Gilgamesh ou l’immortalité félonne

Roi d'Uruk, Gilgamesh chercha le secret de l'immortalité...

Ecrite probablement dès le XVIIIe siècle avant J.C., l’épopée de Gilgamesh est rédigée en akkadien et s’inspire de récits encore plus anciens (sumériens, akkadiens ou élamites) composés dès la fin du IIIe millénaire.

Elle est souvent considérée comme étant le récit littéraire le plus ancien de l’humanité, ceci excluant naturellement les textes religieux, administratifs ou à caractères scientifiques qui remontent parfois jusqu’à l’orée du IVe millénaire avant J.C.

La véracité historique de Gilgamesh fut régulièrement mise en doute car aucune trace archéologique n’attestait son existence réelle. Depuis quelques décennies cette réalité s’est partiellement concrétisée. On a en effet retrouvé des listes royales et des documents gravés attestant le règne de Lugalbanda qui -selon les interprétations que l’on donne de la chronologie de la première dynastie d’Uruk- fut le père ou le grand-père de Gilgamesh.

Loin de cette querelle de spécialiste, nous préciserons que Gilgamesh fut probablement roi d’Uruk vers 2600 avant J.C.

Pour les distraits, rappelons ici qu’Uruk symbolisa une des toutes premières « cités-états » qui jalonnèrent les rives du Tigre et de l’Euphrate à l’apogée de la civilisation mésopotamienne. Celle-ci fut l’une des trois grandes civilisations qui illuminèrent la fin de la période protohistorique avec la civilisation égyptienne et celle de la vallée de l’Indus.

En Mésopotamie, les premières cités-états qui eurent un rôle vraiment important furent Eridu, Ur et Uruk, toutes les trois étant situés dans l’actuel Irak et près de l’embouchure des deux fleuves jumeaux. A titre d’information, on peut citer aussi Kish, Larsa ou Isin.

Un peu plus à l’est, fleurissait le royaume élamite et sa somptueuse capitale : Suse.

Le cadre étant sommairement brossé, revenons à l’étonnante histoire de ce roi d’Uruk qui n’est pas sans rappeler les douze travaux d’Hercule. Ni l’histoire de Noé…

Le roi d’Uruk règnait d’une manière intransigeante. Sans être réellement tyrannique, il gouvernait d’une main de fer et son peuple souffrait sous le joug.

Compatissante, la déesse Aruru matérialisa un « double » de Gilgamesh. Hirsute, dénuée de toute élégance naturelle, cette brute au cœur d’or s’appelait Enkidu.

Un chasseur le rencontra et fut effrayé par le colosse dépenaillé. Il fit part de sa découverte au roi Gilgamesh. Celui-ci lui ordonna de retourner à la rencontre du géant en compagnie de la plus belle des servantes du palais de la ville d’Uruk.

Le chasseur partit donc avec la jeune femme. Lorsqu’ils rencontrèrent Enkidu, l’homme s’enfuit apeuré et la laissa seule auprès du géant. Elle commença à lui parler pour le convaincre d’aller vivre dans la ville. Enkidu fut charmé par la jeune servante du palais et décida de la suivre. En chemin, il apprit avec elle les coutumes des hommes, ainsi que leur langue.

Pendant ce temps, Gilgamesh fit deux rêves étranges : à chaque fois un énorme météore tombait du ciel. Il demanda à sa mère Nin-Sun d’interpréter le sens de ces rêves. Celle-ci lui révéla qu’un homme allait arriver à Uruk et que les habitants d’Uruk allaient lui vouer une admiration sans borne. Cependant, au lieu de devenir son ennemi, ce géant serait le meilleur ami de Gilgamesh.

Enkidu arriva quelques jours après à Uruk. Il apprit que le roi était un redoutable despote et que, par sa faute, le peuple d’Uruk souffrait beaucoup. Il décida d’affronter Gilgamesh.

Leur bataille fut terrible. Enkidu sortit vainqueur du combat. Mais il ne profita pas de sa victoire et déclara : « Je pensais que tu étais un tyran cruel. Je vois que tu es un roi courageux et que tu mérites de régner. Si tu le veux, je serais ton ami ».

Gilgamesh comprit que son rêve s’était réalisé. Il accepta d’être l’ami d’Enkidu et l’invita à vivre dans le palais royal. Le géant accepta, mais il fut rapidement las de cette vie monotone.

Gilgamesh conçut alors le projet d’aller dans une forêt de cèdres située bien loin du royaume, pour en couper les arbres. Lorsqu’il en parla à Enkidu, ce dernier rechigna car la forêt de cèdres était habitée par le terrible géant Humbaba, dont le souffle était aussi terrible que l’ouragan, et dont la bouche crachait du feu. Gilgamesh lui rétorqua que tous les hommes sont mortels, et qu’à leur mort, seul le souvenir de leurs actes demeure.

Enkidu fut convaincu par ces arguments.

Les deux amis marchèrent longtemps, puis ils pénétrèrent dans la forêt et ne tardèrent pas à rencontrer son terrible gardien. Celui-ci était encore plus grand que Gilgamesh et avait au milieu du visage un oeil unique qui transformait en pierres les êtres sur lesquels il posait son regard.

Gilgamesh pria Shamash -le dieu Soleil- qui lui vint en aide en faisant monter dans le ciel neuf tempêtes et neuf vents brûlants qui aveuglèrent Humbaba. Celui-ci se débattit, mais ne parvint pas à lutter contre des forces aussi puissantes. Il s’écroula sur le sol et Gilgamesh coupa la tête du monstre d’un coup d’épée.

Du haut de la montagne, la déesse Ishtar observait la scène et tomba amoureuse de Gilgamesh, qu’elle trouvait beau et courageux. Elle s’empressa de le rejoindre pour lui demander de l’épouser. Malgré la très grande beauté de la déesse et sa sensualité débridée, Gilgamesh refusa ses avances. Il savait qu’Ishtar était très capricieuse et particulièrement redoutable.

Furieuse, la déesse envoya le taureau divin à la poursuite de Gilgamesh. Enkidu entendit le galop du taureau et il parvint à s’écarter. D’un puissant coup d’épée il réussit à abattre le monstre mugissant.

Les deux géants furent accueillis en héros lorsqu’ils entrèrent dans la ville d’Uruk.

La vie pleine de faste reprit son cours au palais de la ville d’Uruk. Mais le coeur d’Enkidu était rempli d’angoisse. Il savait que les dieux étaient en colère à cause de la mort du géant Humbaba et qu’ils chercheraient à se venger.

Une nuit, il rêva qu’un lion ailé possédant des serres d’aigle fondait sur lui pour l’emporter dans les cieux. Il fit part de ce rêve à Gilgamesh. Celui-ci tenta de rassurer Enkidu, mais il savait qu’il s’agissait d’un mauvais présage.

Enkidu commença à perdre ses forces. Il mourut au bout de neuf jours.

Gilgamesh éprouva une tristesse immense et l’idée de sa propre mort commença à le tourmenter. Il décida alors d’entreprendre un voyage aux confins du monde pour trouver le vieillard Umnapishti qui connaissait le secret de l’immortalité.

Après une longue marche, il arriva au pied du mont Mashu où résidait le dieu Soleil. Cette montagne était gardée par des hommes-scorpions. Ceux-ci, surpris par l’audace de Gilgamesh, décidèrent de le laisser passer pour emprunter le long tunnel qui traversait la montagne de part en part.

Il découvrit en sortant un jardin merveilleux rempli d’arbres dont les fruits étaient des pierres précieuses. Shamash s’adressa à lui et lui conseilla de rester dans ce jardin, d’en profiter tant qu’il voudrait, et d’abandonner son projet de trouver Umnapishti.

Gilgamesh remercia le dieu Soleil mais poursuivit sa route. Il quitta la fraîcheur du jardin et dut traverser un désert brûlant. Heureusement, il passa près d’une maison où une femme, Siduri, l’accueillit, lui donna à boire et à manger. Elle aussi tenta de le dissuader de poursuivre son voyage en lui rappelant que tous les hommes sont mortels. Elle lui conseilla de profiter de chaque instant de sa vie sans rechercher l’immortalité.

Mais, Gilgamesh demeura sourd à ses conseils.

Siduri lui révéla alors qu’Umnapishti habitait sur une île et qu’un batelier pouvait l’aider à traverser l’océan.

L’homme accepta d’emmener Gilgamesh et ils débarquèrent sur l’île.

Umnapishti vint à la rencontre du roi d’Uruk. Lorsque Gilgamesh le questionna, il lui raconta comment il était devenu immortel.

Il y avait très longtemps de cela, les dieux avaient décidé d’engloutir la Terre et les hommes sous un déluge. Mais le dieu Ea avait prévenu Umnapishti, qui construisit un grand bateau dans lequel il embarqua sa famille ainsi que les animaux de sa ferme. Après sept jours de pluie, il put accoster sur une île où le dieu du vent l’avait poussé.

Les dieux décidèrent de le laisser vivre sur cette île et de lui accorder l’immortalité. Ainsi Umnapishti avait-il reçu l’immortalité en cadeau, sans pouvoir en révéler le secret.

Comme Gilgamesh semblait vouloir persévérer dans son projet, Umnapishti décida de le soumettre à une épreuve. Pour montrer qu’il était digne d’être immortel il devrait rester éveillé six jours et six nuits en priant les dieux d’exaucer son voeu.

Gilgamesh accepta. Mais au bout d’une heure, épuisé par son long voyage, ses paupières se fermèrent.

Le roi d’Uruk comprit la leçon du vieillard. Il abandonna donc son projet. Il décida de retourner à Uruk. Umnapishti lui fit cadeau d’une plante qui permettait de rester toujours jeune. Mais au cours du voyage, un serpent lui déroba la plante magique.

De retour à Uruk, Gilgamesh reprit son trône.

Il régna plus sagement et plus miséricordieusement qu’avant le jour où il avait connu son ami Enkidu.

Lorsque la mort s’approcha, il n’eut pas peur en pensant au sommeil bienfaisant qu’il avait goûté dans l’île d’Umnapishti.

Nous avons peut-être consacré beaucoup de temps à cette épopée, mais elle présente à nos yeux un triple intérêt :

–          elle constitue le plus archaïque roman de toute l’histoire de l’humanité dont nous ayons conservé le texte presque intégral (en d’innombrables versions tronquées, il est vrai),

–          certains exégètes prétendent que l’épopée de Gilgamesh est aussi le plus ancien récit de science-fiction… Cette assertion est probablement excessive. Mais il faut reconnaître que plusieurs ingrédients majeurs s’y retrouvent. Par ailleurs, l’un des plus « grands » de la SF -Robert Silverberg- a consacré deux romans distincts à notre illustre roi d’Uruk, à son ami Enkidu et à son odyssée !

–          elle résonne enfin étrangement en nous, car cette quête d’immortalité fait écho à l’intrigue de notre récit et à l’effroyable tourment enduré par le héros principal de notre premier roman « Cathédrales de brume ».

Condamné à survivre pendant plusieurs millions d’années, sans bouger ni pouvoir mettre fin à ses jours, Amaranth Heliaktor doit parcourir simultanément les labyrinthes de l’espace extragalactique et ceux de sa propre psyché. Il est contraint alors à revivre en lui toute l’Histoire du Monde ; et principalement ses moments les plus cruciaux.

Naturellement, les instants de joies intenses et de plaisirs torrides sont balayés par la souffrance et la sauvagerie.

Lorsque l’immortalité devient torture…

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