La circulation thermohaline

La beauté des océans risque de se métamorphoser en cauchemar pour nos proches descendants...

« Le temps du Monde fini commence »

Paul Valéry – Regards sur le monde actuel

Nous avons eu un hiver froid en France. Naturellement, les admirateurs de Claude Allègre et ceux qui confondent météorologie et climatologie ont immédiatement décrétés que le « réchauffement climatique » était un leurre.

En réalité, le réchauffement climatique est une réalité avérée que nos propres enfants subiront de plein fouet.

Le phénomène que nous décrivons brièvement ci-dessous s’inscrit totalement dans cette logique douloureuse, même si certains de ses effets peuvent paraître étranges…

Les conséquences les plus dramatiques du réchauffement climatique, que ce soit pour l’Homme ou pour la Nature, ne viendront pas de l’atmosphère.

Elles seront issues de l’eau, que ce soit en raison d’une carence en eau douce ou en raison de l’élévation du niveau des mers.

Tapie dans les profondeurs des océans, une circulation discrète bousculera toutes nos certitudes et crucifiera (le terme n’est pas trop fort…) les espérances de nos enfants. Elle porte un nom bizarre : la circulation thermohaline.

Avant cela, revenons un instant à l’essentiel.

Parallèlement aux grands flux atmosphériques, la circulation océanique contribue à transférer les excédents de chaleur accumulés des latitudes équatoriales vers les océans arctique et antarctique cerclant les pôles. Mais, à la grande différence des mouvements atmosphériques, les courants marins de surface se prolongent souvent sur quelques décennies.

Si l’on prend l’océan Atlantique pour exemple, on constate que les eaux de surface des zones tropicales, chaudes et salées, remontent vers le nord via les courants de surface, c’est-à-dire le courant nord-atlantique et le célèbre Gulf Stream. Pendant leur remontée vers les contrées septentrionales, ces courants se refroidissent et les eaux de surface deviennent de plus en plus denses. Arrivées près du Groenland, du Labrador, de l’Islande et des côtes de la Norvège, ces eaux sont si denses qu’elles plongent dans les abîmes marins et réoxygènent les couches profondes de l’Atlantique nord.

Les eaux de surface qui remontent l’Atlantique par le biais du Gulf Stream se chargent en sel, à cause de l’évaporation et deviennent plus froides, chacun de ces phénomènes contribuant à les rendre plus denses.

Au moment de l’hiver, près du pôle Nord, une partie du sel contenu dans l’eau de mer qui gèle (pour former la banquise) est expulsé, et renforce encore la salinité de l’eau de mer qui ne gèle pas, laquelle se met alors à être tellement dense qu’elle « plonge » vers les profondeurs. On parle de formation d’eaux profondes pour désigner ce phénomène. Les courants de surface de l’océan mondial et cette plongée des eaux dans la mer de Norvège étant en connection permanente, ce courant sert de « moteur » à une partie de la circulation océanique globale

Cette boucle alimente une masse d’eau profonde, North Atlantic Deep Water, qui transporte environ 20 millions de m3 à la seconde.

C’est ce colossal tapis roulant que l’on appelle circulation thermohaline.

Gigantesque, ce courant abyssal parcourt tout l’océan Atlantique du nord au sud.

En arrivant en face de l’Antarctique il bifurque et se sépare en deux branches. L’une remonte l’océan Indien et resurgit en surface au sud de l’Inde, l’autre longe l’Antarctique avec un flux principal qui encercle le continent austral, alors que le second remonte dans l’océan Pacifique en se glissant entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

S’essoufflant enfin, il sillonne la Mélanésie et la Micronésie avant de réapparaître en surface au large du Japon.

Cette circulation thermohaline est un régulateur essentiel du climat et son cheminement est très lent car ce courant abyssal met plus de 500 ans pour parcourir l’océan Atlantique.

Il faut rajouter encore un millénaire avant de parcourir les eaux ultramarines du Pacifique.

On devine à cet instant le sens réel de l’expression « irréversibilité des conséquences climatiques » que certains scientifiques emploient désormais afin de matérialiser crûment les défis qui nous attendent dans les décennies à venir.

Avec des facteurs temps dont l’unité de mesure n’est pas l’année, mais le millénaire, il n’est pas nécessaire d’être un spécialiste mondialement connu pour imaginer les conséquences potentielles de ces dérèglements dont nous constituons l’un des facteurs aggravant.

Nous évoquions en préambule des effets « étranges » liés à au dérèglement de la circulation thermohaline. On peut en citer un qui séduira les sceptiques…

Si la circulation thermohaline se ralentit ou s’interrompt, ceci perturbera les courants marins de surface. Conséquence : les effets réchauffant du Gulf Stream sur la côte Ouest de l’Europe s’atténueront. Cela signifie que le réchauffement climatique global qui affecte toute notre planète entraînera… un refroidissement du climat sur la façade atlantique !

Ce refroidissement sera passager bien sûr, mais l’emballement de la machine climatique provoquera des effets contradictoires et parfois déroutants. Mais, lorsque l’on aura inopportunément emballé le climat et que les deux types de circulations océaniques -les courants de surface et la circulation thermohaline– se seront affolés, toute action ultérieure sera parfaitement inutile.

Autant essayer d’arrêter un TGV avec un filet à papillon…

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