Le jour où Bételgeuse explosera…

La civilisation humaine peut brutalement disparaître en fonction de très nombreux critères.

Les premiers sont naturellement liés à l’Homme et à sa consternante habitude de ne pas croire ce qu’il sait parfaitement. Le réchauffement climatique initié par nous-même et dramatiquement subi par les enfants de nos enfants en constitue l’illustration la plus probante.

Mais il existe aussi des facteurs naturels qui -dans un lointain passé il est vrai- ont déjà occasionné ce que l’on nomme pudiquement « extinction de masse ».

Les plus connus sont liés à des phénomènes terrestres : volcanisme, élévation du niveau des océans, modifications climatiques extrêmes… D’autres sont liés à des causes extraterrestres, la plus cataclysmique étant le heurt avec un astéroïde géant ; comme ce fut le cas il y a 65 millions d’années.

Un autre phénomène existe. Potentiellement très dangereux, il est tapi dans les abysses du cosmos et porte deux noms aux consonances explicitement latines : supernova et hypernova.

Qu’en est-il réellement.

Depuis sa création, il y a environ 4,5 milliards d’années, le système solaire a été le théâtre de cataclysmes impressionnants. Il en fut de même pour la Terre qui dut subir des heurts violents avec des astéroïdes géants. Le plus violent de tous étant la collision avec un astre d’une taille similaire à la planète Mars.

De ce chaos dantesque naquit le couple Terre-Lune.

Mais tout ceci est anecdotique à l’aune des grands cataclysmes qui parsèment l’univers.

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, l’évènement le plus apocalyptique n’est pas le heurt entre deux galaxies, car celles-ci étant constituées d’étoiles très éloignées les unes des autres, ces enchevêtrements galactiques s’effectuent presque sans dommage, même si la plus petite des deux galaxies ressort généralement très démembrée après cette colossale étreinte…

L’évènement le plus effroyable -le plus théâtral aussi- est l’explosion d’une supernova, ou d’une hypernova.

Rarissimes dans notre galaxie à l’échelle d’une vie humaine, elles sont fréquentes lorsque l’on prend en compte la totalité de l’univers composé, rappelons-le ici, d’au moins 100 milliards de galaxies et chacune de ces galaxies contenant en moyenne 100 milliards d’étoiles !

Lors de l’explosion d’une supernova, la luminosité dégagée par cette étoile défunte est égale à la luminosité globale de la galaxie qui l’abrite. Et ce flamboiement se prolonge pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

Avant d’aller plus loin, il convient de se remémorer ici un élément capital : plus une étoile est petite, plus elle vit longtemps et calmement. On en déduit donc immédiatement que, plus une étoile est massive (entre 5 et 150 masses solaires), plus elle vivra fugacement et tumultueusement.

Sans rentrer dans les détails de la nucléosynthèse stellaire (l’expression semble inquiétante et compliquée, mais le principe est assez simple), on peut préciser qu’une étoile passe l’immense majorité de sa vie à transformer de l’hydrogène en hélium. C’est le principe même de la fusion nucléaire.

Pendant toute cette période, les étoiles sont des sphères de gaz qui restent stables en équilibrant deux forces antagonistes : la pression due à leur propre gravité (conséquence directe de leur masse énorme), qui tend à les faire s’effondrer sur elles-mêmes,  et les forces de pression liées à l’agitation thermique des molécules. Ces forces de pression entraînent la dilatation des étoiles.

Entre effondrement et dilatation l’équilibre demeure presque parfait pendant des milliards d’années.

Lorsque l’étoile est de faible masse, la température interne de l’astre ne dépasse jamais les 100 millions de degrés et le processus atomique se satisfait de la combustion de tout l’hydrogène de l’étoile en hélium.

Puis la nucléosynthèse s’éteint d’elle-même, faute de « carburant ».

La situation est très différente lorsque l’étoile dépasse 5 masses solaires, car le phénomène de contraction accroît encore la température interne qui provoque la fusion de l’hélium en éléments plus lourds. Le processus s’affole alors.

Plus la température s’accroît, plus les métamorphoses se bousculent. L’hélium se transforme en carbone, puis en oxygène, en néon, en sodium, en magnésium…

Le scénario explose tous les schémas préétablis. En augmentant encore la température du cœur de l’étoile torturée par ses propres entrailles, s’effectuent alors les fusions du soufre, du phosphore, du silicium. Au-delà les choses s’accélèrent à la vitesse d’un cheval au galop. Le phénomène s’amplifie encore avec la fusion très rapide du calcium, du cobalt, du nickel. Et du fer.

Tout s’arrête à cet instant car le fer est l’élément le plus stable dans l’univers et le processus s’interrompt brutalement. Bousculée par ces phénomènes qui se sont accélérés en quelques jours, l’étoile acquiert une structure en « pelure d’oignon ».

Au centre de cet « oignon » particulièrement chaud à cet instant -plus de 10 milliards de degrés- la température est tellement élevée que les noyaux de fer se désintègrent en noyaux d’hélium et en neutrons, puis en protons et neutrons. Par un phénomène complexe, il s’ensuit un déséquilibre énergétique qui conduit à l’effondrement brutal du cœur de l’étoile, alors que les couches extérieures sont expulsées à très grande vitesse.

On observera que lorsque l’étoile qui explose en supernova est très massive et que le cœur restant dépasse encore les trois masses solaires, le phénomène cosmique le plus faramineux de tous se métamorphose en trou noir.

C’est-à-dire l’objet galactique le plus étonnant qui soit, l’ogre quantique qui ouvre -peut-être- des « portes d’abîme » vers d’autres univers. C’est l’un des thèmes centraux de « Cathédrales de brume »…

Revenons un instant à notre étoile défunte. L’immense partie de la matière stellaire torturée par l’explosion de la supernova ensemencera l’Univers en créant, beaucoup plus tard, de nouvelles étoiles avec leur cortège baroque de planètes bigarrées.

L’une d’entre elles sera peut être une nouvelle Terre…

Fort heureusement, ces phénomènes prodigieux et hautement dangereux pour les organismes (en quantité ahurissante, les rayons gamma ne sont pas vraiment les amis de nos cellules…) sont très rares.

Ils sont rares en valeur absolue car les explosions de supernova ou d’hypernova au sein de notre galaxie sont exceptionnelles. Naturellement, la probabilité d’un cataclysme de ce type dans notre environnement stellaire proche est encore plus improbable.

D’après les spécialistes des grandes extinctions de masse, il semble que la dernière trace connue date de l’Ordovicien. Il y a 440 millions d’années…

On retrouve des traces fossiles corroborant la simultanéité d’une gravissime extinction de masse à cette lointaine époque (la seconde en importance après celle du Permien il y a 252 millions d’années) et l’arrivée massive de rayons gamma dont la seule origine possible est directement liée à l’explosion d’une supernova à quelques centaines d’années lumière de notre planète.

Emis en quantités colossales, ces rayons gamma sont mortels pour toutes les cellules des organismes vivants. Même les créatures marines ne sont pas totalement protégées en pareil cas, car l’eau ne constitue nullement un bouclier suffisant.

Seules les formes de vie abyssales et les bactéries extrêmophiles survivraient sans difficulté si une semblable explosion devait cribler la Terre de ses rayons vulnérants.

C’est à cet instant qu’intervient la silhouette massive de Bételgeuse (alpha Orionis), une étoile « supergéante » dont la masse représente au moins 15 masses solaires et dont le diamètre excède l’orbite de Mars.

Cela signifie que si ce monstre d’hydrogène et d’hélium (la 9e plus brillante étoile du ciel) trônait à la place de notre soleil, notre planète serait… à l’intérieur de l’étoile !

Même si sa température de surface ne dépasse pas les 3 500 degrés, l’ambiance serait vraiment torride sur Terre…

Heureusement, « Bételgeuse la tueuse » est située à environ 640 années-lumière de notre planète.

Tout va bien, mais… Mais Bételgeuse est seulement à 640 années-lumière de notre petit paradis terrestre que nous transformons rapidement en enfer.

Pas de chance !

Naturellement, nous ne savons pas quand cette « supergéante rouge » se transformera en supernova et si les effets de cet ouragan de rayons gamma seront létaux. Ou pas.

Le doute demeure. Heureusement…

A titre d’information, remémorons-nous un élément qui relativise notre analyse. Nous venons de dire que Bételgeuse est une étoile colossale et extrêmement brillante -63 000 fois la luminosité solaire- mais, en dépit de ces constatations impressionnantes, Bételgeuse est presque une naine par rapport à certains « monstres » qui brillent au sein de notre galaxie.

Au-delà des « supergéantes rouge », il existe des astres bien plus titanesques encore. Deux exemples suffisent. « L’étoile du pistolet » est une « supergéante bleue » située à 26 000 années-lumière de la Terre. Elle dépasse les 100 masses solaires et sa luminosité représente 5 millions de fois celle de notre astre tutélaire…

Plus colossale encore, une étoile portant le doux nom de « LBV 1806-20 » fait quant à elle partie de la très restreinte famille des « hypergéantes ».

L’expression n’est nullement usurpée car cette sphère d’hydrogène dépasse les 150 masses solaires et sa luminosité est égale à… 40 millions de soleil !

Dans ce contexte, Bételgeuse devient presque un astre anonyme.

Espérons seulement qu’elle attendra encore quelques milliers de siècles avant d’exploser en supernova.

Dans le cas contraire (certains scientifique annoncent qu’elle a déjà explosé et que nous pourrions voir apparaître un « deuxième soleil » dès… 2012 !) le destin confirmera la prophétie du poète lorsque Georg Trakl affirme : « Le bruit du soleil claque, extatique et lointain » (En chemin).

Nos descendants entendront-ils claquer le bruit de Bételgeuse ?

Et sera-t-il extatique ?

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