Lorsque la nuit sera totalement noire…

Les galaxies extérieures à la nôtre disparaîtront de notre ciel dans quelques milliards d'années

« J’avais devant les yeux les ténèbres. L’abîme

Qui n’a pas de rivage et qui n’a pas de cime

Etait là, morne, immense ; et rien n’y remuait.

Je me sentais perdu dans l’infini muet »

Victor Hugo – Les contemplations (Livre sixième : au bord de l’infini)

Nous l’avons déjà précisé à plusieurs reprises : ce blog a pour objectif de vous convier à élargir le regard tout en pratiquant une saine et vivifiante transgression permanente de tous les carcans intellectuels qui nous engluent l’esprit.

Cet article ne dérogera guère à ce principe.

Nous vous proposons de faire avec nous un petit voyage dans le temps. Dans le futur pour être précis.

Imaginez-vous sur Terre dans… 3 milliards d’années ! Un saut de puce à l’aune du destin de l’univers, mais un pas de géant pour un être humain.

Avant cela, remémorons-nous un instant ce que nous avons déjà évoqué dans l’article consacré au « multivers », car la cosmologie contemporaine décrypte, peu à peu, des mystères fascinants. De nombreux théoriciens esquissent les prémices d’un multivers au sein duquel notre univers ne serait qu’une infime parcelle. Ce multivers pourrait s’organiser en arborescences ascendantes (des univers naissent à chaque instant par fluctuation du vide ou lors du heurt cataclysmique des gigantesques branes multidimensionnelles prédites par la Théorie des cordes) ou par le biais d’une titanesque mise en abyme susceptible d’enchâsser des univers les uns dans les autres.

Si votre raison vacille et qu’une céphalée persistante vous assaille, faisons une pause et revenons à des conceptions plus placides, plus sereines ; la vie sur Terre dans 3 milliards d’années par exemple.

Comment sera la Terre à cette période ? Nul ne le sait.

Quelle sera l’espèce dominante ? Nul ne le sait.

Comment seront disposés les continents ? Nul ne le sait.

Quel sera le climat en ces temps lointains ? Nul ne le sait.

Mais ce que nous savons avec une quasi certitude, c’est que la nuit sera beaucoup plus noire qu’actuellement. Pourquoi ?

La raison tient en cinq mots : accélération de l’expansion de l’univers.

Depuis de nombreuses années nous savons que toutes les galaxies s’éloignent les unes par rapport aux autres, ce qui révèle que notre univers est en expansion. Mais, depuis 1998, plusieurs équipes de chercheurs ont mis en évidence un phénomène beaucoup plus surprenant : cette expansion s’accélère au fil du temps…

Cette découverte a été effectuée en mesurant la distance entre des astres dont la luminosité absolue est supposée être parfaitement connue. Généralement, la cause de cette accélération est liée à l’existence d’une énergie sombre qui représenterait presque les trois-quarts de notre univers.

Cette accélération de l’expansion implique naturellement une progressive dilution de la matière conduisant à très long terme à une véritable mort thermique de l’univers (Big Chill en anglais).

La conséquence serait donc un univers de plus en plus vide et de plus en plus froid.

Pas très gai…

Si nous en revenons à notre hypothèse de départ : un saut de 3 milliards d’années dans le futur, il est évident que les étoiles constituant notre galaxie continueront à briller. Elles seront simplement disposées différemment. Ce qui changera fondamentalement c’est que toutes les galaxies qui entourent la nôtre donneront la singulière impression de s’être enfuies… La nuit ne sera donc pas totalement noire, mais le fond diffus des centaines de milliards de galaxies -elliptiques, spiralées et irrégulières- qui nous entourent, aura disparu.

Nous serions donc de plus en plus seuls dans un univers de plus en plus noir et de plus en plus froid.

Mais nous aurons disparu depuis fort longtemps.

Espérons simplement que les créatures étranges qui nous succéderont dans 3 milliards d’années n’aient pas peur dans les ténèbres…

Si vous souhaitez en savoir beaucoup plus sur le sujet, nous vous recommandons encore un ouvrage de référence incontournable écrit par notre ami Jean-Pierre Luminet (qui a par ailleurs rédigé la préface de « Cathédrales de brume ») : Le destin de l’univers : trous noirs et énergie sombre (Fayard).

Pour celles et ceux qui s’intéressent aux univers qui jaillissent au-delà du nôtre, un livre récent (2007) s’impose : Paysage cosmique : notre univers en cacherait-il des millions d’autres ? écrit par Leonard Susskind (Robert Laffont).

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