Héraclite : un météore dans la nuit

Grâce à Héraclite, tout est possible...

L’Histoire de l’humanité est constellée de destins hors normes. Certains transcendent l’humain, d’autres l’avilissent.

Indéniablement, Héraclite d’Ephèse se situe dans la première catégorie.

Nous avons une tendresse toute particulière pour ce philosophe présocratique que des philosophes aussi prestigieux que Nietzsche et Hegel plaçaient au-dessus de tous les autres.

Un philosophe que l’on mit aussi en parallèle avec Lao Tseu. Il est vrai que leurs apophtegmes se rejoignent parfois en une troublante complicité.

Résumer sa vie est un exercice obligatoirement parcellaire si l’on prend en compte les 2 500 ans qui nous séparent.

Héraclite naquit à Éphèse vers 550 avant J. C. Issu d’une famille de prêtres et de rois (il était un descendant de Codros dont le fils -Androclès- fonda la ville d’Ephèse), il aurait renoncé aux titres et aux honneurs de sa classe.

De son œuvre, ne nous sont parvenus que des fragments épars. Trois thèmes majeurs et récurrents se dégagent : la recherche d’un fondement unique du monde comme totalité, l’unité des contraires et l’écoulement des choses.

Sa recherche du principe matériel du monde le conduit à la considération des éléments premiers: la terre, l’eau, l’air, le feu. À l’origine du Tout était le feu. Soumis à la volonté divine, le feu se transforma en mer, puis la moitié de la mer devint la Terre que nous habitons.

Dans cette perspective, l’origine du monde s’orchestre autour de l’opposition des contraires, du mouvement universel des astres et de l’obsédante cyclicité d’un « éternel retour ».

Il n’y a pas opposition entre le concept de mouvance perpétuelle et celui d’éternel retour. Seule une différence d’échelle entre en jeu.

A l’aune d’une vie humaine : « on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve » car l’eau du fleuve n’est jamais exactement la même à chaque seconde qui passe. Fort de cette analyse, Héraclite démontre par ailleurs que le « devenir » est le lien obligatoire entre les phénomènes.

A l’aune du cosmos, le principe de cyclicité peut se réapproprier une vraie pertinence : « ce monde, le même pour tous, ni dieu ni homme ne l’a fait, mais il était toujours. Il est et il sera, feu toujours vivant, s’allumant en mesure et s’éteignant en mesure ».

On reconnaît immédiatement ici le caractère prémonitoire d’une analyse qui se fonde sur l’observation de la nature lorsque l’esprit se dépare enfin de tous les carcans qui, trop souvent hélas, le paralyse.

Or ce feu toujours vivant qui s’allume et s’éteint en mesure… c’est la vie des étoiles au sein de leur galaxie tutélaire.

Un brasier stellaire naît des scories d’une étoile défunte (nova ou supernova), puis elle vit pendant plusieurs milliards d’années. Elle s’enfle démesurément, explose et meurt. Et de ses cendres naîtra une autre étoile qui, à son tour, ensemencera l’univers à la fin de sa vie.

Nous touchons ici le génie et l’hallucinante modernité d’Héraclite : il ne s’interdisait rien !

Il laissait fuser son imagination et observait la nature et les hommes avec un regard sombre, inquisiteur. Mais ce regard était empreint aussi -et surtout- d’une fantastique capacité d’émerveillement.

Cela n’échappera à personne, Héraclite d’Ephèse nous fascine.

Il nous fascine tellement que nous lui avons réservé un rôle essentiel dans l’intrigue de « Cathédrales de brume »…

Comme nous le précisions en préambule, les plus grands philosophes du XIXe et du XXe siècle célébrèrent sa lucidité et ses capacités à regarder sans cesse et sans tabou « au-delà des apparences ».

Cette qualité demeure encore assez rare à notre époque pour être soulignée ici.

Nietzsche ne s’y est pas trompé lorsqu’il écrit : « Plus on a voulu cerner de près le problème de savoir comment, par un reniement de soi, le défini a jamais pu être engendré de l’indéfini, comment la temporalité est née de l’éternité et l’iniquité de la justice, plus la nuit s’est obscurcie » (La philosophie à l’époque tragique des grecs). 

Dans le droit fil de l’analyse de Nietzsche, l’héroïsme de l’insondable qu’Héraclite nous propose en partage doit nous interpeller : regardons plus loin ; et différemment.

Se positionner au-delà du défini, de la temporalité et d’une iniquité viscéralement ancrée en nous, symbolise un exercice difficile. Presque insurmontable.

Mais Héraclite est là. A nos côtés.

Il nous convie à l’impossible. Comme nous l’avons déjà précisé dans notre article consacré à Sir Ernest Shackleton, oser l’impossible est la seule attitude raisonnable !

Sans cela, la nuit citée par le grand philosophe allemand s’obscurcira.

Et elle nous engloutira…

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