Eolienne ou hydrolienne ?

Des grandes pales à l'utilité discutable... sauf pour leurs promoteurs !

Dans sa recherche frénétique -et un peu tardive il est vrai…- d’énergies renouvelables ne dégageant pas de gaz à effet de serre, l’Homme se triture les méninges.

Après avoir utilisé le solaire et la géothermie, il décide donc de discipliner les forces du vent et de la mer. Ceci se traduit par la mise en construction d’éoliennes et d’hydroliennes.

Pour faire simple, une éolienne utilise l’énergie cinétique de l’air (le vent) et une hydrolienne utilise l’énergie cinétique de l’eau (les marées et les courants marins).

Le principe est ancien car, dès le Moyen Age, on fabriqua des moulins à eau et des moulins à vent qui fonctionnent, eux aussi, selon le même principe. Dans les deux cas on transforme donc l’énergie mécanique du vent et des courants marins en énergie électrique.

Comment ça marche ?

Une éolienne géante est composée d’un mat très haut qui permet de positionner le rotor à une hauteur où les vents sont plus importants qu’au niveau du sol. Par ailleurs, la taille gigantesque de certaines pales -elles dépassent parfois 50 mètres- nécessite un mat culminant souvent à plus de 100 mètres (la plus grande actuellement mesure… 135 mètres !). Le rotor est composé de trois pales et du moyeu central (le « nez » de l’éolienne). Enfin, une nacelle est installée au sommet du mat. Elle contient les composants mécaniques et électroniques nécessaires au bon fonctionnement de la machine.

Une hydrolienne fonctionne de la même façon mais la machine et les pales sont immergées. La turbine de l’hydrolienne transforme donc l’énergie hydraulique en énergie électrique. La principale différence réside dans le fait que l’énergie issue des courants marins et des marées est inépuisable et non polluante (comme le vent) mais qu’elle est parfaitement régulière et totalement prédictible.

En 2010 on peut connaître sans aucune erreur les mouvements des marées pour 2020 ou 2030, alors que l’on ne sait toujours pas avec précision qu’elle sera l’intensité du vent demain matin.

Dans les deux cas on constate immédiatement que ces énergies propres sont des énergies d’avenir. Mais, comme nous allons le voir immédiatement, les hydroliennes présentent de nombreux avantages par rapport aux éoliennes.

On peut citer :

–          l’impact esthétique : s’il est évident qu’une éolienne géante ne dénature pas plus un paysage de plaine qu’un pylône électrique, il en est tout autrement dans des paysages naturels magnifiques. L’érection de ces phallus géants déplaît souvent aux habitants des zones concernés. Cela se comprend aisément…

–          l’efficacité immédiate : l’énergie cinétique de l’eau étant 600 fois plus importante que celle du vent, une hydrolienne est beaucoup plus petite qu’une éolienne et ses pales peuvent tourner beaucoup plus lentement, ce qui préserve ainsi la faune marine,

–          l’efficacité sur le moyen et long terme : le vent étant par nature capricieux, la palme de la régularité et de l’efficacité revient naturellement aux hydroliennes qui ne sont nullement assujetties à ces contraintes,

–          la solidité : les éoliennes sont inefficaces lorsqu’il n’y a pas de vent (ce qui est logique), mais elles sont inefficaces aussi… lorsqu’il y a trop de vent ! Un comble…

Les hydroliennes s’avèrent donc être une solution beaucoup plus pérenne que les éoliennes tout en préservant mieux la nature. Leur efficacité est par ailleurs redoutable car la seule utilisation des courants littoraux normands et bretons permettrait de produire 3 gigawatts, soit l’équivalent de trois réacteurs nucléaires !

Cependant, la plupart des pays développent massivement l’éolien au détriment de l’hydrolien.

Pourquoi ?

La réponse tient en six lettres : l’argent.

Construire et développer des éoliennes rapporte beaucoup d’argent à de nombreux acteurs : les entreprises électriques, les collectivités locales, les paysans qui consacrent un morceau de champ pour accueillir ces mats disgracieux… La problématique étant fondamentalement différente dans le cas des hydroliennes, les programmes ont pris beaucoup de retard.

Il faudra pourtant bien investir dans l’hydrolien avant qu’il ne soit trop tard.

Nous complétons cet article avec deux extraits d’une analyse récemment effectuée par Jean-Marc Jancovici sur son site : http://www.manicore.com/ .

Jean-Marc Jancovici est un spécialiste des énergies et du climat. Il fait partie du Comité de la Fondation Nicolas Hulot depuis 2000 et à mis au point pour l’ADEME le « bilan carbone ».

Il donne ici des réponses à deux questions simples concernant la pertinence du développement massif de l’énergie éoliennes.

La première peut se résumer ainsi : « l’éolien est-il une solution pour lutter contre les émissions à effet de serre ? ».

Voilà sa réponse.

« Sachant que régler le problème du changement climatique nécessite de diviser la consommation d’énergie fossile mondiale par 2 à 3 aussi vite que possible, et, dans les pays développés, par 4 à 12 (soit une diminution de 75% à 92% !), nous voyons tout de suite que l’éolien, qui ne peut substituer que 1% à 2% de cette même consommation, restera une marge de manœuvre marginale.

En outre stocker des quantités massives d’électricité n’est pas possible aujourd’hui, recourir à l’éolien « autant que possible » signifie, en pratique (et c’est bien comme cela que procède les pays très engagés) : que les éoliennes sont reliées au réseau, et fournissent de l’électricité quand il y a du vent, et que, nécessairement, une autre forme de production d’électricité soit utilisée les jours sans vent.

Supposons par exemple que nous souhaitions produire 20% à 25% de notre électricité avec de l’éolien couplé au réseau, ce qui veut dire que la capacité installée correspond à pas loin de la totalité de la puissance appelée du pays quand le vent souffle assez fort (à cause du fameux facteur 4 mentionné plus haut). Cela signifierait en fait que nous produirions 100% de notre électricité avec de l’éolien les jours où il y a assez vent, mais que, les jours quasiment sans vent (ce qui, même sur l’ensemble du territoire, arrive de temps en temps), soit nous aurions presque 100% d’électricité en moins sur le réseau, soit…. nous la ferions autrement.

Sauf à ce que le consommateur accepte des restrictions importantes (réparties comment ?) les jours avec peu de vent cela imposerait alors de construire aussi des centrales thermiques (donc fonctionnant au charbon, au gaz ou au pétrole) qui seraient mises en route en l’absence de vent. En effet, les centrales nucléaires ne peuvent pas être arrêtées et mises en route « à la demande » sur des créneaux de quelques heures (lorsqu’un réacteur nucléaire est fortement ralenti de manière rapide, il se produit un processus appelé « empoisonnement xénon » qui empêche le redémarrage à pleine puissance dans les heures qui suivent).

Par ailleurs, les lacs de barrage sont déjà utilisés au quasi-maximum : en France, le « potentiel techniquement installable » est considéré comme déjà occupé à 90%.

A consommation constante, installer des éoliennes pour produire l’essentiel de notre électricité nous forcerait donc à disposer, pour une puissance installée équivalente, de centrales thermiques ou hydrauliques. Si nous sommes dans un pays qui dispose déjà d’énormément de barrages (exemple : la Norvège) rajouter des éoliennes permet d’augmenter la production totale d’électricité sans augmenter les émissions, mais si nous sommes dans un pays qui n’a pas cette caractéristique géographique, alors l’éolien est un moyen d’économiser 20% à 25% de combustible dans des centrales à gaz ou à charbon qu’il faut conserver, et en aucun cas un moyen de remplacer lesdites centrales. »

Comme on le voit à la lecture de ce qui précède, densifier massivement le réseau des éoliennes géantes susceptibles d’apporter 10 à 20% de l’énergie électrique en France revient à réutiliser de façon importante les centrales thermiques qui, comme chacun le sait, sont polluantes et génèrent de très grandes quantités de gaz à effet de serre.

On marche sur la tête !

Seconde question posée par Jean-Marc Jancovici : « L’éolien est-il un mode de production local ? ».

Voilà sa réponse :

« Un des arguments souvent mis en avant par les promoteurs de l’éolien est de dire qu’il s’agit d’un mode de production « décentralisé ». Cet argument est hélas doublement inexact :

une éolienne produit du courant en moyenne tension (20 kV), qui est ensuite monté en tension pour être injecté dans le réseau de transport (qui va de 90 kV à 400 kV). De ce fait il n’y a pas de correspondance entre le lieu de production et le lieu de consommation, l’éolien alimentant, comme tous les autres modes de production électrique sauf le photovoltaïque intégré au bâti, un réseau « global », et heureusement pour les Danois, sinon leur système électrique, incapable de faire consommer localement l’électricité éolienne produite quand le vent souffle fort, serait part terre à chaque dépression !

dans la mesure où une puissance installée significative en éolien suppose l’existence d’un réseau et d’autres moyens de production « ailleurs » qui permettront de gérer la forte variabilité de l’éolien, ce caractère local devient inexistant : quand l’éolienne est bien locale mais que l’ensemble ne peut fonctionner que grâce à un réseau national voire international, on ne voit pas bien où est le coté « autonomie » qui est sous-jacent à l’adjectif « local »… ».

Ces quelques remarques démontrent éloquemment que l’énergie éolienne est utile et constituera réellement un complément appréciable dans le cadre d’une politique forte et diversifiée quant au remplacement des énergies fossiles par des énergies renouvelables. Mais elle ne justifie en aucun cas cette « frénésie » qui défigure nos campagnes pour un résultat global plutôt décevant.

Les hydroliennes constituent, à l’évidence, une bien meilleure solution.

Mais elles font gagner beaucoup moins d’argent. Cherchez l’erreur…

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