Les mystères de l’ipséité

Se retrouver en soi... et dans les autres !

Nous illustrons cet article consacré à l’ipséité en privilégiant un regard non humain : un tarsier malgache dans le cas présent.

Ce choix peut surprendre, mais nous le revendiquons…

La langue française est riche : plus de 50 000 mots. On peut naturellement regretter que les trois quarts d’entre eux soient devenus obsolètes, ou purement et simplement négligés.

Cela n’empêche nullement la Terre de tourner, mais cette sclérose du langage est une défaite.

Une de plus.

Dans le cas spécifique de l’ipséité, il est évident que ce terme ne fait jamais la Une des journaux télévisés ou des blogs. Ce n’est pas dramatique en soi. Mais, comme nous allons le voir immédiatement, cette notion est pourtant essentielle et prégnante.

Ipséité vient du latin ipso qui signifie « la chose en elle-même ». Allons un peu plus loin…

La définition usuellement admise est : le pouvoir d’un sujet pensant de se représenter lui-même comme demeurant le même malgré tous les changements physiques et psychologiques qui peuvent advenir à sa personne au cours de son existence.

En lisant cette définition on a un désagréable sentiment de « déjà vu ». On peut légitimement se demander quel est l’intérêt de se poser une pareille question, car il paraît très évident que l’on a toujours conscience d’être soi-même !

Evident ? Peut-être.

Mais…

Lorsqu’un choc affectif violent nous est asséné par la vie, est-on toujours la même personne ?

Lorsque l’on subit dans son âme et dans sa chair des tourments insoutenables, est-on toujours le même ?

Lorsque l’on décide de changer radicalement de vie, est-on toujours le même ?

Lorsque l’on est partiellement frappé d’amnésie (suite à un accident par exemple), est-on toujours le même ?

Ce questionnement pose immédiatement l’intrigante interrogation relative à notre propre identité.

Ce mot désigne en fait deux réalités a priori opposées : le propre et le semblable. Or les deux catégories du propre et du semblable sont inséparables l’une de l’autre.

Etablir l’identité d’un être, quel qu’il soit, c’est découvrir en quoi il demeure semblable à lui-même à travers les aléas du temps qui, chacun le sait intuitivement, est un facteur de dissemblance et de dissolution des êtres.

Or rien ne résiste au temps. Seule l’ipséité constitue un rempart fragile, mais efficace, à cette lente dissolution de l’être.

Heureusement pour nous…

Dans un livre remarquable : « Soi-même comme un autre », le philosophe Paul Ricoeur a mis en lumière un « invariant relationnel » permettant d’enraciner l’idée d’une continuité ininterrompue de la personne, ce qui est par ailleurs réellement souhaitable pour notre équilibre mental !

Il s’efforce de définir un « qui » irréductible à tous les « quoi », c’est-à-dire une sorte de permanence dans le temps.

Dans cette définition -certes un peu ardue- la définition de l’ipséité passe par la relation à autrui.

Et c’est pour cette raison que nous sommes tous les deux en quête permanente d’altérité, à travers nos romans comme à travers nos vies. Car c’est l’autre qui nous enrichit et nous apprend qui nous sommes.

La réflexion solitaire est sans espoir… une sorte d’onanisme intellectuel et psychique qui conduit au rapetissement sur soi. Voire à la haine de l’autre.

Une bien triste fin…

La découverte de notre propre identité et de l’ipséité qui nous soutient lorsque la vie éparpille nos espérances, constitue donc un instant capital dans l’existence d’un être. En effet, antérieurement au sujet qui se forme lui-même, la personne est cet être qui découvre ses possibilités les plus intimes à partir de sa vie dans le monde.

L’être se retrouve alors en lui-même et de nombreuses contradictions s’estompent.

L’ipséité est donc un ciment fondamental qui nous relie à nous-même et aux autres. Conscient de cette opportunité, optimisons farouchement cette fantastique « capacité cachée » afin de nous retrouver tout en vivant pleinement, et sereinement, au sein d’un monde de plus en plus hostile. Un monde qui s’aveugle et déréalise l’avenir ; c’est par ailleurs le thème central de notre nouveau roman : « Katharsis ».

Cette démarche -que nous nommons « vision holistique du monde, des autres et de nous-mêmes » dans notre thriller- est difficile, mais pas impossible.

Celà vaut vraiment la peine d’essayer, alors que ce profilent devant nous des Apocalypses climatiques, humaines et sociales, sans équivalent dans l’Histoire de l’humanité…

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Un commentaire sur “Les mystères de l’ipséité

  1. Pas mal du tout votre explication. Je trouve cela intéressant. Cela donne envie de jeter un œil à votre travail. Par contre, si je devais mettre un petit bémol (puisque ça m’a interpellé), c’est le passage « La réflexion solitaire est sans espoir… […] Voire à la haine de l’autre. » Et comparer ça à une masturbation… ! Là je vous trouve radicale. C’est un point sur lequel nous ne serions pas d’accord. Merci pour votre article.

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