L’odieuse étreinte de la Vierge de fer

L'âme humaine est insondable

Dans certaines circonstances exceptionnelles, l’être humain parvient à s’exhausser au-delà de lui-même. Il réalise alors des exploits insensés et fait honneur au bipède arrogant qui s’imagine être la créature la plus perfectionnée de l’univers…

Hélas, la presque totalité de ses capacités et de son imagination s’orientent dans d’autres directions. Et la face sombre de l’Homme irradie alors, tel un soleil noir. Dans l’un de ses plus beaux poèmes : « La fin de Satan », Victor Hugo examine les arcanes de ce « désespoir en marche » qui nous anime parfois.

Cette « face sombre » s’exprime tout au long de l’Histoire de l’humanité et des faits et des personnages illustrent dramatiquement cette propension au crime. Les citer tous nécessiterait la rédaction d’une encyclopédie en 100 volumes !

Par manque de place (et de courage et de temps il faut bien l’avouer…) nous en sélectionnons seulement deux ici que nous réunissons sous le même terme : « vierge de fer ». Le premier est un instrument de torture, le second est une femme que l’on soupçonne d’avoir torturé et tué près de 650 jeunes filles : Elizabeth Bathory.

Redoutable instrument de torture utilisé à partir du XVIIIe siècle, la « vierge de fer » se présentait sous la forme d’un sarcophage de bois ou d’acier dans lequel la victime devait se tenir debout. La boite faisait généralement deux mètres de haut et un mètre de largeur. Des pointes, tranchantes ou perforantes, étaient disposées sur les parois intérieures ainsi que sur le couvercle. Elles transperçaient la victime à la fermeture du mécanisme qui pouvait être cadenassé.

Ces pointes étaient généralement sournoisement disposées de façon à perforer la victime sans causer une mort immédiate afin de rendre la séance de torture plus longue et douloureuse. Forcée à se tenir debout, la personne enfermée à l’intérieur mourait donc, vidée de son sang, épuisée et quelques fois asphyxiée.

Une ou plusieurs petites ouvertures, généralement disposées sur le couvercle, permettaient aux tortionnaires d’interroger sa victime ou de continuer le supplice avec d’autres instruments de torture.

Une belle invention !

La première vierge de fer aurait été fabriquée par l’allemand Johann Philipp Siebenkees, qui aurait conçu « la vierge de Nuremberg » en 1793. Selon un de ces ouvrages, il se serait inspiré d’un outil similaire utilisé au XVIe siècle, le « Schandmantel » (le manteau de la honte). Ce dernier se présentait comme une boite généralement composée de bois et d’étain, mais dont l’intérieur ne possédait aucune pointe et servait uniquement à humilier les criminels.

Une modification du « manteau de la honte » aurait servie, pour la première fois, à l’exécution d’un faux monnayeur le 14 août 1515. Les archives rapportent qu’une fois que l’homme était placé à l’intérieur de la boîte, on refermait tranquillement la porte afin que de longs clous viennent pénétrer ses bras et ses jambes à plusieurs endroits, ainsi que ses yeux, sa poitrine, ses épaules et sa vessie. Les clous n’étaient pas enfoncés profondément dans le corps du supplicié. La victime pouvait donc survivre et se lamenter pendant plusieurs jours avant de rendre l’âme.   

Naturellement, l’origine de ces descriptions demeure floue. Nos connaissances sur les vierges de fer étant fondées sur des archives et une littérature du XIXe siècle qui étaient fortement influencées par les croyances populaires, la fiction et la réalité sont difficiles à dissocier.

La vierge de Nuremberg est encore aujourd’hui la « vierge de fer » la plus connue et la plus souvent représentée. Elle était anthropomorphe (de forme humaine) et les rumeurs disent qu’elle représentait la vierge Marie. Elle a été utilisée durant l’inquisition afin d’injecter symboliquement la foi chrétienne dans le corps des hérétiques. Elle mesurait 2.1 mètres de hauteur et 0.9 mètre de largeur, possédait deux portes et était assez grande pour contenir un homme adulte. À l’intérieur de ce cercueil, une dizaine de longs clous se dressaient, prêts à perforer sa victime.

Au dessous de cette machine infernale béait une oubliette au fond de laquelle le cadavre tombait et pourrissait dans un ruisseau souterrain avant de nourrir les poissons.

La vraie vierge de fer...

Tout ceci est charmant et nous démontre que l’ingéniosité humaine trouve sa vraie puissance dans le besoin de pouvoir, l’instinct de survie et la quête du bouc-émissaire. Après, règnent la terreur, l’angoisse, la douleur ; et la mort…

Quittons les objets inanimés afin d’examiner un instant l’étrange destin d’une comtesse hongroise : Elizabeth Bathory.

Elizabeth Bathory est née en 1560, d’une famille de sang royal, comptant dans ses proches parents le prince de Transylvanie, Sigismond Bathory, un oncle qui devint roi de Pologne, des gouverneurs de province, de hauts magistrats, des évêques et un cardinal. Cette famille remontait très loin dans le temps et comptait un certain nombre d’aventuriers hongrois descendant probablement des Huns et qui s’étaient imposés par le sang et la violence.

C’est donc dans une atmosphère encombrée de sortilèges et de traditions ancestrales que se déroula l’enfance d’Elizabeth Bathory, Par ailleurs, certains de ses ancêtres avaient été des brutes sanguinaires. Pire encore, la propre nourrice d’Elizabeth, Jo Ilona, deviendra son âme damnée. Pratiquant la magie noire et les sortilèges les plus pervers, Jo Ilona eut une influence déterminante sur l’évolution de son esprit.

Les descriptions qu’on possède d’Elizabeth Bathory, ainsi qu’un portrait qu’on en a conservé, nous la montrent d’une grande beauté : « Les démons étaient déjà en elle : ses yeux larges et noirs les cachaient en leur morne profondeur, son visage était pâle de leur antique poison. Sa bouche était sinueuse comme un petit serpent qui passe, son front haut, obstiné, sans défaillance. Et le menton, appuyé sur la grande fraise plate, avait cette courbe molle de l’insanité ou du vice particulier. Elle ressemblait à quelque Valois dessiné par Clouet, Henri Ill peut-être, en féminin ».

Tout ceci filigranait déjà une âme mélancolique, secrète et peut-être cruelle. Composé de trois dents de loup, d’un croissant de lune, d’un soleil en forme d’étoile à six pointes, le tout entouré d’un dragon qui se mord la queue, le blason des Bathory était explicite…

Depuis son plus jeune âge Elizabeth souffrait de maux de tête parfois intolérables qui la faisaient se rouler par terre. Était-ce de l’épilepsie ? Des crises d’hystérie ?

Sa sensualité était incontestablement bisexuelle car elle ne refusa jamais les contacts masculins, mais elle évolua toute sa vie dans des retraites peuplées uniquement de femmes. Par ailleurs, elle ne sacrifia jamais un seul homme à ses débauches, mais uniquement des femmes.

Le 8 mai 1575. Elizabeth avait alors quinze ans, elle épousa Férencz Nàdasdy. L’empereur Maximilien de Habsbourg assista lui-même au mariage. Le roi Matthias de Hongrie et l’archiduc d’Autriche envoyèrent de somptueux cadeaux aux nouveaux époux qui s’en allèrent passer leur lune de miel dans le château de Csejthe, dans le district de Nyitra, région montagneuse du nord-ouest de la Hongrie, encore célèbre aujourd’hui par la qualité de ses vignobles, mais aussi pour ses châteaux forts en ruines, ses histoires de fantômes et ses traditions vivaces de vampires et de loups-garous.

Mais le séjour de Férencz Nàdasdy fut de courte durée. Ses devoirs de combattant l’appelaient à la guerre à travers toute la Hongrie et les pays avoisinants. Il laissa donc sa jeune et belle épouse régner sur le château de Csejthe et sur les vastes domaines qui l’entouraient.

Que se passa-t-il donc alors ? Il est probable que la sensualité d’Elizabeth se sentit quelque peu frustrée. On lui prêta plusieurs intrigues amoureuses, mais sans lendemain, dont une avec un de ses cousins, le comte Gyorgy Thurzo, futur premier ministre de Hongrie qui fut, par la suite, son juge le plus sévère.

Cela ne veut pas dire que les époux ne s’entendaient pas car leurs retrouvailles étaient toujours de nouvelles lunes de miel. Mais le seul tort du mari était d’être trop souvent absent.

Férencz Nàdasdy mourut brutalement en 1604. Devenue veuve, la comtesse semble n’avoir rien changé à son mode de vie. Les tortures qu’elle infligeait à ses servantes, elle les pratiquait depuis longtemps et son mari le savait parfaitement, considérant celles-ci comme de simples amusements de la part de sa femme. Le servage n’existait plus en Hongrie, mais les vieilles habitudes avaient du mal à disparaître,

Les témoignages compilés lors du procès sont catégoriques. Lorsque l’on demanda depuis combien de temps la comtesse maltraitait les jeunes filles, un témoin répondit : « Elle commença quand son mari était encore en vie, mais alors ne les tuait pas. Le comte le savait et ne s’en souciait guère ». On raconte une curieuse anecdote à ce sujet, non pas sur le début des sévices opérés par Elizabeth, mais sur la naissance de sa fascination pour le sang qui coule. « Un jour qu’elle avait frappé une servante assez violemment pour la faire saigner du nez, parce qu’elle lui avait tiré les cheveux en la peignant, un peu du sang de la jeune fille tomba sur le poignet d’Elizabeth. Un peu plus tard, la comtesse crut remarquer que la peau de l’endroit où était tombé le sang était devenue plus blanche et plus douce que la peau environnante. Intriguée, elle se baigna le visage avec le sang d’une des victimes de ses orgies sadiques. Son visage lui sembla rajeuni et revivifié par le traitement ».

Ce détail est important, car le souci primordial d’Elizabeth Bathory depuis son plus jeune âge fut sa beauté. Plus exactement… le maintien de sa beauté ! Pour l’éternité…

Il n’en fallait pas plus pour s’imaginer qu’elle pouvait indéfiniment préserver sa beauté grâce à du sang frais de jeunes filles, de préférence vierges, donc revêtues de cette aura magique que confère la virginité.

Elizabeth Bathory passait son temps au château de Csejthe, faisant également de fréquents séjours à Presbourg et surtout dans la demeure qu’elle avait acquise à Vienne, non loin de la cathédrale, demeure qui semble avoir été marquée aussi par de sanglantes orgies. A Csejthe comme ailleurs, Elizabeth était toujours accompagnée de sa nourrice Jo Ilona et de sa servante Dorottya Szentes, dite Dorko, deux femmes vieilles, vulgaires, sales, d’une totale immoralité. Il semble qu’elles aient été les principales pourvoyeuses de jeunes filles pour la comtesse, en même temps que ses collaboratrices zélées quand il s’agissait de frapper, de saigner, puis d’enterrer les malheureuses victimes.

Autour de ce duo infernal, il y avait un homme à tout faire, Ujvari johanes, dit Ficzko, une sorte de nabot disgracieux, et une lavandière, Katalin Beniezky. Elizabeth vivait au milieu de cette troupe entièrement vouée à son service et à la satisfaction de ses instincts les plus bas. La comtesse veillait à ce que ces jeunes filles retenues prisonnières fussent bien nourries et engraissées, car elle croyait que plus elles étaient dodues, plus elles avaient de sang dans les veines, et que plus elles étaient bien portantes, plus la vertu de ce sang était efficace, lui permettant ainsi d’échapper au vieillissement et à son épitaphe ultime.

Un autre personnage vint bientôt compléter la sinistre troupe entourant Elizabeth, une certaine Darvulia Anna. On a largement brodé sur cette femme sous prétexte que son nom évoque celui de Dracula. En fait, Darvulia était une sorcière de la meilleure tradition, une magicienne noire qui connaissait des formules et des incantations sataniques et qui n’hésitait pas, comme le fera plus tard la Voisin, en France, au moment de l’affaire des Poisons, à procéder à des sacrifices humains pour obtenir l’aide des puissances démoniaques. Sans doute Darvulia Anna sut-elle convaincre Elizabeth Bathory, déjà quadragénaire mais toujours très belle, qu’elle connaissait les recettes infaillibles pour prolonger indéfiniment cette beauté.

La comtesse garda Darvulia à ses côtés et il est établi que sa présence augmenta la fréquence des sacrifices qu’Elizabeth orchestrait afin d’assouvir ses pulsions tout en se préservant des outrages du temps. Repérées par les émissaires de la comtesse, les plus belles filles de Transylvanie et de Hongrie prenaient le chemin du château de Csejthe. Tous les moyens étaient bons : menaces, intimidation, promesses d’argent, achat pur et simple dans certaines familles pauvres. La plupart d’entre elles ne ressortaient jamais plus de la sinistre forteresse.

On a exagéré les récits concernant les supplices infligés à ces innocentes jeunes filles par la comtesse Bathory et ses âmes damnées. Mais on possède suffisamment de faits avérés pour se faire une idée de l’atmosphère malsaine et macabre qui régnait dans les souterrains du château de Csejthe. Les filles étaient frappées. Certaines avaient le cou percé. D’autres étaient liées avec des cordes qu’on tordait ensuite afin qu’elles puissent s’enfoncer dans les chairs, ce qui permettait de leur ouvrir les veines et de faire jaillir le sang sur la comtesse.

On prétend même’ qu’on remplissait parfois des baignoires de sang et qu’Elizabeth s’y baignait avec ravissement. Comme sa peau délicate ne supportait pas d’être essuyée avec des serviettes, ce sont d’autres filles qui devaient la débarrasser du sang en lui léchant le corps avec leurs langues. Celles qui s’évanouissaient étaient sévèrement châtiées avant de servir de victimes à leur tour.

On prétendit aussi que la comtesse utilisait parfois une forme primitive de la « vierge de fer » que nous avons évoquée au début de cet article déambulant au sein des labyrinthes noirs de l’âme humaine.

Personne n’osait porter officiellement plainte, ni ceux qui savaient, ni les parents des jeunes filles disparues qui craignaient des représailles car les Bathory et les Nàdasdy étaient bien trop puissants.

Mais le roi Matthias de Hongrie prit l’affaire en main. Convaincu par certains témoignages, que l’héritière des Bathory était coupable de crimes de sang, il ordonna une enquête qu’il confia au gouverneur de la province, lui-même cousin d’Elizabeth. Le gouverneur se rendit secrètement à Csejthe et s’informa auprès de certaines personnes de confiance, en particulier le curé qui, sans avoir l’intention de le publier de son vivant, avait rédigé un long mémoire dans lequel il signalait quantités de faits pour le moins troublants. L’envoyé du roi Matthias fut très vite édifié, et, lorsqu’il eut fait son rapport, la décision du roi fut implacable: arrêter la comtesse Bathory et tous ses complices. Il confia cette à un autre cousin d’Elizabeth (qui avait été un temps son amant) son premier ministre, le comte Gyorgy Thurzo.

Le 29 décembre 1610, à la tête d’une troupe armée le comte Thurzo pénétra dans le grand château. La garnison n’opposa aucune résistance : « Ils allèrent à travers le château, et, accompagnés de gens munis de torches connaissant les entrées des escaliers les plus secrets, descendirent au souterrain des crimes d’où montait une odeur de cadavre et pénétrèrent dans la salle de tortures aux murs éclaboussés de sang. Là se trouvaient encore les rouages de la « Vierge de Fer », des cages et des instruments, auprès des brasiers éteints. Ils trouvèrent du sang desséché au fond de grands pots et d’une sorte de cuve. Ils virent les cellules où l’on emprisonnait les filles, de basses et étroites chambres de pierre; un trou profond par où l’on faisait disparaître les gens; les deux branches du souterrain, l’une conduisant vers le village et débouchant dans les caves du petit château, l’autre allant se perdre dans les collines… ».

Plus loin, toujours dans le souterrain, Thurzo et ses hommes découvrirent plusieurs douzaines de jeunes filles, d’adolescentes et de jeunes femmes. Certaines étaient affaiblies, presque complètement vidées de leur sang; d’autres, dans un état d’hébétude totale, étaient encore intactes : c’était le bétail réservé aux prochaines orgies. Par la suite, on exhuma une cinquantaine de cadavres de jeunes filles dans les cours et les dépendances du château.

Lorsque le comte Thurzo se présenta devant Elizabeth Bathory elle ne songea pas un seul instant à nier l’évidence. Aux accusations que lui porta son cousin et ex-amant, elle répondit que tout cela relevait de son droit de femme noble, et qu’elle n’avait pas à se justifier.

Mais la procédure de la justice était en marche et plus rien ne pouvait l’arrêter

Le procès fut lourd et très pénible, surtout lorsque les témoins décrivirent certaines scènes. Un premier exemple : « les complices d’Elizabeth attachaient les mains et les bras très serrés avec du fil de Vienne, puis battaient les victimes à mort, jusqu’à ce que tout leur corps fût noir comme du charbon et que leur peau se déchirât. L’une supporta plus de deux cents coups avant de mourir. Dorko leur coupait les doigts un à un avec des cisailles, et ensuite leur piquait les veines avec des ciseaux… Jo Ilona apportait le feu, faisait rougir les tisonniers, les appliquait sur la bouche et mettait le fer dedans. La maîtresse a toujours récompensé les vieilles quand elles avaient bien torturé les filles. Elle-même arrachait la chair avec des pinces, et coupait entre les doigts ».

Un second : « Elle battait les filles cruellement et Darvulia mettait les jeunes servantes dans l’eau froide et les laissait toute la nuit. La comtesse elle-même déposait dans leur main une clef ou une pièce d’argent rougie au feu. A Sravar, Elizabeth a, devant son mari Férencz Nàdasdy, dévêtu une petite parente de son mari, l’a enduite de miel et laissée un jour et une nuit dans le jardin pour que les insectes et les fourmis la piquent. Elle, Jo Ilona, était chargée de mettre entre les jambes des jeunes filles du papier huilé et de l’allumer… Dorko coupait avec des ciseaux les veines des bras ; il y avait tant de sang qu’il fallait jeter de la cendre autour du lit de la comtesse, et celle-ci devait changer de robe et de manches. Dorko incisait aussi les plaies boursouflées et Elizabeth arrachait avec des pinces la chair du corps des filles… ».

Tout ces témoignages, quelles que soient les réserves que l’on peut émettre à leur propos, sont accablant et corroborent partiellement les chiffres ahurissants qui circulent encore : six cents jeunes filles sacrifiées par la comtesse Elizabeth Bathory et ses complices, voire six cent cinquante…

La comtesse fut évidemment reconnue coupable par les juges qui se penchaient sur son cas. Mais la question se posait quant à la peine qu’elle devait encourir. On sait que le roi Matthias était résolu à condamner la comtesse à mort, quels que fussent ses liens avec l’illustre famille des Bathory. Mais la famille Bathory, et le comte Gyorgy Thurzo le premier, n’avaient aucune envie de salir leur nom en faisant procéder à l’exécution publique d’une des plus grandes dames de l’Empire. Il y eut des négociations, des compromis. On se dit qu’il valait mieux faire passer Elizabeth pour folle que pour une criminelle. Le verdict tomba: les principaux complices, Jo Ilona, Ficzko, Dorko et Katalin Beniezky furent condamnés à la décapitation et rapidement exécutés. Quant à la comtesse de sang royal, elle fut condamnée à être murée vive dans ses appartements privés du petit château de Csejthe.

Sous la surveillance des juges et du comte Thurzo, des maçons murèrent donc les fenêtres et les portes de ses appartements, ne laissant qu’une petite ouverture par laquelle on passerait tous les jours de l’eau et de la nourriture. Elizabeth Bathory se laissa enfermer sans prononcer une parole. Elle vécut quatre ans dans la solitude et l’obscurité. Aux dires de ceux qui la virent dans son dernier sommeil, en dépit de son âge : cinquante-quatre ans, sa beauté était inaltérée. On retrouva, dans ses appartements, de nombreux grimoires, et surtout des invocations sataniques dans lesquelles elle conjurait le Diable de faire mourir ses ennemis.

L’examen du cheminement intellectuel conduisant à l’élaboration de la « vierge de fer » et aux outrances sadiques de la comtesse Elizabeth Bathory peut laisser à imaginer que nous nous situons ici aux confins de l’esprit humain. Dans ses pires cheminements…

Hélas… Il suffit d’examiner l’Histoire de l’Antiquité ou l’Histoire contemporaine (y compris en 2010 !) pour se rendre compte que les concepteurs de la « vierge de fer » et la comtesse Bathory sont des humains « presque » ordinaires.

L’Homme peut concevoir et façonner des projets grandioses qui faciliteront la vie de millions d’êtres humains tout en protégeant notre planète. Il peut aussi orchestrer le massacre de millions de victimes innocentes. Ne nous trompons pas, il y a des Elizabeth Bathory partout. Il y a des idéologies criminelles partout. Et si le nazisme et le communisme sont directement responsables du massacre de cent cinquante millions d’êtres humains qui ne demandaient qu’à vivre, les idéologies scélérates sont partout.

Car l’Homme est partout !

Espérons seulement qu’il n’essaime pas à travers l’univers…

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