insuffisante si l’on omettait les deux matières où son génie s’exprima avec le plus d’aisance : la philosophie et la théologie.

En examinant attentivement cette liste impressionnante de compétences poussées à leur zénith, et lorsque l’on se remémore qu’elle maîtrisait tous ces savoirs bien avant l’âge de 20 ans, on imagine aisément qu’un test de QI aurait donné un résultat propre à faire rougir nos contemporains les plus doués. Si l’on prend en compte que le QI le plus élevé jamais identifié se situe actuellement entre 218 et 230 -il est l’apanage d’une femme : l’auteure américaine Marilyn vos Savant- on peut légitimement supposer qu’un test du même genre effectué sur Elena à l’âge de 14 ou 15 ans aurait donné un résultat similaire. Peut-être même un peu plus.

Les singularités qui caractérisent Elena Cornaro Piscopia ne s’arrêtent pas en si bon chemin. Cette jeune fille, qui avait fait vœux de chasteté dès son adolescence, alla encore beaucoup plus loin dans la démonstration de son savoir et la pertinence de ses analyses. Le 25 Juin 1678 Elena passa brillamment son Doctorat de Philosophie devant un aréopage réunit spécialement à cette attention à l’Université de Padoue. La conclusion des Docteurs qui examinèrent ses compétences relatives à l’examen de deux thèses aristotéliciennes fut sans ambages et d’une clarté lumineuse car ils déclarèrent que : « ses connaissances surpassaient largement le niveau requis pour le Doctorat de Philosophie ».

Elena fut donc la première femme au monde à obtenir un Doctorat universitaire. Cet exploit ne fut renouvelé que… 70 ans plus tard !

Afin de compléter encore l’étendue presque universelle de ses talents, il convient de préciser que la jeune vénitienne aurait dû simultanément passer son Doctorat de Théologie. Mais le Vatican s’y opposa fermement  car une femme ne pouvait en aucun cas prétendre accéder à un tel niveau d’excellence. Là encore, lorsque l’on se remémore le rôle des femmes dans la chrétienté depuis la mort du Christ jusqu’au XIVe siècle -l’abbaye de Fontevraud par exemple était dirigée par des abbesses et les hommes étaient soumis à l’autorité féminine- on ne peut qu’être abasourdi en contemplant amèrement l’érosion permanente du statut de la femme.

Indépendamment de ses hallucinantes facilités intellectuelles, Elena Cornaro Piscopia avait encore d’autres qualités. Plus importantes, plus cruciales encore ; des qualités humaines. Pendant toute sa courte vie -elle décéda prématurément à l’âge de 38 ans- Elena se dévoua aux pauvres, cherchant sans cesse à les réconforter tout en leur apportant le bien le plus précieux sur Terre lorsque l’on est malheureux : un peu de chaleur humaine. Ainsi, plus de deux siècles avant Bachelard, elle vécut et aima à l’unisson du philosophe qui martelait sans cesse : « Pour être heureux il faut penser au bonheur d’un autre» (La psychanalyse du feu).

Le jour où 50% de la population mondiale adhérera à ce principe et le mettra en action, tous les grands problèmes de l’humanité seront résolus. Tous…

Ainsi, l’altruisme envoûtant et lumineux d’Elena subjugua ses contemporains qui ne savaient plus quelle qualité honorer en elle. Conjuguant l’excellence du cœur et l’excellence de l’esprit, cette jeune vénitienne talentueuse nous réconcilie avec nous-mêmes. Sa capacité à décrypter les énigmes mathématiques, littéraires ou théologiques les plus complexes s’inscrit dans un logique qui privilégie une approche holistique de la connaissance. Nous imaginons aisément la qualité des dialogues imaginaires réunissant Elena Cornaro Piscopia avec Léonard de Vinci ou Pic de la Mirandole. Un souffle épique envahirait immédiatement l’espace autour d’eux, réconciliant ainsi la rigueur scientifique et la fantaisie artistique, l’émotion humaniste et l’austérité philosophique.

Elena symbolise un microcosme aux frontières infinies. Ses capacités intellectuelles outrepassant largement celles de ses contemporains, elle dut brider sa passion d’apprendre en se heurtant trop rapidement aux parois hermétiques d’un savoir écimé par le poids des traditions, des habitudes et des médiocrités coutumières dont nous sommes si friands.

Grâce à la magie propre au parcours radieux d’Elena, nous pouvons désormais nous approprier pleinement ce vers d’Eugénio de Andrade dans Matière solaire : « J’habite à présent les yeux des enfants ».

Le meilleur endroit qui soit…

Si vous souhaitez en savoir beaucoup plus, vous pouvez vous procurer notre essai sur le site de la FNAC :

http://livre.fnac.com/a3698688/Oksana-Les-metamorphoses-d-Eros

Ou sur celui d’Amazon :

http://www.amazon.fr/M%C3%A9tamorphoses-dEros-Oksana/dp/2916123539/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1389264536&sr=1-1&keywords=Les+m%C3%A9tamorphoses+d%27eros

Les métamorphoses d'Eros

Les métamorphoses d’Eros

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s