La Vénus à la fourrure et les infortunes de la vertu

Le Diable est dans les détails... mais lesquels ?

« Essayant de donner, on voit qu’on n’a rien, Voyant qu’on n’a rien, on essaye de donner, Essayant de donner, on voit qu’on n’est rien, Voyant qu’on n’est rien, on désire devenir, Désirant devenir, on vit »

René Daumal – Le Mont Analogue

Rédigés respectivement en 1870 et en 1787, « La Venus à la fourrure » de Sader Masoch et « Les infortunes de la vertu » du Marquis de Sade symbolisent parfaitement deux ouvrages que l’on qualifia souvent de « sulfureux ».

La Venus à la fourrure sanctifie la soumission poussée jusqu’à l’extravagance. « Confessions d’un suprasensuel » constitue un roman dans le roman qui raconte comment un homme (Séverin) devient volontairement l’esclave d’une femme (Wanda von Dunajew) lors de jeux érotiques débridés.

Les infortunes de la vertu a été écrit à la prison de la Bastille deux ans avant 1789. Destiné au début à faire partie des « Contes et fabliaux du XVIIIe siècle », ce récit se développa et quitta le format de la nouvelle pour devenir progressivement un roman. Deux autres versions s’étoffèrent encore et devinrent « Justine ou les malheurs de la vertu » quatre ans plus tard.

Prémices des ouvrages les plus licencieux du « divin marquis », ce roman ouvrit la Boite de Pandore de tous les fantasmes…

Ces deux ouvrages font donc ostensiblement référence à des auteurs qui -apparemment- sont assez peu fréquentables et qui ont généré par leurs outrances verbales les mots « sadisme » et « masochisme ».

De tristes sires semble-t-il. Mais…

Comme nous l’avons déjà mis en lumière dans un article de notre skyblog intitulé « Le Marquis de Sade était-il un humaniste ? », il ne faut pas se fier aux apparences. En effet, Sade démontra dans plusieurs écrits qu’il structurait son œuvre dans la veine d’un moraliste confronté à la logique carcérale. Par ailleurs, ses prises de position hostiles à la peine de mort (ce n’était pas vraiment d’actualité juste après 1789 !) filigranent une personnalité qui va bien au-delà du libertin débauché et jouisseur.

Pour les êtres humains, la carte n’est pas le territoire

L’exemple de ces deux romanciers « sulfureux » doit réellement nous dessiller et nous conduire à porter un regard différent sur la vie et sur les êtres.

Cette vision holistique et désinhibée du monde, des autres et de nous-même, est au centre de nos romans. Et c’est pour cette raison que nous écrivons de la science-fiction car nous pouvons bousculer ainsi tous les champs du possible.

Pour faire simple, nous pouvons résumer cette approche en l’apparentant au « paradigme de l’iceberg ».

Lorsqu’un iceberg dérive dans les océans arctique ou antarctique, nous ne voyons que 10% de son volume global.

Lorsque les astronomes contemplent notre univers, ils observent moins de 5% de sa masse totale.

Lorsque nous vivons pendant des années avec un être que l’on aime et avec lequel on partage tout, on ne connaît que 5 ou 10% de l’être intime qui gît en lui.

Comme le dit lapidairement René Char : « le visible n’est que l’épiphanie de l’invisible ».

Si l’on veut en savoir plus sur la Nature, les humains et nous-même, il faut donc bousculer le carcan des apparences et gratter le glacis des vérités premières sempiternellement ressassées.

Internet et les réseaux sociaux démontrent éloquemment cette impuissance à « hausser le réel d’un ton » comme le suggérait Bachelard (L’air et les songes). Une mosaïque presque infinie de redites et d’analyses prédigérées borne notre horizon. Et ceci gangrène nos espérances tout en émasculant nos potentialités réelles.

Il faut s’inspirer de Giordano Bruno et transgresser. Transgresser sans cesse. Naturellement, cette transgression doit être positive et se matérialiser à travers des approches et des comportements qui privilégient association et complémentarité.

Ce n’est pas gagné…

Par le biais de nos deux premiers romans nous prônons ouvertement cette vision holistique du monde et la mettons en perspective à travers une quête d’altérité sans entrave.

Dans « Cathédrales de brume » cette quête confine même à la démesure, mais nous revendiquons pleinement ce choix. On peut en effet apprendre beaucoup sur soi en noyant son regard dans celui d’un animal ou en s’immergeant au cœur d’une forêt profonde tout en écoutant les silences de la Terre.

L’Homme n’est pas la mesure ultime de l’univers, il n’en est qu’une didascalie griffonnée aux lisières d’une planète qui souffre.

Si nous souhaitons reprendre contact avec l’invisible et cesser de nous noyer dans les fastes trompeurs du visible, il faut « ouvrir ses sens ». La sensualité prend ici un sens congru car elle situe nos perceptions et notre moi intime à la frontière entre deux mondes. Un orgasme torride ou une émotion artistique sont du même ordre, car ils se prolongent bien au-delà de notre modeste enveloppe corporelle. La sensualité est, par ailleurs, la fille naturelle de l’émotion…

Lorsque l’on a pris goût à ces étranges connivences entre deux mondes qui s’ignorent trop souvent, on repense à René Char.

Et on le remercie.

Merleau-Ponty alla plus loin en précisant : « Quand la vision métamorphose les structures du monde visible et se fait regard de l’esprit, c’est toujours en vertu du phénomène fondamental de réversibilité qui se manifeste par une existence presque charnelle de l’idée comme par une sublimation de la chaire » (Le visible et l’invisible).

Nous acquiesçons totalement…

Une vision qui métamorphose le monde sensible et se fait regard de l’esprit manque cruellement à notre époque.

Sader Masoch et le Marquis de Sade développèrent une prose outrancière et souvent blasphématoire, mais nous leur accordons ici le privilège de la réversibilité.

Un privilège que nous devrions accorder à chaque être humain. L’invisible pourrait probablement à cet instant déployer ses fastes tout en émerveillant la lie du quotidien.

Pour cela il suffit simplement de changer de perspective et d’appréhender le monde et l’humain d’une manière un peu différente.

Au XVIIe siècle, Angelus Silesius précisait : « Si tu perds la vue à force de regarder le soleil, la faute est dans tes yeux, non dans sa grande lumière » (Le pèlerin chérubinique).

L’heure est probablement venue pour l’Homme de se déclore…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s