Hydres, Dragons, Hippogriffes et Lestrygons

Les dragons ont une place de choix dans l'un des chapitres de "Cathédrales de brume"...

Dès les premières épopées mésopotamiennes écrites aux quatrième et troisième millénaires avant J.C., l’imaginaire des peuples s’est enrichie de créatures légendaires et de peuples aux pouvoirs hallucinants.

Généralement, ces créatures mythiques sont considérées comme étant maléfiques et elles incarnent, peu ou prou, le mal et la terreur.

L’exemple le plus fascinant, le plus récurrent, est celui du dragon.

Toutefois, contrairement aux dragons des mythologies et légendes occidentales, les dragons des pays asiatiques sont généralement représentatifs des forces de la nature, mais ils ne sont pas considérés comme étant systématiquement hostiles et belliqueux. Leur apparence physique est souvent fine, presque aérienne. Associés au climat, les dragons asiatiques sont puissants et vénérés.

Il en est tout autrement en occident.

Nous laissons ici la place à une description non équivoque du philosophe Miche Onfray dans un ouvrage (« Métaphysique des ruines ») consacré au peintre Monsu Desiderio.

Celles et ceux qui ont déjà lu notre premier roman : « Cathédrales de brume », savent à quel point nous apprécions cet étrange peintre ruiniforme (ils étaient deux peintres originaires de Metz sous le même nom en fait…) qui vivait en Italie au début du XVIIe siècle.

Voilà comment Michel Onfray évoque la symbolique du dragon dans l’imaginaire occidental : « Analogon du négatif et du mal, il en est une Forme emblématique : son corps, sa gueule, les circonvolutions de son ventre, de sa queue, les références anatomiques qu’il mélange, les griffes du félin, le ventre du reptile, les pattes arquées et couvertes de plaques en kératine du saurien, les ailes en peau déployées autour de ramures qui rappellent l’envergure des vampires et des chauves-souris, les yeux du carnassier et du prédateur, les mâchoires dotées de crocs, de dents acérées, les cornes des mammifères qui déchirent : le Dragon est un collage d’oiseau, de félin, de saurien, de reptile, de mammifère, il est tout et rien, mélange et résultante d’un assemblage […] Son antre est sous les surfaces, sous l’eau ou dans la terre. Partout, il est partout ».

Partout il est partout… voilà assurément une définition qui convient bien aux dragons.

Or nous aimons les dragons. Nous les aimons tellement que nous leur avons consacré une place de choix au sein de l’un des chapitres de « Cathédrales de brume ».

Cette quête du monstrueux peut surprendre. Or elle s’inscrit totalement dans notre philosophie de la vie : ouvrir des portes et briser tous les carcans que l’on érige sans cesse autour de soi, autour des autres, autour de la Nature.

Autour de la vie…

Comme nous venons de le voir à l’instant, les dragons symbolisent une vision « en creux » de l’âme du Monde, sa face obscure se filigranant sans cesse et ressurgissant abruptement au moment où l’on s’y attend le moins.

Dans la culture asiatique, le dragon est à l’inverse un symbole de force. Une lumière orientale qui s’oppose crûment aux ténèbres dans le monde occidental. Cette opposition factice dissimule la profonde unicité du monde (thème typiquement néoplatonicien) et rejoint cette lente oscillation entre l’Un et le multiple.

Dans notre démarche littéraire, nous prônons la complicité féconde liant les opposés. Nicolas de Cuès traduit cette confluence, apparemment incongrue, en évoquant la coïncidence des opposés dans son plus célèbre ouvrage : « La docte ignorance ».

Unir nos différences afin d’en faire une force tout en s’ouvrant aux autres symbolise assez bien notre quête, et les différentes « visions » que l’Homme donne du dragon reprennent en écho le caractère factice de ces « fausses oppositions ».

C’est pour cette raison que notre premier roman se lit plutôt comme un conte prenant la forme d’une odyssée intime. Il serait donc parfaitement vain d’y rechercher les ingrédients habituels de la science-fiction traditionnelle.

Nous sommes toujours légèrement décalés par rapport à une réalité qui se satisfait uniquement des fastes du visible et qui s’inscrit dans un réductionnisme presque obsessionnel. Et nos fictions en font de même…

Mais le plaisir d’écrire à deux en balayant les barrières psychiques et les carcans moraux est à ce prix.

Surtout en s’entourant de dragons babillards, espiègles et farceurs…

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