Antarctique : issue de secours ou piège fatal ?

L'Antarctique nous sauvera-t-il ?

« La gloire qui s’empourprait et fleurissait n’est plus qu’une histoire, souvenir ténébreux des vieux âges défunts. Et maintenant les voyageurs voient de vastes formes qui se meuvent fantastiquement aux sons d’une musique discordante pendant que, comme une rivière rapide et lugubre, une hideuse multitude se rue éternellement ».

Edgar Allan Poe – La chute de la maison Usher

Les humains situés dans les zones les plus reculées de notre planète le savent parfaitement : l’eau c’est la vie.

Nous -c’est-à-dire les quelques centaines de millions de privilégiés qui bénéficient et abusent des bienfaits prodigués par la nature- nous en avons fugacement conscience. Fugacement, seulement…

Toutefois, l’humanité sait bien que l’eau douce constitue le bien le plus précieux qui soit. Or l’une des conséquences les plus catastrophiques du réchauffement climatique futur s’incarnera justement à travers ces pénuries d’eau qui assécheront nos espérances.

Pour résumer, la totalité de l’eau existante, ce que l’on appelle l’hydrosphère, se répartit ainsi :

–          les océans, qui représentent 97,40% du total,

–          les terres émergées, qui recueillent les 2,60% restants.

Presque toute l’eau disponible sur notre planète est salée, donc non potable sans traitements complexes et coûteux.

Les 2,60% que nous pouvons donc utiliser se répartissent ainsi :

–          79% pour les calottes glaciaires, banquises et glaciers,

–          20% pour les eaux souterraines et les réserves fossiles,

–          1% pour l’eau douce superficielle : lacs, rivières, humidité contenue dans le sol et dans la végétation.

Conséquence immédiate de ce qui précède : si une élévation importante de la température terrestre provoquait à terme la fonte totale de toutes les banquises et de tous les glaciers, l’eau douce ne représenterait plus que 0,50% du total de l’hydrosphère au lieu de 2,60% actuellement.

Naturellement, les 40 milliards de tonne d’eau douce existant actuellement sur notre planète ne vont pas disparaître en quelques décennies. Notre problématique est ailleurs, car les êtres humains n’ont pas besoin d’une eau potentielle, ils ont besoin chaque jour de quelques dizaines de litres d’eau douce et propre à la consommation pour les besoins les plus élémentaires : boire, se laver et cuire les aliments.

Trois facteurs vont perturber ce subtil équilibre qui prévaut depuis des millions de siècles :

–          s’épuisant à une vitesse vertigineuse dans de nombreuses régions, l’eau des nappes phréatiques se renouvellera de plus en plus difficilement. Parallèlement, les éléments concourant à sa pollution (nitrates, engrais, produits chimiques, pesticides) voient leur densité s’accroître dangereusement,

–          le réchauffement de la planète entraînera une fonte des glaciers et des banquises au fil des décennies. On transformera ainsi des milliards de tonnes d’eau douce en eau salée,

–          enfin, le réchauffement climatique exacerbera les phénomènes météorologiques extrêmes, ce qui signifiera que la désertification s’étendra bien au-delà des zones sub-tropicales, alors que les zones équatoriales et tropicales recevront des pluies de plus en plus impressionnantes, noyant des zones entières tout en lessivant des sols appauvris et en occasionnant de tragiques glissements de terrain.

L’eau potable sera donc toujours potentiellement disponible, mais une large partie deviendra non utilisable (trop polluée ou salée), alors qu’une autre partie se déversera de façon torrentielle sur des contrées déjà saturées.

Les quantités globales d’eau circulant dans l’atmosphère seront probablement similaires à celles que nous connaissons actuellement. Ces masses d’eau ne vont pas s’évaporer ou se multiplier par magie… Ce qui va changer c’est leur répartition, leur rythme et leur intensité. La conséquence absurde de ce dérèglement climatique accru se matérialisera donc par une carence en eau douce au sein des contrées les plus densément peuplées. Simultanément, les contrées déjà traditionnellement inondées seront encore plus humides, encore plus fragiles, encore plus insalubres.

N’oublions pas ce chiffre tout simple : 40% de la population mondiale vit actuellement le long de 250 fleuves et de rivières qui se répartissent entre plusieurs états.

Cela signifie donc 250 risques potentiels de guerres pour l’appropriation d’une eau douce rare et chère.

Et l’Antarctique… Quel sera son rôle dans les décennies à venir ?

Un premier constat s’impose : le continent austral symbolise la plus importante réserve d’eau douce sur Terre. Et la plus stable.

Sous cet aspect, l’Antarctique est donc source d’espoirs, si ce n’est de solutions pérennes pour l’avenir. Par ailleurs, les principales nations du monde ayant décidé de sanctuariser cette zone immense, on peut légitimement espérer que les appétits de consommation, d’exploitation et de puissance ; seront endigués pour quelques décennies. Peut-être…

Le titre de cet article évoquant un piège fatal, on peut se demander la raison de ce pessimisme ?

La réponse est simple, nous avons tous en mémoire le film « Home ». Or l’information la plus essentielle de ce film esthétiquement très beau tient en une phrase : « nous avons une dizaine d’années avant que les effets du réchauffement climatique soient irréversibles ». Ceci est encourageant.

Mais ceci est faux !

Les études les plus récentes démontrent éloquemment que le réchauffement climatique est déjà irréversible… Et ce n’est pas l’arrivée brouillonne de quelques centaines de milliers d’éoliennes et de quelques millions de mètres carrés de panneaux solaires qui changeront les perspectives globales.

En 2050 nous serons 9 milliards d’êtres humains ! Nos appétits, nos besoins et nos exigences, seront similaires. Même si 25% de la population mondiale décidaient de changer sensiblement ses comportements environnementaux (ce qui serait déjà ex-tra-or-di-naire…), l’irréversibilité du changement climatique est en marche.

Le rôle de l’Antarctique sera crucial à cet instant et la solution potentielle deviendra « piège fatal ». En effet, les glaces australes en fondant accroîtront dramatiquement l’élévation du niveau des océans tout en perturbant considérablement la circulation thermohaline.

Conséquences : des centaines de millions de réfugiés climatiques dans le premier cas, et l’accélération brutale des phénomènes météorologiques extrêmes dans le second cas.

Pire encore, cet apport important d’eau douce et l’élévation graduelle des températures océaniques provoquera à terme la dilution des millions de milliards de tonnes d’hydrates de méthane emprisonnées au fond des mers.

Or le méthane est un gaz à effet de serre vingt fois plus puissant que le gaz carbonique.

C’est par ailleurs ce phénomène d’évaporation des hydrates de méthane dans l’atmosphère terrestre qui accéléra la mise en œuvre de la plus grave « extinction de masse » de toute l’histoire de notre planète, celle du Permien. Il y a 252 millions d’années.

Pendant ce temps, à l’orée de crépuscules qui dépasseront l’entendement et nos plus funestes prévisions, nos politiques parlent.

De tout. Et de rien.

C’est le thème central de notre second roman : « Katharsis ».

En l’écrivant, nous ne songions nullement à jouer les prophètes. Hélas, la réalité nous a rattrapé : le Sommet de Copenhague fut un échec, le Grenelle de l’Environnement se métamorphose en farce pathétique et l’écologie est devenue : soit un tremplin pour des politiques peu imaginatifs mais très soucieux de leur future réélection, soit un élément marketing comme un autre.

Le Grand Théâtre du Monde cher à Calderon se poursuit.

Nos descendants apprécieront-ils notre sens de l’humour ?

Nous en doutons…

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