Commentaires concernant le « Projet Hypérion »

Voilà un commentaire qui vient de nous parvenir concernant notre essai et, plus particulièrement, son grand projet humanitaire : le « Projet Hypérion ».

« Chère Oksana, cher Gil,

Comment accepter sans réagir qu’un millénaire de civilisation, d’efforts et d’amour, puisse disparaître en un instant ?

A vrai dire, c’est cette phrase, qui m’a interpellée et qui m’a incité à vous écrire. Parce qu’elle résume parfaitement ma vison de l’humanité, du progrès  et du besoin perpétuel de coopérer pour protéger ces deux éléments fédérateurs de la société humaine.

Permettez-moi donc de vous transmettre quelques idées – sans ordre spécifique – qui me sont venues à l’esprit pendant la lecture.

Tout d’abord : chaque civilisation se construit autour d’un projet ou d’une vision. Aucune civilisation est apparue par hasard. Par contre, c’est l’échec ou la perte du projet derrière une civilisation qui se solde inexorablement par la décadence, puis par la disparition.

Comme l’histoire de l’Egypte antique a prouvé (oui c’est un clin d’œil), une vision commune est beaucoup plus important qu’une croissance économique perpétuelle.  D’un point de vue économique la construction des pyramides était un gaspillage énorme. Tout comme la construction des cathédrales ou la course vers la lune. Cependant c’est autour de ces projets que les civilisations se sont construits.

La situation actuelle en fait amplement preuve. En regardant les infos on pourrait croire que la crise actuelle de l’Euro, de l’Union Européenne ou bien de l’économie internationale serait d’abord un problème financier. Bien qu’étant convaincu de la nécessité d’un système capitaliste modéré, je ne partage pas du tout cet avis. Le problème actuel est un problème de vision et de projets. C’est précisément parce que nous avons arrêté de rêver et d’oser que nous sommes en pleine crise.  Et parce que nous avons perdu la capacité de croire dans le potentiel humain.

Donc, si nous ne voulons pas tomber dans la décadence, il nous faut des projets fous. Comme le vôtre.

Le risque d’une chute est bien réel. Regardez l’Europe : 20 ans après la fin de la Guerre froide, la nationalisme est de retour, l’anxiété règne, les politiciens prêchent une mentalité de bunker et de protectionnisme de l’existant à tout prix. Et ceci dans un continent démocratique qui connaît pour la première fois depuis la fin de la PAX ROMANA la paix, la stabilité et la liberté de pensée pour l’ensemble de ses habitants.

Par manque de projet audacieux, nous risquons de perdre 60 ans de progrès. Quel gâchis !

Ajoutons le fait que votre projet serait beaucoup plus utile qu’une pyramide et vous comprenez que cette vision m’attire.

Sur le plan pratique il y a de la lumière et de l’ombre. La lumière concerne notamment la faisabilité d’un tel projet et de la logique derrière, c’est à dire du méta-projet  qui vous essayez de véhiculer comme dans un cheval de Troie.

Votre objectif est d’utiliser la lutte pour l’humanité afin de contribuer à la création d’une société mondiale plus évoluée. Une fois mis en marche, ce type de social engineering a une excellente chance de fonctionner et de créer des effets souhaités. C’est le même mécanisme employé par le nation building et la contre insurrection. Sans se heurter aux problèmes liés à la volonté de dominer ou de manipuler des populations ciblées.  En plus, étant donné de l’existence d’une mission importante sans fin, vous auriez suffisamment de temps et suffisamment de légitimité pour avancer le méta-projet derrière Hypérion.

Cette question de légitimité sera cruciale. L’échec américain en Iraq a prouvé qu’une vision sans légitimité ne perdurera pas.

En vous appuyant sur un vrai besoin – et en cherchant la coopération active de tous les partenaires potentiels – un problème comparable de légitimité ne se posera pas.

Votre méta-projet me fait penser à quelques livres de science-fiction. Par exemple « Go tell the Spartans » par Jerry Pournell ou même « Starship Troopers » par Robert A. Heinlein.  Dans les deux cas, une société mondiale s’est créée autour d’un projet militaire. Et dans certains ouvres de Arthur C. Clarke (ou dans Star Trek) quelque chose de similaire s’est produit autour l’exploration spatiale.

La première vision nécessite une nouvelle Guerre mondiale. C’est un événement peu attirant. La deuxième vision, bien que plus agréable, est néanmoins moins réaliste. Il suffit de regarder les budgets de la NASA ou de l’ESA pour voir que l’exploration spatiale n’attirera jamais suffisamment de personnes pour impacter la société mondiale.

Par rapport aux livres cités, le « Projet Hypérion » a le charme de profiter d’un principe bien établi tout en étant réalisable.

Ce qui m’amène aux ombres.

A mon avis, vous sous-estimez la tache de créer et maintenir sept bases Hypérion. Oublions les problèmes géopolitiques et associés pour un instant et concentrons-nous sur l’organisation et les matériaux d’une seule base.

Selon votre essai, une base Hypérion doit être capable de projeter immédiatement 10 avions et des dizaines d’hélicoptères afin de créer ou de maintenir sur le terrain :

– un poste de commandement et de coordination

– plusieurs postes de secours et d’aide

– une base logistique pour l’aide humanitaire avec plusieurs antennes

– un aéroport avec un équipe de contrôleurs aériens

– un élément de transmission

– un élément de soutien pour les avions

Le tout disponible à tout moment et avec le personnel nécessaire (pilotes, secouristes, médecins, mécaniciens). En parallèle vous souhaitez de former vos équipes, coopérer avec de partenaires,.. Doté d’un peu d’expérience dans la matière, je dois vous dire que  vous aurez besoin des moyens beaucoup plus importants que vous estimez dans votre essai. Prenons par exemple les appareils. Pour chaque avion à projeter sur le terrain il vous faudra deux en réserve. Ou plus précisément : un en réserve et un en maintenance (la réserve sert également pour l’entraînement etc…).

C’est la même chose pour les équipages. Ou pour les secouristes. Il y aura toujours de gens en formation, en vacances, malades… Il faut donc intégrer la rotation du personnel et des éléments individuels. Vous aurez également besoin d’une administration (hélas !), de comptables (horreur !) et des chargés de liaison sur le terrain et sur place avant une crise.(Liste non exhaustive.)

Par conséquent, une seule base Hypérion comprendra au moins l’équivalent d’une base aérienne, d’un régiment de soutien et de commandement, d’une brigade médicale aéromobile, et d’une escadre de transport. En total entre 7 000 et 15 000 hommes et femmes Multipliez cela par 7 et vous aurez une organisation plus grande (et plus couteuse) que par exemple l’armée de l’Air française ou la Luftwaffe allemande. Wow…

Oui – ça reste réalisable. Mais la tâche est considérable. Et quinze milliards d’Euro me paraissent, disons, un chiffre assez conservatif. Surtout pour une opération mondiale.

Quelques conseils :

– Cherchez en ligne : SALIS, European Air Transport Command et NATO Transport Wing. Cela vous donnera quelques idées sur la question transport aérien à l’international

– Mettez à jour vos propos sur les avions. Par exemple, le Transall est trop vieux et n’est plus en production.

– Parlez à un spécialiste en questions militaires et/ou géostratégiques de l’organisation pratique d’Hypérion

– Trouvez un juriste/avocat pour discuter sur les questions juridiques liées aux opérations humanitaires à l’international

– Analysez un peu des missions du style ISAF, Atalanta ou SFOR pour connaître les problèmes associées à la coopération entre différents participants dans la pratique.

Bon… c’est tout pour le moment. Cela me plairait d’approfondir le dialogue. En tout état de cause, je vous souhaite bonne chance, bonne chance et… une bonne année 2012 !

Salutations cordiales de l’Allemagne.

Michael »

Voilà un commentaire riche et complet et nous pensons que de nombreux auteurs aimeraient beaucoup en recevoir du même type.

Pour répondre très succinctement à Michael, l’élaboration du « Projet Hypérion » (que nous avons imaginé après le tremblement de Terre en Haïti) avait pour nous un double objectif :

–          matérialiser par un projet très concret le principe de « vision holistique du Monde » qui filigrane l’ensemble de l’essai et au sein duquel les femmes auront un rôle essentiel,

–          rendre tangible un projet qui pourrait, ensuite, servir de base de discussion à des décideurs et à des spécialistes qui pourraient identifier ce qui est pertinent et ce qui ne l’est pas.

L’analyse de Michael nous donne plein d’éléments utiles et s’inscrit dans une logique que nous privilégions plus particulièrement : travailler ensemble en partant d’une épure assez grossière (le « Projet Hypérion ») afin de l’améliorer et de faire émerger un projet qui donnera un nouveau souffle à nos espérances tout en sauvant des vies lors de chaque grande catastrophe.

Et cet objectif mérite probablement que des personnes imaginatives et compétentes se mobilisent autour afin d’élaborer un projet utile à tous.

Encore un grand merci à Michael…

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2 commentaires sur “Commentaires concernant le « Projet Hypérion »

  1. C’est un beau projet. Je pense qu’il serait plus réalisable en créant et fédérant progressivement des initiatives régionales quand elles peuvent exister, même si elles ne sont pas exactement conformes au projet mondial.
    Certains continents, la Chine notamment, n’accepteront jamais le principe d’une organisation supra nationale dans leur pays s’ils ne la dominent pas.
    D’autres comme l’afrique sont trop corrompus et pauvres pour à l’inverse être laissés dans l’autonomie pour le faire.

  2. Grâce à un point de vue « de nomade expatrié » sur notre Europe, j’ai constaté ce type de « décadence » et j’ai essayé de la comprendre depuis 40 ans. Je souscris entièrement à l’analyse sur l’importance du « Projet » et de ce que j’ai pris l’habitude d’appeler « les utopies porteuses » (comme on parle d’onde porteuse). Il est proprement ridicule d’entendre les économistes et les politiques mesurer la santé d’une société humaine à l’aune de quelques demi-pourcents de PIB ou de valeurs boursières (virtuelles!) alors que tout chef de projet ou entrepreneur peut vérifier chaque jour que le travail d’un collaborateur, d’une équipe ou le sien propre peuvent gagner ou perdre 20 ou 50 pour-cents d’efficience, ou plus, pour une simple raison de motivation, de lecture troublée du projet, de désaccord ou de lassitude.
    Merci de partager!

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