Labyrinthes, ouroboros et fractales

Lorsque le "labyrinthe-cerveau" se substitue au "labyrinthe-utérus"

« Ce que nous appelons visible est la surface d’une profondeur, la section d’un être massif, un grain ou un corpuscule engendré par une onde de l’être ».

Merleau-Ponty – Le visible et l’invisible.

L’un des premiers chapitres de notre roman « Cathédrales de brume » se déroule sur Mars, dans les sinuosités abyssales de Noctis Labyrinthus plus exactement.

Le Labyrinthe de la nuit…

Nous ne sommes ni les premiers, ni les derniers, a être fascinés par les labyrinthes et leurs étranges structures convolutées où l’esprit se perd au sein d’innombrables embryons de pistes qui se résolvent toutes dans l’inquiétante matrice d’un symbole archaïque.

Dans le titre de cet article nous incluons aussi l’ouroboros (symbolisé par un serpent qui se mord la queue) et les fractales générées par nos ordinateurs.

Une première fractale...

Naturellement, le labyrinthe demeure la figure la plus prégnante et celle qui inspira les poètes, les peintres et les architectes.

Reprenons l’histoire du labyrinthe le plus célèbre en Occident : le labyrinthe crétois du roi Minos.

Le mythe commence lorsque le roi crétois Minos demanda à Poséidon de prouver sa puissance en faisant sortir un taureau des flots. Puis, Minos devrait sacrifier la bête.

Mais lorsque Poséidon accomplit ce prodige, Minos ne respecta pas l’accord et prit le taureau pour développer son troupeau.

Pour se venger, Poséidon généra en Pasiphaé, la conjointe de Minos, un inextinguible et déroutant amour pour le puissant taureau que le dieu des océans avait fait sortir de l’eau.

Souhaitant concrétiser cette passion dévorante, Pasiphaé alla voir Dédale pour qu’il construise une vache en bois recouverte de cuir dans laquelle elle puisse se glisser pour s’accoupler avec le taureau. Pasiphaé donna donc naissance au Minotaure, monstre pourvu d’une tête de taureau sur un corps d’homme et qui se nourrissait de chair humaine.

Jugé dangereux et infamant pour la réputation de la reine Pasiphaé, le Minotaure fut enfermé dans un labyrinthe construit par Dédale à la demande de Minos pour y cacher le monstre. Puis, pour le nourrir, Minos envoya sa flotte saccager Athènes et exigea après sa victoire sur les Athéniens que ceux-ci lui envoient tous les neuf ans quatorze jeunes de la cité c’est-à-dire sept garçons et sept jeunes filles encore vierges.

Thésée, fils d’Egée, qui était en train de voyager dans le royaume, arriva à Athènes, et voulut alors délivrer la ville du tribut annuel que la ville devait à Minos.

Thésée alla alors au palais minoen de Cnossos en Crète pour y tuer le Minotaure.

Ariane, la fille de Minos et de Pasiphaé, éprouva presque immédiatement de tendres sentiments pour le jeune homme. Elle décida donc de l’aider à tuer le fruit des amours de sa mère et du taureau.

Elle donna une épée à Thésée, ainsi qu’une pelote de laine qui lui servit à retrouver la sortie du Labyrinthe après avoir tué le Minotaure. Il lui suffit pour cela de suivre le fil qu’il avait déroulé derrière lui à l’aller.

Pour se venger de l’affront, Minos enferma Dédale et son fils Icare dans le Labyrinthe. Dédale fabriqua des ailes avec des plumes et de la cire pour s’échapper du Labyrinthe.

Pendant son vol, Icare s’approcha trop près du soleil et la cire de ses ailes fondit. Il fut précipité dans la mer qui porte désormais son nom, la mer Icarienne. 

Après avoir accompli sa promesse envers Athènes, Thésée s’enfuit pour rejoindre son père, accompagné d’Ariane. Puis il abandonna la malheureuse sur l’île de Naxos.

Etrangement distrait, Thésée oublia de hisser le drapeau blanc qui devait symboliser sa victoire et qui était un signe convenu avec son père.

Convaincu de la défaite et la mort de son fils, Egée se suicida dans la mer qui porte désormais son nom, la Mer Egée.

Après la mort de son père, Thésée prit le trône du royaume d’Athènes puis épousa Phèdre, la sœur d’Ariane…

Une deuxième fractale

Le labyrinthe est donc essentiellement connu à travers ce mythe, mais ces tracés complexes se retrouvent à l’état naturel dans les tunnels de certaines grottes préhistoriques.

Ce tracé complexe était parfaitement connu en Egypte et on retrouve de nombreux labyrinthes dans nos cathédrales.

On peut déjà préciser que le labyrinthe permet l’accès à une voie spirituelle ou symbolique grâce à un voyage initiatique. Sa complexité en interdit l’accès à ceux qui n’en ont pas les « qualités » requises. 

On a souvent rapproché les labyrinthes des mandalas qui comportent, parfois, l’aspect d’un labyrinthe. Il s’agit donc d’une figuration d’épreuves initiatiques, préalables au cheminement vers une finalité recherchée.

Le parcours se faisait fréquemment à genoux. Le labyrinthe annonce la présence de quelque chose de précieux ou de sacré. Il peut avoir une fonction militaire, pour la défense, d’un tombeau, d’un trésor. Il n’en permet l’accès qu’à ceux qui connaissent les plans, aux initiés. Le centre que protège le labyrinthe sera réservé à l’initié, à celui qui, à travers les épreuves de l’initiation (les détours du labyrinthe), se sera montré digne d’accéder à la révélation mystérieuse.

Une fois parvenu au centre, il est comme consacré; introduit dans les arcanes, il est lié par le secret.

L’aller et le retour dans le labyrinthe seraient en quelque sorte le symbole de la mort et de la résurrection spirituelle. 

Le labyrinthe conduit aussi -et surtout- à l’intérieur de soi-même. C’est là, dans cette crypte, que se retrouve l’unité perdue de l’être, qui s’était dispersé dans le monde phénoménal. On retrouve là une quête du retour à l’Un totalement en phase avec la philosophie néoplatonicienne qui nourrit nos romans…

Le labyrinthe est insaisissable. Son aura fascinante repose sur le flou symbolique qui l’entoure. Figure originelle, géométrique, sacrée ou magique, il est d’abord la représentation d’une philosophie humaine. Les civilisations le manipulent comme une incarnation de leurs conceptions du monde et de la vie. Un sens profond se cache peut-être à l’intérieur de l’homme.

Avant d’être une fantaisie architecturale, le labyrinthe est un puissant symbole.

Son existence matérielle ne constitue qu’une partie de son histoire et son pouvoir d’évocation remonte à l’origine des temps.

Pour mieux appréhender le mystère du labyrinthe, il faut comprendre que son voyage dans le temps l’a rendu polysémique. Les civilisations se le sont appropriées et l’ont chargé d’un symbolisme représentatif de leur époque et de leur philosophie.

Le labyrinthe souterrain construit par Dédale est un élément à part entière de la naissance de l’homme. Sa forme délibérée d’utérus accueillait les cultes consacrés à la Terre : la Déesse mère. Le labyrinthe est la matrice où l’homme fut conçu et vit le jour. Il se forma physiquement et spirituellement dans le ventre maternel avant de s’épanouir au soleil.

Le labyrinthe-utérus de l’antiquité grecque a progressivement été remplacé par le labyrinthe-cerveau et aérien au Moyen Âge. Le dédale concrétise alors l’essence même de la vie.

Mais le centre du labyrinthe reste mystérieux et s’enrichit d’évocations nouvelles à la Renaissance.

Léonard de Vinci l’appréhende comme étant la combinaison de la spirale et de la tresse qui exprime l’infini.

Et une dernière fractale...

La géométrie labyrinthique est donc sacrée et renvoie à des nombres irrationnels et symboliques. La transformation du nœud en labyrinthe est ainsi une vision en quête d’elle-même. C’est simultanément l’étude d’un objet, d’un cheminement de la conscience et la découverte d’une vérité intime par le biais d’un renversement.

Le labyrinthe est, en quelque sorte, la parfaite accointance de l’art et de la géométrie. Le centre du labyrinthe désigne ainsi un centre absolu où le visible et l’invisible, l’intérieur et l’extérieur, se rejoignent en une ultime étreinte.

Il existe dans l’univers un objet qui en symbolise un ahurissant écho : le trou noir

Le labyrinthe s’insinue aussi le quotidien et l’inconscient individuel. Il refait parfois surface à l’occasion d’un rêve et est généralement interprété comme l’annonce d’une révélation.

Le dédale n’a pas fini de se livrer. Son sens caché est enfoui dans l’homme et la solution se trouve alors dans une aventure intérieure.

Et c’est exactement pour cette raison que la symbolique inhérente au labyrinthe apparaît à plusieurs reprises dans « Cathédrales de brume ». Confronté à la remémoration de sa vie, puis à celles des milliards d’êtres humains ayant vécu avant lui, notre héros s’immerge dans les labyrinthes de sa propre conscience. Quitte à se damner…

Mais l’espace émotionnel et spirituel à investiguer est si colossal, si tentaculaire, si protéiforme… qu’il lui faut bien trois millions d’années pour se découvrir !

Nous évoquions à l’instant les étranges harmonies liant la symbolique du labyrinthe à l’effroyable gravitationnelle que l’on nomme « trou noir ».

Dans « Cathédrales de brume » on trouve un labyrinthe martien et un trou noir stellaire.

Est-ce un pur hasard ?

Probablement pas.

En réponse, nous laisserons la parole à Jorge Luis Borges qui, dans Abenhacan El Bokhari mort dans son labyrinthe (nouvelle extraite de L’Aleph) affirme « Il n’est pas nécessaire de construire un labyrinthe quand l’Univers déjà en est un ». Un peu plus loin il précise : « Qui a entrevu l’univers, qui a entrevu les ardents desseins de l’univers ne peut plus penser à un homme, à ses banales félicités ou à ses bonheurs médiocres, même si c’est lui cet homme ».

Tout est dit.

Hrotswithae von Gandersheim : une vision holistique du Monde au… Xe siècle !

Hrotshwithae : une lumière prophétique et bienveillante surgissant avant l'an mil...

« Si la tranquillité de l’eau permet de refléter ce qui se présente, que ne peut celle de l’esprit ? »

Tchouang Tseu – Zhuangzi

Nous en conviendrons aisément, Hrotswithae a un patronyme quasiment imprononçable, et seuls les lectrices et lecteurs attentifs du Tambour se souviendront que Gunter Grass nomma ainsi un personnage secondaire dans l’épisode décrivant les tournées théâtrales sur le front de l’ouest.

Redécouverte par les humanistes allemands au XVIe siècle et étudiée à la Sorbonne au XIXe, Hrotswithae von Gandersheim est simultanément célébrée en Allemagne comme étant la première poétesse et dramaturge de son pays, tout en demeurant passablement oubliée du grand public. Baroques, fougueuses et pleines d’une vie bouillonnantes, ces 6 pièces de théâtre inspirées des comédies de Térence (190-159 av J.C.) : Calimachus, Abraham, Pafnutius, Dulcitius, Sapentia et Gallicanus, constituent la plus ancienne trace connue du théâtre médiéval occidental puisqu’elles furent principalement écrites vers 970. C’est-à-dire au Xe siècle, période qui fut pourtant qualifiée par de nombreux historiens comme étant un « siècle des ténèbres, siècle de fer et de plomb ».

On observera toutefois que cette hâtive réputation de siècle barbare s’estompe progressivement au fur et à mesure de nos investigations. On sait désormais que la renaissance carolingienne -dont Alcuin fut l’un des acteurs majeurs- et la renaissance ottonienne qui lui succéda, forgèrent un environnement spirituel qui s’éloigne des archétypes usuels qui prévalent encore dès que l’on évoque cette époque.

Née probablement vers 935 en Saxe, Hrotswithae fit partie du chapitre des dames nobles de l’abbaye de Gandersheim, cette expression définit des chanoinesses issues de l’aristocratie et dont la vie n’était nullement recluse. Ces chanoinesses pouvaient en effet quitter l’abbaye pour voyager ou se marier. Elles avaient une éducation de très haut niveau et pouvaient exercer d’innombrables activités dans le monde profane, dont celles de poétesse et de dramaturge.

Hildegard von Bingen -qui joue un rôle essentiel dans l’intrigue de notre premier roman : « Cathédrales de brume »- demeure naturellement le plus illustre exemple de cette capacité d’ouverture vers le Monde et vers les autres. Capacité que Plotin traduit magistralement lorsqu’il précise : « Je m’efforce de faire remonter ce qu’il y a de divin en moi à ce qu’il y a de divin dans l’univers ».

Une leçon de plus à méditer lorsque l’on examine attentivement les outrances, les hypocrisies, les fanatismes et les incroyables retours en arrière que notre siècle concocte avec obstination.

Il faut se remémorer que les abbayes du Haut Moyen Age étaient lieux de culture, de rencontres et d’échanges. On admet désormais qu’elles étaient simultanément une école, un lieu de pèlerinage et d’asile, mais aussi une université, une école, une auberge, un conservatoire de musique, un hôpital, une bibliothèque, et ce que l’on appelle désormais un peu pompeusement : un centre socioculturel. Exactement à l’opposé de l’image qu’elle donne actuellement et qui symbolise le recueillement, le retrait sur soi et le silence, l’abbaye était à cette époque le lieu de vie situé à la confluence de toutes les innovations, de toutes les inventions, de toutes les rencontres.

Dans ce contexte fécond, Hrotswithae écrivit une œuvre riche, dense et foisonnante.

Mettant à profit sa parfaite connaissance des auteurs classiques, elle laissa principalement à la postérité des poèmes historiques qui concélèbrent la dynastie ottonienne à travers une véritable geste d’Otton (l’abbesse de Gandersheim était la nièce d’Otton Ier, roi de Saxe et de Germanie) et un ensemble de poésies qui s’organisent en légendes successives autour de plusieurs icônes du christianisme : Saint Pélage, Saint Gengoul, la Vierge Marie, Denys l’Aéropagite, Sainte Agnès, Théophile et Basile de Césarée.

On observera aussi que Hrotswithae rédigea un manuscrit intitulé : Tuba saeculorum, dont le caractère « prophétique » marqua les esprits après la première guerre mondiale. Cet ouvrage étrange est censé révélé l’avenir lointain du saint Empire germanique. Rappelons que nous sommes alors quelques décennies avant l’an mil !

Or plusieurs passage sont troublants. Nous n’en citerons qu’un seul ici qui remémorera immédiatement d’horribles souvenirs aux descendants des « poilus » de 14-18 : « les peuples creuseront des trous comme des taupes tandis que l’air se remplira de l’odeur de la mort ». On ne peut mieux décrire, en une seule phrase, les conditions de vie dans les tranchées…

Toutefois, sa notoriété s’établit principalement autour des six drames qu’elle composa et qui préfigurent, plusieurs siècles à l’avance, ce que sera le théâtre européen.

Exclusivement conçues pour être lues et non pour être jouées, ces pièces mettent naturellement en lumière l’aspiration à la virginité, au martyr, tout en validant d’exceptionnelles histoires de conversions tardives. Mais, en dehors de leur caractère apologétique qui ne nous émeut guère désormais, ces textes sont pleins de sève, de traits d’humour. Et surtout ils portent un regard neuf sur une époque injustement oubliée ou vilipendée.

A titre d’exemple, Hrotswithae organisa deux de ses pièces, Abraham et Pafnutius, en diptyque illustrant limpidement le rôle essentiel de la femme dans le salut. Cette symbolisation allégorique porte les fruits d’une vision inédite du rôle de la femme dans la mystique occidentale.

Par ailleurs, notre aventureuse dramaturge décrivit dans Pafnutius la douloureuse et complète rédemption de Thaïs, une ancienne courtisane. Rédemption qui, hélas, se traduira par son décès trois ans plus tard.

A la lecture de cette pièce on est étonné par la liberté de ton employée. On imagine difficilement une chanoinesse évoquer crûment des détails souvent lubriques, car l’activité débridée et luxurieuse de Thaïs en tant que courtisane ne fait l’objet d’aucune censure. Ces récits dramatiques sont même parfois scatologiques.

Thaïs étant recluse depuis trois ans dans la même pièce, elle évoque sans honte le fait « d’être forcée de satisfaire dans un seul et même lieu tous les besoins de mon corps ».

Ces descriptions sont étonnantes car elles sont clairement mises en lumière dans la pièce, sans être pour autant grossières ou inutilement choquantes. On admire ici la magie d’une femme éminemment cultivée et qui sut mettre son savoir au service de sa foi et des siècles futurs.

Puissions nous en faire de même en investissant dans le futur au lieu de nous contenter de dévorer le Présent comme si l’éternité était à nous.

A l’époque de Hrotswithae von Gandersheim, la seule vision imaginable était celle, ensorcelante et profondément énergisante, d’un Monde infini, généreux et ouvert.

D’un Monde de l’âme s’apparentant étrangement à ceux qu’Hugo von Hofmannsthal décrit dans L’entretien sur des poèmes : « Les paysages de l’âme sont plus merveilleux que les paysages du ciel étoilé : non seulement leurs Voies Lactées sont des milliers d’étoiles, mais leurs gouffres d’ombres, leurs obscurités, sont une vie multipliée par mille, une vie dont la cohue a terni la lumière, que la profusion a étouffée ».

Ce Monde merveilleux n’est plus. Grâce à nous.

Et les propos d’Hofmannsthal sont prémonitoires car notre profusion a étouffée la vie et nous ne conservons désormais que les gouffres d’ombres, les obscurités.

Nos obscurités…

Oksana & Gil en dédicace à la FNAC Valenciennes…

Oksana & Gil à la rencontre du public FNAC lors de la sortie de Katharsis

Voilà le texte de l’article paru le vendredi 21 Mai dans « L’Observateur du Valenciennois » à l’occasion de notre rencontre avec le public à la FNAC Valenciennes…

Lien vers l’interview en version audio :

http://www.lobservateurduvalenciennois.fr/actualite/AUDIO.Valenciennes:-Oksana-nous-devoile-l-intrigue-de-son-roman-2116.html

 

Oksana en dédicace à la FNAC de Valenciennes

 

C’était samedi 15 mai à 15 h 15. Alors que certains se ruaient au musée pour acheter quelques beaux livres à l’occasion de la nuit des musées, d’autres, tout aussi littéraires, se ruaient à la FNAC de Valenciennes pour une dédicace. Littéraires certes, mais aussi impatients de rencontrer Oksana, auteure et star du X. C’est toute vêtue de jaune que la jeune femme est apparue accompagnée de son coauteur pour dédicacer « Katharsis ».

Katharsis, roman écrit à quatre mains, vous entraîne dans les turbulences de juillet 2033. Le climat se réchauffe, les tensions sociales s’accroissent, rien ne va plus. Soudain, l’humanité découvre qu’une mystérieuse organisation éco-terroriste (Katharsis) lui pose un ultimatum. S’en suivent 18 jours d’un compte à rebours haletant. Un roman plein de rebondissements, qui vous fera vibrer tout au long de ses 380 pages.

C’est donc Oksana, auteure, qui était à la FNAC ce samedi et non Oksana star du porno. Quelques inconditionnels ayant compris la chose se sont hasardés à poser quelques questions aux deux auteurs sur leur deuxième opus, avant de demander quand même et à demi-mot à Oksana, si elle acceptait de poser pour une photo souvenir.

On peut être coquin (e) et aimer la science-fiction, comme on peut être star du porno et auteur de romans d’anticipation, non ?

Interview d'Oksana & Gil pour L'Observateur du Valenciennois à l'occasion d'une séance de dédicace à la FNAC Valenciennes

Au cœur du soleil

Le coeur d'une étoile bat pendant quelques milliards d'années, puis... il explose !

« Le bruit du soleil claque, extatique et lointain »

Georg Trakl – En chemin

Tout le monde connaît le soleil. Tout le monde connaît son importance vitale pour notre planète et pour les êtres qui y vivent.

Tout le monde enfin sait que le soleil est une étoile.

Après… les choses se compliquent !

Sans entrer dans des précisions qui sont du strict domaine de l’astrophysique et de la nucléosynthèse stellaire, quelques précisions pourront être utiles pour celles et ceux qui se posent des questions quant au rôle de l’astre tutélaire qui darde ses rayons bienfaisants vers la Terre.

Le soleil est donc l’étoile centrale de notre système solaire.

Pour mémoire, rappelons qu’il y a plus de cent milliards d’étoiles dans notre galaxie et plus de cent milliards de galaxies dans notre univers…

Si le rôle du soleil dans la galaxie est totalement anecdotique, il est crucial au sein de notre système solaire car l’astre du jour représente plus de 99% de la masse totale de ce même système !

Son moteur énergétique est la fusion nucléaire qui transforme en son centre l’hydrogène en hélium. Actuellement la masse totale du soleil est composée de 74% d’hydrogène et de 24% d’hélium. Le reste étant représenté par des matériaux plus lourds qui constituent les cendres de ces réactions thermonucléaires en équilibre hydrostatique.

Cela signifie que notre étoile est -actuellement- en parfaite équilibre : ni contraction, ni dilatation.

Cet équilibre est vital pour nous car une variation de 5%, que ce soit au niveau de la luminosité, de la puissance énergétique ou de la taille, serait tout simplement létale pour l’humanité.

Le soleil est une étoile jaune assez classique car il existe plus de cent millions d’étoiles qui possèdent les mêmes caractéristiques en terme de taille, de couleur et de température de surface (5 800° K).

Afin d’être exhaustif, précisons enfin que le soleil gravite autour du centre de la Voie lactée au même rythme que l’ensemble de notre galaxie. Une rotation complète s’effectue en 220 millions d’années.

Nous nous situons à 28 000 kilomètres du centre de notre « univers-île ».

Là encore, cette position est favorable car les étoiles qui sont trop proches du centre de la galaxie subissent les effets d’une densité stellaire trop importante. A titre d’exemple, si le soleil était près du centre de notre galaxie… il ne ferait jamais nuit !

Comme la majorité des astres, le soleil tourne sur lui-même. Cette giration s’effectue en 27 jours, mais l’astre du jour n’étant pas un corps « solide », cette rotation est différentielle. Ceci signifie que cette rotation est beaucoup plus rapide à l’équateur solaire (25 jours) qu’aux pôles (35 jours).

Enfin, le soleil effectue aussi une rotation autour du « barycentre » de notre système solaire, Cette bizarrerie apparente est liée à la masse de Jupiter (un millième de la masse solaire) qui implique que le centre du système solaire ne se situe pas juste au centre du soleil -ce qui paraîtrait logique- mais un peu décalé.

Nous avons intitulé cet article « au cœur du soleil » ; le moment est donc venu de nous plonger dans la fournaise stellaire.

Sa structure interne est relativement simple. Elle est hiérarchisée en quatre zones organisées en « pelure d’oignon ».

En partant de la périphérie nous avons tout d’abord la photosphère, qui constitue la partie visible du soleil. Son épaisseur est d’environ 400 kilomètres (le rayon du soleil représente 700 000 kilomètres !).

Cette mince pellicule nous donne toutefois d’importantes informations relatives à la constitution du soleil. La température moyenne oscille autour de 6 000° K.

Surface du soleil vue de très près... Chacun des nodules de plasma visible sur cette photo fait en moyenne la taille de l'Australie.

Puis vient la zone de convection qui s’étire entre 210 000 kilomètres de la surface et la mince couche représentée la photosphère. Dans cette partie, la matière solaire n’étant ni assez chaude, ni assez dense pour évacuer la chaleur centrale par radiation, celle-ci s’échappe par convection. Ce puissant mouvement vertical expulse la chaleur vers la photosphère en la faisant passer de deux millions de degrés à 5 800°…

Plus profondément enfouie dans les entrailles de l’étoile qui nous abreuve de ses feux, la zone de radiation s’étale de 525 000 kilomètres (toujours par rapport à la surface du soleil) jusqu’à la zone de convection.

Beaucoup plus chaude et plus dense, la matière solaire transmet sa chaleur par le biais de la radiation thermique.

Enfin, le cœur du soleil (nous y voilà !) symbolise une colossale sphère partant du centre et dont le rayon est égal à 25% de celui de l’étoile, soit 175 000 kilomètres.

Sa densité moyenne est ahurissante : 150 fois la densité terrestre !

Sa température est tout aussi affolante : 15 millions de degrés !!

C’est naturellement au sein de ce noyau extrêmement dense et extrêmement chaud que s’effectuent les réactions de fusion nucléaire qui transforment l’hydrogène en hélium. Ce milieu est si étrange, si apocalyptique, que les lois usuelles de la Physique semblent y être bafouées.

Un seul exemple suffit.

Sachant que la vitesse de la lumière est égale à 300 000 kilomètres par seconde, on constate aisément que la lumière du soleil (situé à 150 millions de kilomètres de la Terre) met 500 secondes pour atteindre notre planète, soit huit minutes et trente secondes.

Ceci est parfaitement logique.

Sachant que le rayon du soleil est égal à 700 000 kilomètres, combien de temps faut-il à la lumière émise par le centre pour atteindre la périphérie de l’étoile ?

La réponse « logique » serait : deux secondes et demi.

En fait, cette lumière met un peu plus de temps pour atteindre la périphérie de la photosphère, car la réponse est comprise entre… 17 000 et 50 millions d’années !

Cette aberration apparente est liée au fait que l’énergie partant du centre doit rayonner à travers d’innombrables couches successives avant d’atteindre la photosphère sous la forme de rayonnement solaire ou de flux de particules.

Ainsi, les photons libérés lors des réactions de fusion torturant le cœur du soleil sont ralentis par les interactions avec la matière hyper dense et par les phénomènes récurrents d’absorption et de réémission à plus basse énergie.

C’est ainsi que nos malheureux photons divaguent pendant quelques centaines de milliers d’années avant de s’échapper enfin dans l’espace.

Le soleil vit, son cœur bat sans cesse.

Et le nôtre à l’unisson.

Les singularités propres au soleil nous démontrent, une fois de plus, que le visible n’est qu’une infime partie du Tout.

C’est ce constat que nous développons dans nos romans. Constat qui nous conduit à transgresser sans cesse afin d’annihiler le carcan des apparences…

Hydres, Dragons, Hippogriffes et Lestrygons

Les dragons ont une place de choix dans l'un des chapitres de "Cathédrales de brume"...

Dès les premières épopées mésopotamiennes écrites aux quatrième et troisième millénaires avant J.C., l’imaginaire des peuples s’est enrichie de créatures légendaires et de peuples aux pouvoirs hallucinants.

Généralement, ces créatures mythiques sont considérées comme étant maléfiques et elles incarnent, peu ou prou, le mal et la terreur.

L’exemple le plus fascinant, le plus récurrent, est celui du dragon.

Toutefois, contrairement aux dragons des mythologies et légendes occidentales, les dragons des pays asiatiques sont généralement représentatifs des forces de la nature, mais ils ne sont pas considérés comme étant systématiquement hostiles et belliqueux. Leur apparence physique est souvent fine, presque aérienne. Associés au climat, les dragons asiatiques sont puissants et vénérés.

Il en est tout autrement en occident.

Nous laissons ici la place à une description non équivoque du philosophe Miche Onfray dans un ouvrage (« Métaphysique des ruines ») consacré au peintre Monsu Desiderio.

Celles et ceux qui ont déjà lu notre premier roman : « Cathédrales de brume », savent à quel point nous apprécions cet étrange peintre ruiniforme (ils étaient deux peintres originaires de Metz sous le même nom en fait…) qui vivait en Italie au début du XVIIe siècle.

Voilà comment Michel Onfray évoque la symbolique du dragon dans l’imaginaire occidental : « Analogon du négatif et du mal, il en est une Forme emblématique : son corps, sa gueule, les circonvolutions de son ventre, de sa queue, les références anatomiques qu’il mélange, les griffes du félin, le ventre du reptile, les pattes arquées et couvertes de plaques en kératine du saurien, les ailes en peau déployées autour de ramures qui rappellent l’envergure des vampires et des chauves-souris, les yeux du carnassier et du prédateur, les mâchoires dotées de crocs, de dents acérées, les cornes des mammifères qui déchirent : le Dragon est un collage d’oiseau, de félin, de saurien, de reptile, de mammifère, il est tout et rien, mélange et résultante d’un assemblage […] Son antre est sous les surfaces, sous l’eau ou dans la terre. Partout, il est partout ».

Partout il est partout… voilà assurément une définition qui convient bien aux dragons.

Or nous aimons les dragons. Nous les aimons tellement que nous leur avons consacré une place de choix au sein de l’un des chapitres de « Cathédrales de brume ».

Cette quête du monstrueux peut surprendre. Or elle s’inscrit totalement dans notre philosophie de la vie : ouvrir des portes et briser tous les carcans que l’on érige sans cesse autour de soi, autour des autres, autour de la Nature.

Autour de la vie…

Comme nous venons de le voir à l’instant, les dragons symbolisent une vision « en creux » de l’âme du Monde, sa face obscure se filigranant sans cesse et ressurgissant abruptement au moment où l’on s’y attend le moins.

Dans la culture asiatique, le dragon est à l’inverse un symbole de force. Une lumière orientale qui s’oppose crûment aux ténèbres dans le monde occidental. Cette opposition factice dissimule la profonde unicité du monde (thème typiquement néoplatonicien) et rejoint cette lente oscillation entre l’Un et le multiple.

Dans notre démarche littéraire, nous prônons la complicité féconde liant les opposés. Nicolas de Cuès traduit cette confluence, apparemment incongrue, en évoquant la coïncidence des opposés dans son plus célèbre ouvrage : « La docte ignorance ».

Unir nos différences afin d’en faire une force tout en s’ouvrant aux autres symbolise assez bien notre quête, et les différentes « visions » que l’Homme donne du dragon reprennent en écho le caractère factice de ces « fausses oppositions ».

C’est pour cette raison que notre premier roman se lit plutôt comme un conte prenant la forme d’une odyssée intime. Il serait donc parfaitement vain d’y rechercher les ingrédients habituels de la science-fiction traditionnelle.

Nous sommes toujours légèrement décalés par rapport à une réalité qui se satisfait uniquement des fastes du visible et qui s’inscrit dans un réductionnisme presque obsessionnel. Et nos fictions en font de même…

Mais le plaisir d’écrire à deux en balayant les barrières psychiques et les carcans moraux est à ce prix.

Surtout en s’entourant de dragons babillards, espiègles et farceurs…

Interview parue dimanche dans « La Voix du Nord »

Oksana & Gil avec les couvertures de leurs deux premiers romans

Cette interview a été faite le samedi matin, juste avant le début de notre rencontre-dédicace à la FNAC Valenciennes où l’accueil fut très chaleureux. Un grand merci à toute l’équipe…

Cette interview (près de 40 minutes) a été résumée à travers cet article intitulé : « L‘électron libre du cinéma X s’attaque à la littérature SF »

• UN VISAGE, UN JOUR : OKSANA, HARDEUSE ET AUTEUR

La star du X Oksana était hier en dédicace à la FNAC. Pas pour ses prouesses à l’horizontale, mais pour une activité parallèle. La demoiselle a cosigné un roman d’anticipation avec Gil Prou, un ancien gros bonnet de la FNAC. Une collaboration inattendue mais pleinement assumée.

Mini robe moulante, bottes, lunettes noires, décolleté vertigineux… Oksana : vingt-huit ans, a le physique de l’emploi. Sauf qu’on n’est pas là pour parler des films où elle impressionne par la légèreté de sa cuisse, mais de littérature. La belle est d’ailleurs accompagnée d’un homme à l’allure beaucoup plus sage, et au parcours plus « sérieux ». Gil Prou : soixante ans, a été responsable disques à la FNAC Montparnasse, puis directeur de FNAC Distribution. Il a par ailleurs rédigé des articles pour Actuel et a parcouru la planète pour le magazine Grands Reportages.

Tous deux sont venus à Valenciennes dédicacer leur deuxième ouvrage commun, « Katharsis« . Un thriller écologique d’anticipation qui met en scène le chantage exercé contre l’ONU par un groupe écoterroriste en 2033. Le tout préfacé par Yves Paccalet, « philosophe poil à gratter », auteur de « L’humanité disparaîtra, bon débarras ! »

À première vue, l’attelage a tout de l’alliance de la carpe et du lapin. « On se connaît depuis longtemps et on a des centres d’intérêt communs », explique Oksana. « Je m’intéresse aux sciences dures et elle a une licence de mathématiques appliquées », précise Gil Prou.

Leur collaboration ne va pourtant pas de soi. « Le fait d’être une star du X a été un handicap au début. L’éditeur de notre premier roman a été un peu malmené : les gens croyaient à un coup éditorial, à un pétard mouillé. » Et les employeurs habituels d’Oksana voient d’un mauvais œil ses velléités d’émancipation. « Le milieu du X, c’est un peu « sois belle et tais-toi ». J’étais en contrat avec Marc Dorcel quand on a commencé à envisager de travailler ensemble. Ils nous ont fait comprendre que ce n’était pas une bonne idée. À la fin de mon contrat, je suis partie. »

Dans le lander(por)neau, ce départ vaut à Oksana une image d’« électron libre », qu’elle et Gil revendiquent. « On ne veut pas s’enfermer dans un genre, avance-t-il. On discute avec des scénaristes pour une adaptation cinématographique, une série télé… On veut se lancer des défis qui nous stimulent. Même si ce roman devient un best-seller, on ne fera pas du copier-coller ». « Je recherche du plaisir, acquiesce Oksana. C’est indispensable : la littérature est un domaine moins facile que le X. Le public n’est pas captif, il faut le conquérir. Même dans mon métier, j’essaie de dépasser les codes. Je ne suis pas une bimbo refaite, je reste proche du public là où d’autres jouent l’inaccessibilité… »

L’actrice signe des autographes avec le sourire. « Continuez, j’adore ce que vous faites », lui glisse un jeune homme, les yeux baissés.

Un lecteur conquis, sans doute…

PAR RUBEN MULLER

valenciennes@lavoixdunord.fr  PHOTO DIDIER CRASNAULT

Lien : http://www.lavoixdunord.fr/Locales/Valenciennes/actualite/Valenciennes/2010/05/16/article_l-electron-libre-du-cinema-x-s-attaque-a.shtml

Le méthane tueur tapi au fond des océans

Ce "lion fish" survivra-t-il aux hydrates de méthane et à leurs conséquences ?

Les ressources en énergies fossiles vont s’amenuiser au fil des décennies et leur exploitation deviendra de plus en plus onéreuse et de plus en plus dangereuse. Tout le monde le sait, et le drame qui se déroule dans le golfe du Mexique illustre parfaitement les risques à venir et leurs effets désastreux pour la biodiversité et l’activité économique..

Toutefois, la plus abondante source d’énergie non renouvelable n’est pas encore exploitée. Il s’agit des hydrates de méthane contenus dans les océans. Les scientifiques estiment que ces réserves sont à elles seules deux fois plus abondantes que la totalité des gisements de gaz naturels, de pétrole et de charbon, connus actuellement.

Mais cet Eldorado énergétique constitue aussi la pire menace imaginable. Nous y reviendrons dans un instant.

Qu’est-ce qu’un hydrate de méthane ?

Sous certaines conditions de température et de pression, la glace peut piéger des molécules de gaz (dioxyde de carbone ou méthane par exemple) en formant des sortes de cages qui bloquent ces mêmes molécules. Le gaz qui nous intéresse ici est l’hydrate de méthane et son pouvoir énergétique est considérable car 1 centimètre cube de cette glace libère plus de 160 centimètre cube de méthane…

L’origine de ces hydrates de méthane est liée à la décomposition de matières organiques qui se sont déposées sur les fonds océaniques depuis des millions d’années. Ces réserves se situent essentiellement le long des talus continental des principaux océans. Elles se situent globalement entre 300 et 1 500 mètres de profondeur.

Problème… énorme problème…

Le méthane est 20 fois plus efficace que le CO2 comme gaz à effet de serre ! On comprend immédiatement que si une partie des milliers de milliards de tonnes (vous avez bien lu…) de méthane enfermées dans ces hydrates se libéraient dans l’atmosphère, le réchauffement climatique actuel s’emballerait et nous propulserait rapidement vers une Apocalypse climatique, environnementale et sociale.

Problème disions-nous… Les scientifiques nous confirment que des hydrates de méthane se trouvant piégés dans des fonds océaniques à 600 mètres de profondeur et à une température de 7° sont stables. Tant mieux.

Mais une augmentation de la température océanique de 1° seulement les rendra instable. Ce qui signifie que les hydrates de méthane fondront et se libéreront dans l’atmosphère. Or les experts du climat estiment que la température moyenne des océans augmentera de 2° au cours du siècle…

Il faut se remémorer à cet instant les origines de la plus grande « extinction de masse » depuis le précambien : celle du Permien. Il y a 252 millions d’années.

Elle s’étala sur près de 80 000 ans et en deux phases successives :

–          une intense activité volcanique qui provoqua, en un premier temps, un « hiver volcanique » (ceci rappelle probablement des souvenirs aux lecteurs de Katharsis…), puis la chape de nuage qui claquemurait l’atmosphère accéléra le processus d’accumulation des gaz à effet de serre. La conséquence fut dramatique et s’illustra par une augmentation de 5° de la température moyenne des océans,

–          les hydrates de méthane confinés aux fonds des océans commencèrent à fondre et des milliards de tonnes de méthane se dissipèrent dans l’atmosphère, emballant ainsi le réchauffement climatique lié à l’accroissement des gaz à effet de serre dans l’atmosphère. La conséquence fut épouvantable : 95% des organismes vivant à cette lointaine époque disparurent !

Si nous n’enrayons pas le processus diabolique unissant une consommation de plus en plus effrénée et une démographie démente (nous serons 9 milliards en 2050), nous résumerons en quelques siècles le scénario qui s’éternisa pendant 80 000 ans au Permien.

Que dirons-nous à nos enfants ? Et aux enfants de nos enfants ?

« Pardon » sera peut-être insuffisant…

Murasaki Shikibu et le Dit du Genji

Cinq siècles séparent la poétesse japonaise et le peintre italien Carlo Crivelli. Mais une singularité les rapproche : la luxuriance des détails...

« Tu es une chose rêveuse, une fièvre de toi-même : pense à la terre »

John Keats – La chute d’Hypérion : un rêve

Comment peut-on être fièvre de soi-même ?

Principalement en étant un artiste. Or l’essence même d’un artiste se transcrit à travers sa capacité à transmettre une émotion qui est fréquemment issue des arcanes de notre âme.

Emergence d’une vérité fragmentée en bribes informes, cette exigence d’absolu nous révèle, une fois encore, que le visible n’est que l’épiphanie fugace de l’invisible.

Son ombre peut-être…

Seuls les poètes parviennent -parfois- à décrire l’indicible. L’exemple qui suit est emblématique de cette recherche du Beau dans le sens définit par Plotin et ses épigones ; c’est à dire l’Un

Née probablement entre 972 et 978, la poétesse japonaise Murasaki Shikibu élabora en une dizaine d’année une fresque littéraire flamboyante : le Genji monogatari, plus connu en Occident sous l’appellation Le Dit du Genji.

En 2002, cette œuvre colossale (plus de 2 000 pages) fut classée parmi les 100 plus grands chefs-d’œuvre littéraires de tous les temps par les Cercles norvégiens du livre. Un jury prestigieux de 100 écrivains provenant de 54 pays (John Irving, VS Naipaul, Paul Auster, John le Carré et Norman Mailer entre autres) identifia les œuvres les plus remarquables qui jalonnèrent l’Histoire de la littérature. Le Dit du Genji trouva aisément, presque naturellement, sa place parmi les chefs d’œuvre absolus de la littérature mondiale : La Divine Comédie de Dante ou les œuvres majeures de Shakespeare par exemple.

Indépendamment de ses qualités intrinsèques, cette épopée dévoile dans ses moindres détails la vie de cour au Japon autour de l’an mil. Le propos était ambitieux. Le résultat fut fascinant.

Le Japon à cette époque ne représentait nullement un Jardin d’Eden pour l’immense majorité de ses habitants qui vivaient chichement en optimisant les maigres ressources du sol. Mais la singularité de cette époque se situe au niveau de la magnificence frénétique caractérisant la vie de cour que menaient quelques milliers d’aristocrates entourant l’empereur et son épouse.

On a souvent analysé et caricaturé les outrances et les fastes de la Cour de France à l’époque du Roi Soleil, Versailles constituant alors un somptueux écrin dissimulant difficilement la misère du peuple et les calamités agricoles s’accumulant sur une population trop souvent affamée. La part réservée à l’imaginaire et au subjectif est colossale dans le cas présent et génère encore des synthèses partisanes. Mais le hiatus existant entre une minorité très privilégiée et la masse des pauvres gens sans réelles ressources était sans équivoque ; et particulièrement inique.

Mais à l’époque de Murasaki Shikibu ce hiatus social était encore fantastiquement exacerbé et amplifié. La vie à la cour de l’Empereur du Japon conciliait donc élégance, raffinement, luxe et culte inné d’un esthétisme artistique et intellectuel hors norme.

De la fin du Xe siècle jusqu’à l’époque Heian, l’aristocratie nipponne constitua un fabuleux vivier d’originalités artistiques qui symbolisaient un art de vivre somptuaire, simultanément totalement incongru et parfaitement fascinant. Poussant l’esthétisme au-delà de toute limite, ces hommes et ces femmes surent cristalliser passagèrement en eux une sublimité comportementale qui nous laisse encore pantois.

Démontrant leur capacité d’innovation, les aristocrates de la Cour nipponne laissèrent souvent l’immortalisation de ces instants étonnants aux soins attentifs de femmes de lettre à la plume experte et à l’imagination fertile.

Cette démarche originale s’inscrit parfaitement dans la logique des propos de Paul Claudel lorsqu’il écrit, dans L’oiseau noir dans le soleil levant : « Pour connaître la rose, quelqu’un emploie la géométrie et un autre emploi le papillon ». Incontestablement, les poétesses japonaises des Xe et XIe siècle maîtrisaient merveilleusement l’art de l’emploi du papillon

La plus talentueuse de toutes ces descendantes nipponnes de Sappho fut incontestablement Murasaki Shikibu.

Sa vie nous est principalement connue par son Journal.

Son nom réel demeure inconnu car Shikibu désigne les fonctions exercées par son père, Fujiwara no Tamétoki, qui était fonctionnaire à la Cour de l’Empereur et travaillait au département des Rites au sein duquel il fut d’abord secrétaire, puis directeur adjoint.

Murasaki vient probablement du livre 5 du Dit du Genji qui évoque Waka Murasaki, le principal personnage féminin du roman.

Il est a remarqué que murasaki désigne une plante japonaise au puissant pouvoir tinctorial et que l’on utilisait pour renforcer la pourpre impériale. Cette appropriation singulière a probablement valeur de symbole.

Le père de Murasaki Sikibu eut trois fils et trois filles, mais Murasaki fut la seule à manifester précocement un don réel pour l’écriture.

Après un bref séjour dans la ville d’Echizen dont son père fut gouverneur, elle revint dès 998 dans la capitale. Elle devint alors l’épouse d’un cousin sensiblement plus âgé qu’elle : Fujiwara no Nobutaka. Ce dernier ayant déjà un fils âgé de vingt cinq ans, on pouvait craindre que le statut de Murasaki ne soit guère enviable. A cette époque, la femme japonaise continuait généralement à vivre chez ses propres parents afin d’élever ses enfants. Son époux venant la rejoindre occasionnellement, cette situation générait souvent une forme tolérée de polygamie.

Dans certaines circonstances, l’épouse s’installait définitivement dans la demeure de son mari. Elle est alors la Dame du Nord : kita no kata.

Selon la date de naissance admise pour Murasaki, on constate que son union fut assez tardive, entre vingt et vingt six ans, ce qui est surprenant à une époque où le mariage des femmes se situait plutôt entre quatorze et quinze ans.

En 999 elle accoucha d’une petite fille qui sera ultérieurement connue sous le nom de Daïni-no-sammi et qui sera, elle aussi, une poétesse admirée pour l’élégance de son style. Certains commentateurs lui attribuèrent même la dernière partie du Dit du Genji, sans que ces assertions soient sérieusement confortées.

Deux ans plus tard, Fujiwara no Nobutaka décéda à la suite d’une épidémie sévissant dans la région. En 1001 Murasaki Shikibu se retrouva donc veuve avec une enfant en bas âge.

Nous perdons sa trace pendant quatre ans, puis nous la retrouvons en 1005 à la Cour impériale. Elle semble être préceptrice de la jeune impératrice Akiko, celle-ci ayant récemment épousé l’empereur Ichijô.

Lorsque ce dernier meurt en 1011, l’impératrice se retira et entra en religion. Murasaki la suivit en tant que Dame d’honneur. Ce déplacement s’effectua dans un contexte de religion mondaine qui ne se différenciait guère des fastes de la Cour que par quelques détails.

Nous perdons définitivement sa trace en 1014, année qui constitue probablement la date de son décès.

Le Dit du Genji fut donc écrit entre 1005 et 1014, ce qui représente une période courte et dense en regard de l’exubérance et de la densité de l’œuvre.

Il faut souligner ici la très grande différence existant entre les grandes épopées poétiques japonaises des temps archaïques : les naga-uta et les épopées romancées.

Les premières sont concises et foisonnent de symboles éloquents, les secondes sont très longues et se complexifient à l’infini à travers d’interminables descriptions et des péripéties innombrables.

Là encore, un étrange parallèle existe avec l’époque de Louis XIV.

En effet, le XVIIe siècle se caractérisa par des poésies ambitieuses et par des tragédies qui illustrent la quintessence de la littérature française. Quel écrivain contemporain pourrait sérieusement prétendre rivaliser avec Corneille, Pascal ou Bossuet ?

Mais ces chefs d’oeuvre sont généralement assez brefs. A titre d’exemple, une tragédie classique comporte entre 1 500 et 2 000 vers.

A l’opposé, les grands romans précieux de l’époque s’éternisent parfois sur plus de 10 000 pages. Le plus célèbre d’entre eux étant  Artamène ou le Grand Cyrus de Madeleine et Georges de Scudéry : 13 000 pages !

Sans être aussi développé et labyrinthique que Le Grand Cyrus, le Dit du Genji est un long roman poétique à la structure complexe et lumineuse à la fois. Il incarne et exacerbe une qualité majeure : une effroyable lucidité quant à la complexité de l’âme humaine, ses recoins d’ombre et les quelques parcelles de lumière qu’elle exhale parfois.

Cette lucidité émeut, charme et fait peur.

Elle émeut, car notre poétesse fait surgir par moment des pans entiers d’humanité qu’une description presque chirurgicale accroît sans cesse, outrepassant ainsi les limites d’une sensibilité contenue et trop souvent normée.

Elle charme, car les descriptions presque pointillistes de telle ou telle parure, de tel ou tel arbre, s’harmonisent progressivement et créent en chacun de nous un sentiment ineffable. Délicatement ornées, ciselées par des mots soigneusement appariés, ces odes à la beauté deviennent cantiques, hymnes, symphonies. Puis elles nous laissent pantelant le long d’un chemin imaginaire qui résonne durablement encore en suaves vibrations sensuelles.

Elle effraie aussi, car la méticulosité du propos révèle brutalement, par touches successives presque anodines, des abîmes jusque là soigneusement dissimulés par les comportements affétés. Le courtisan pérore, le geste s’affine, la mimique devient révélatrice. Et le subtil glacis impavide qui recouvre les corps et les émotions s’effrite alors. Parfois somptueuse, généralement triste et veule, la vérité éclot en petites touches presque impalpables.

Et la vérité fait souvent mal.

Le poète allemand Stefan George décryptait magnifiquement l’ambiguïté fondamentale de la poésie lorsqu’elle frôle le sublime. Il précise en effet : « L’essence de la poésie comme du rêve, c’est que le Moi et le Toi, l’Ici et le Là, l’Autrefois et le Présent coexistent et deviennent Un […] La poésie a parmi les arts une situation particulière. Elle seule connaît le secret de l’éveil et le secret de la transition ». (De la poésie).

Or Murasaki Shikibu connaissait merveilleusement bien le secret de l’éveil et le secret de la transition.

Les commentateurs qui dissèquent le Dit du Genji depuis un millénaire n’hésitèrent point devant les anachronismes, les analyses idéologiques et les récupérations politiques. Porté à bout de bras sur le grand théâtre du Monde, le Dit du Genji fut récupéré par des féministes qui assuraient que ce roman dénonçait la polygamie. Jouant sur les équivoques, les marxistes y virent une critique virulente des méfaits de la classe dominante (la lutte des classes au début du XIe siècle !), alors que les bouddhistes assurèrent que le prince Genji était un bodhisattva.

On compara même Murasaki Shikibu à… Marcel Proust !

Eternel palimpseste réécrit par des épigones ou de pales imitateurs désirant s’approprier une parcelle de gloire déchue, le Dit du Genji demeure un monument de la littérature mondiale et Murasaki Shikibu parvient encore à nous émouvoir, à nous attendrir. A nous émerveiller.

Cette jubilation permanente vient pour une large part de l’opposition singulière existant entre la simplicité de l’intrigue principale, c’est-à-dire la progression d’une catharsis visant à résoudre un drame provoqué par la jalousie, et l’effarante complexité des intrigues secondaires.

On découvre progressivement et patiemment ainsi les aventures amoureuses du prince Genji, de son beau-frère et de leurs descendants. L’intérêt de ces innombrables péripéties mettant en scène, femmes, épouses, maîtresses, filles, sœurs et servantes, réside dans le fait qu’elles sont illustrées, commentées et narrées, d’un strict point de vue féminin.

Le concept est savoureux car on s’échine à suivre les aventures de ces hommes qui portent des titres guerriers, mais dont la principale activité se satisfait de jeux galants, de traits d’esprit et de morceaux de musique habilement joués afin de charmer ces dames. Presque à la même époque, on retrouve étrangement cet esprit chevaleresque et raffiné en France, avec les chansons de gestes, les cours d’amour, et l’énorme succès des troubadours et trouvères.

Murasaki Shikibu nous transmet à travers les siècles un message émouvant et grandiose qui s’apparente à une sensuelle mise en abyme, puis, dans sa complexité apparente, le Dit du Genji provoque l’extase et fige définitivement une parcelle d’éternité. Larme de cristal que l’on enchâsse cérémonieusement dans notre cœur, cette émotion perdure depuis un millénaire.

Et nous devons fraternellement remercier Murasaki pour ce don divin en citant ce commentaire de René Char extrait de Fureur et mystère : « Nous n’appartenons à personne, sinon au point d’or de cette lampe inconnue de nous, inaccessible à nous, qui tient éveillé le courage et le silence ».

La poésie envoûtante s’exhalant du Dit du Genji symbolise idéalement ce point d’or qui tient éveillé le courage et le silence. Or tenir éveillé le courage et le silence est une obligation cruciale à notre époque.

Vraiment cruciale…

Lorsque la nuit sera totalement noire…

Les galaxies extérieures à la nôtre disparaîtront de notre ciel dans quelques milliards d'années

« J’avais devant les yeux les ténèbres. L’abîme

Qui n’a pas de rivage et qui n’a pas de cime

Etait là, morne, immense ; et rien n’y remuait.

Je me sentais perdu dans l’infini muet »

Victor Hugo – Les contemplations (Livre sixième : au bord de l’infini)

Nous l’avons déjà précisé à plusieurs reprises : ce blog a pour objectif de vous convier à élargir le regard tout en pratiquant une saine et vivifiante transgression permanente de tous les carcans intellectuels qui nous engluent l’esprit.

Cet article ne dérogera guère à ce principe.

Nous vous proposons de faire avec nous un petit voyage dans le temps. Dans le futur pour être précis.

Imaginez-vous sur Terre dans… 3 milliards d’années ! Un saut de puce à l’aune du destin de l’univers, mais un pas de géant pour un être humain.

Avant cela, remémorons-nous un instant ce que nous avons déjà évoqué dans l’article consacré au « multivers », car la cosmologie contemporaine décrypte, peu à peu, des mystères fascinants. De nombreux théoriciens esquissent les prémices d’un multivers au sein duquel notre univers ne serait qu’une infime parcelle. Ce multivers pourrait s’organiser en arborescences ascendantes (des univers naissent à chaque instant par fluctuation du vide ou lors du heurt cataclysmique des gigantesques branes multidimensionnelles prédites par la Théorie des cordes) ou par le biais d’une titanesque mise en abyme susceptible d’enchâsser des univers les uns dans les autres.

Si votre raison vacille et qu’une céphalée persistante vous assaille, faisons une pause et revenons à des conceptions plus placides, plus sereines ; la vie sur Terre dans 3 milliards d’années par exemple.

Comment sera la Terre à cette période ? Nul ne le sait.

Quelle sera l’espèce dominante ? Nul ne le sait.

Comment seront disposés les continents ? Nul ne le sait.

Quel sera le climat en ces temps lointains ? Nul ne le sait.

Mais ce que nous savons avec une quasi certitude, c’est que la nuit sera beaucoup plus noire qu’actuellement. Pourquoi ?

La raison tient en cinq mots : accélération de l’expansion de l’univers.

Depuis de nombreuses années nous savons que toutes les galaxies s’éloignent les unes par rapport aux autres, ce qui révèle que notre univers est en expansion. Mais, depuis 1998, plusieurs équipes de chercheurs ont mis en évidence un phénomène beaucoup plus surprenant : cette expansion s’accélère au fil du temps…

Cette découverte a été effectuée en mesurant la distance entre des astres dont la luminosité absolue est supposée être parfaitement connue. Généralement, la cause de cette accélération est liée à l’existence d’une énergie sombre qui représenterait presque les trois-quarts de notre univers.

Cette accélération de l’expansion implique naturellement une progressive dilution de la matière conduisant à très long terme à une véritable mort thermique de l’univers (Big Chill en anglais).

La conséquence serait donc un univers de plus en plus vide et de plus en plus froid.

Pas très gai…

Si nous en revenons à notre hypothèse de départ : un saut de 3 milliards d’années dans le futur, il est évident que les étoiles constituant notre galaxie continueront à briller. Elles seront simplement disposées différemment. Ce qui changera fondamentalement c’est que toutes les galaxies qui entourent la nôtre donneront la singulière impression de s’être enfuies… La nuit ne sera donc pas totalement noire, mais le fond diffus des centaines de milliards de galaxies -elliptiques, spiralées et irrégulières- qui nous entourent, aura disparu.

Nous serions donc de plus en plus seuls dans un univers de plus en plus noir et de plus en plus froid.

Mais nous aurons disparu depuis fort longtemps.

Espérons simplement que les créatures étranges qui nous succéderont dans 3 milliards d’années n’aient pas peur dans les ténèbres…

Si vous souhaitez en savoir beaucoup plus sur le sujet, nous vous recommandons encore un ouvrage de référence incontournable écrit par notre ami Jean-Pierre Luminet (qui a par ailleurs rédigé la préface de « Cathédrales de brume ») : Le destin de l’univers : trous noirs et énergie sombre (Fayard).

Pour celles et ceux qui s’intéressent aux univers qui jaillissent au-delà du nôtre, un livre récent (2007) s’impose : Paysage cosmique : notre univers en cacherait-il des millions d’autres ? écrit par Leonard Susskind (Robert Laffont).

Le jour où l’humanité faillit disparaître…

L'éruption d'un supervolcan entraînerait un long "hiver volcanique", anéantissant ainsi sept millénaires de civilisation...

Nous vous proposons de faire ensemble un petit bond dans le temps. Dans le passé pour être précis. Au Moustérien en fait.

Nous sommes en 74 000 av JC…

Pas de panique. Notre navette temporelle est toute récente et nous devrions, normalement, pouvoir revenir sans encombre à notre époque. Nous l’espérons en tout cas.

Arrivant incognito dans l’île de Sumatra, nous découvrons progressivement une population très clairsemée. Les humains de cette lointaine époque sont des néanderthaliens qui vivent chichement de cueillette, de chasse et de pêche plus ou moins fructueuses. Naturellement, ils ne connaissent pas encore l’agriculture et l’élevage qui ne seront inventés que quelques centaines de siècles plus tard.

La vie est rude, mais quelques millions d’êtres humains peuplent déjà notre bonne vieille Terre qu’aucune pollution ne souille encore.

Nous les regardons vivre paisiblement lorsque, soudain, des grondements titanesques viennent du sol, vrombissant et meuglant tels des bovidés affolés.

En quelques instants l’espace se contorsionne, se vrille, éructe une douleur infinie…

La plaine environnante et les forêts qui l’encerclent dilatent l’horizon. Puis elles s’éparpillent en milliards de fragments enflammés !

En une fraction de seconde, une monstrueuse explosion tellurique soulève le paysage et propulse des centaines de milliards de tonnes de roches et de magma dans l’atmosphère.

Sous nos yeux ébahis le supervolcan niché sous le lac Toba vient d’entrer en éruption.

Si notre navette temporelle était bien réelle, et non une pure fiction, nous serions morts instantanément. En effet, une éruption de cette importance détruit toute vie dans un rayon de mille kilomètres autour de la bouche de l’Enfer qui s’ouvre ainsi en révélant l’intimité de notre planète, c’est-à-dire le magma qui gronde sous l’écorce terrestre depuis plus de quatre milliards d’années et qui s’accumule, parfois, dans des chambres magmatiques aux proportions cyclopéennes.

Dans les minutes qui suivent cette colossale éruption qui projeta 3 000 kilomètres cube de roche, de lave et de magma dans les plus hautes couches de l’atmosphère (soit environ 10 000 fois la taille de l’éruption du volcan St Helens en 1980 !), des nuées de gaz corrosifs et de cendres brûlantes envahissent l’île de Sumatra.

Quelques instants plus tard, d’épouvantables fleuves de coulées pyroclastiques anéantissent toute vie.

Mais le drame le plus atroce est ailleurs…

Indépendamment de leur pouvoir de destruction incomparablement supérieur à celui des volcans habituels, la singularité la plus extravagante des supervolcans se situe au niveau des conséquences liées à l’éjection d’une masse de roches et de gaz dans l’atmosphère égale ou supérieure à une chaîne de montagne tout entière !

Le résultat est apocalyptique, car ces quantités ahurissantes de matières en suspension forment très rapidement un épais nuage qui encapuchonne toute notre planète…

La conséquence est presque immédiate : 98% des rayons solaires sont occultés. Et ceci pendant quelques décennies !

Résultat : la température baisse vertigineusement et la photosynthèse s’interrompt presque totalement. Les deux effets combinés se soldent par l’omniprésence d’un froid intense et la quasi disparition des plantes dont nos lointains ancêtres se nourrissaient. C’est l’hiver volcanique

La dernière grande éruption d’un supervolcan ayant eu lieu il y a 600 000 ans (à Yellowstone dans le Wyoming) on peut légitimement se demander comment les humains du Moustérien purent survivre à un pareil cataclysme ?

En fait, la majorité des néanderthaliens vivant sur Terre à cette époque périrent. Seule une infime minorité a survécu : entre 1 500 et 10 000 personnes.

Ainsi, après la terrifiante éruption du supervolcan du Toba, la population terrestre a chuté de quelques millions d’êtres humains à… quelques milliers !!!

Les médias n’existant pas encore il y a 74 000 ans, comment pouvons-nous reconstituer cet hallucinant scénario ?

Pour réussir cet exploit, il fut nécessaire d’harmoniser les observations et les travaux de géologues et de volcanologues -ceci paraît logique- mais aussi de biologistes spécialistes de la génétique humaine.

En étudiant le taux de mutation de l’ADN mitochondrien au cours des âges (les mitochondries sont des structures intracellulaires dont le rôle physiologique est capital), quelques scientifiques constatèrent que le patrimoine génétique humain est très stable, alors qu’en 100 000 ans la diversité génétique devrait être infiniment plus marquée en raison des combinaisons génétiques s’accumulant potentiellement pendant cette très longue période.

Seule explication possible à cette très grande uniformité : une diminution drastique de la population mondiale dans un très lointain passé ; diminution qui constitua en quelque sorte un goulot d’étranglement expliquant cette uniformité génétique surprenante.

Or les mutations des mitochondries (encore elles…) s’effectuant avec une très grande régularité, le nombre de ces mutations peut servir d’horloge génétique.

Nos spécialistes découvrirent ainsi que la population mondiale dut choir entre 1 000 et 10 000 habitants ; cet ahurissant holocauste s’étant vraisemblablement produit il y a 80 000 ans.

Un véritable désert démographique s’ensuivit.

La relation avec l’éruption du supervolcan de l’île de Sumatra fut rapidement faite par quelques chercheurs qui démontrèrent que ce cataclysme colossal entraîna la disparition presque totale de l’humanité.

On constatera que les quelques milliers de survivants firent preuve d’une capacité de résistance absolument étonnante. Fascinante même…

Mais n’oublions pas que les néanderthaliens étaient particulièrement résistants au froid, à la faim et à des conditions de vie extrêmement difficiles.

Imaginez un instant ce qui se passerait si le supervolcan de Yellowstone (par exemple) devait entrer en éruption dans les décennies à venir ? Avec neuf milliards d’habitants totalement inféodés au confort et n’ayant absolument plus l’habitude de se battre pour se nourrir…

Imaginez un monde glacial, sans énergie, sans production alimentaire…

Imaginez l’Apocalypse. Puis multipliez par mille !

Voilà ce qui se passerait à notre époque si l’un des 7 ou 8 supervolcans sournoisement tapis dans la croûte terrestre décidait, brutalement, d’entrer en éruption…

Il faut préciser ici que cette théorie n’est pas validée par l’ensemble de la communauté scientifique et que certains mettent en doute ce scénario en forme d’Armageddon.

Laissons ces querelles de spécialistes aux seuls spécialistes…

L’important est ailleurs pour nous et se résume à une question simple : qu’adviendra-t-il de sept millénaires de civilisation humaine si l’un des sept supervolcans enfouis dans l’écorce terrestre entre en éruption dans les décennies ou les siècles à venir ?

La réponse est dans « Katharsis »…