Noctis Labyrinthus

Mars : le Labyrinthe de la Nuit...

Depuis les aubes les plus reculées de l’humanité la symbolique du labyrinthe obsède nos pensées et crucifie notre logique.

Les plus grands auteurs : Kafka ou Borges pour n’en citer que deux, se sont régulièrement efforcer à l’art délicat de la déambulation saccadée dans un espace vital que nul regard ne peut étreindre totalement.

Depuis les labyrinthes tracés avec des pigments végétaux dans les grottes du Néolithique aux labyrinthes contemporains que l’on édifie fugacement dans nos champs afin de distraire les enfants, ces moments d’éternité pétrifiée assaillent encore notre esprit en s’imposant tranquillement.

Sobrement.

Le mythe d’Ariane et Thésée est puissant. La violence du Minotaure aussi. Mais ces résurgences d’un passé qui vrombit en nous, et que nous ne pouvons dissiper d’un simple geste, nous remémorent que nous sommes toutes et tous filles et fils d’Ariane. Perdus dans le labyrinthe d’une existence que nous ne comprenons pas, d’un monde que nous ne comprenons plus, nous errons en cherchant, ici et là, quelques bribes d’une sérénité passagère.

Et qui s’estompe au moindre souffle de vent.

Le labyrinthe que nous évoquons en titre illustre parfaitement cette obsession née du fond des âges. Mais ce Labyrinthe de la Nuit –Noctis Labyrinthus– n’est pas situé en Crête ou dans les méandres d’un affluent de l’Amazone.

Noctis Labyrinthus trône au centre de la planète de tous les records : Mars !

Aussi surprenant que cela puisse paraître, la planète Mars est vraiment hors normes. Elle est pourtant proche de la Terre et de dimension assez réduite, puisque son diamètre est égal à la moitié de celui de notre planète et sa masse est seulement égale à 10% de celui de la Terre.

Mais cette planète apparemment anodine ne l’est nullement. A sa surface d’une couleur uniformément ocre et rouille, on découvre des « monstres » géologiques.

Mars s’enorgueillit en effet d’abriter les quatre plus hautes montagnes du système solaire. Dans un vaste espace portant le doux nom de « Dôme de Tharsis » on trouve en effet quatre volcans éteints : Arsia Mons, Pavonis Mons, Ascraeus Mons et Olympus Mons, dont les hauteurs s‘échelonnent entre 14 000 mètres et… 25 kilomètres !

Dans un autre registre, Mars abrite aussi la plus colossale cicatrice tectonique de tout le système solaire : Valles Marineris. Longue de 4 000 kilomètres (alors que la circonférence de Mars est seulement de 21 000 kilomètres…), elle atteint parfois plus de 7 000 mètres de profondeur !

Le gigantisme du Grand canyon du Colorado se nanifie à cet instant en regard de cette balafre cyclopéenne qui barre l’équateur martien.

Situé à l’ouest de cette gorge impressionnante, un ahurissant lacis de gorges étroites se fragmentant sans cesse conclue étonnamment ce défi au bon sens et au cartésianisme.

Ce dédale oppressant s’appelle : Noctis Labyrintus.

Nous y voilà…

Frissonnant sous les zéphyrs martiens, cet enchevêtrement de canyons soigneusement imbriqués les uns dans les autres égarerait un pisteur sioux, aussi sagace soit-il.

Cet entrelacs lithique aux formes torturées est aussi un paysage d’ombre lorsque le soleil bascule à l’horizon. L’étreinte monstrueuse unissant fugacement l’ombre et la lumière, la cendre et le feu, obnubile alors le regard.

Nous évoquions Jorge Luis Borges au début de cet article, laissons-le évoquer un instant ce moment magique et angoissant à la fois : « Toujours est émouvant un coucher de soleil quelque indigent ou bigarré qu’il soit, mais plus émouvant encore est cet éclat désespéré et final qui rouille la plaine lorsque le dernier soleil s’est abîmé. Nous avons peine à soutenir cette lumière tendue et distincte, cette hallucination qu’impose à l’espace l’unanime crainte de l’ombre » (Afterglow).

Une hallucination imposant à l’espace l’unanime crainte de l’ombre… c’est pour cette raison que nous aimons cette structure martienne qui défie l’imagination et claquemure nos angoisses dans un écrin d’angoisses plus impérieuses encore…

Nous l’aimons tellement que nous lui avons consacré une place de choix dans l’un de nos deux romans : « Cathédrales de brume ».

Confronté à une situation affolante : survivre pendant plusieurs millions d’années sans pouvoir bouger, ni mettre fin à ses jours… notre héros se réfugie passagèrement dans les arcanes d’une beauté austère et grandiloquente à la fois. Une beauté qui instille dans l’âme des sentiments partagés ; mais toujours très puissants.

Règnent ici : la terreur devant une architecture qui outrepasse l’imagination, la fascination au contact d’une force tellurique issue des débuts flamboyants et cataclysmiques de l’Univers, et la sérénité en regard d’une immobilité pétrifiée qui nous remémore que nous ne sommes qu’un brimborion follement agité et qui s’éteindra toujours trop promptement.

La contemplation de ce Labyrinthe de la Nuit et de ses formes convolutées nous remet face à nous-même. L’expérience est grandiose.

L’expérience est affolante…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s