Eloge des herbes folles

Tacca Chantrieri, une plante hallucinante...

La majorité des êtres humains ne se passionnent guère pour le monde animal. Le constat est pire encore lorsque l’on se préoccupe du règne végétal.

Les plantes constituent au mieux un décor agréable, dans le jardin ou en vacances par exemple. Mais, généralement, elles ne constituent qu’un aliment banal.

Parfois, le regard se pose sur un massif de fleurs magnifiques et qui embaument. Ou l’âme s’émeut fugacement face à un arbre majestueux. Dans ce dernier cas, l’émotion vient de la puissance titanesque dégagée par un géant végétal dont la ramure ébouriffée nous écrase de sa puissance nonchalante.

Et c’est tout…

Le relatif mépris dont souffre le règne végétal est pourtant totalement infondé. Un seul exemple suffit.

Imaginez qu’en un instant l’un des deux règnes cités plus haut (animal et végétal) disparaisse.

Que se passera-t-il ?

Si nous prenons l’exemple de la disparition immédiate et brutale du règne animal, la réponse st simple : il ne se passera rien… Dans les semaines et les mois qui suivront ce cataclysme, les végétaux continueront à prospérer sans difficulté puisqu’ils bénéficieront toujours de la lumière et de l’eau nécessaires à leur croissance.

Puis, au fil des années, de lentes modifications apparaîtront. Les plantes dépendant étroitement des animaux pour leur reproduction finiront par disparaître. D’autres se métamorphoseront insensiblement. Et celles qui subissaient la prédation des herbivores s’étofferont et recouvriront les plaines, les collines et les vallons.

Un million d’années plus tard la Terre sera toujours recouverte d’une végétation épaisse et luxuriante. Elle sera simplement un peu différente…

Que se passerait-il si le règne végétal devait disparaître en un instant ?

La réponse est fondamentalement différente. C’est le moins que l’on puisse dire…

Au bout de quelques jours seulement des milliards de milliards d’animaux strictement herbivores mourront de faim. Les carnivores se nourriront naturellement de cet immense charnier inattendu. Ils feront en quelques jours le plus colossal festin de tous les temps.

Puis les charognards finiront la besogne.

Et après ?

Les prédateurs ayant dévoré en quelques jours toutes leurs proies habituelles, ils seront contraints à se dévorer entre eux. La loi du plus fort multipliée par mille… Un vrai régal !

Un million d’années plus tard, seules quelques espèces particulièrement résistantes (grands reptiles, insectes cuirassés ou poissons abyssaux par exemple) auront survécues à cette Apocalypse inédite.

Qui ressort vainqueur de ce fantasmagorique combat ?

Le monde végétal…

Dans ce monde étrange où la métamorphose et la capacité d’adaptation sont deux qualités récurrentes, nous ignorons plus encore les herbes des champs. Ces petites plantes anodines que nous foulons aux pieds sont souvent d’une élégance rare et leurs tiges grêles ondulant sous la caresse du vent symbolisent la grâce et la beauté fragile.

Elles sont émouvantes et utiles. Et nous les méprisons…

Ecoutons juste un instant la suave élégance des noms que nos ancêtres leur attribuèrent. Voilà un modeste florilège à la poésie simple, parfois coquine : pimprenelle, cabaret des oiseaux, cymbalaire, nigelle de Damas, lysimaque, criste-marine, Adonis goutte de sang, osmonde royale, nombril de Vénus, ornithogale, grande brize, astragale, belle-de-jour, salsepareille, dame-d’onze-heures, mercuriale, herbe aux femmes battues, ruine de Rome, fessecul, polygale, androsace, flouve odorante, mélilot

Il y en a des milliers.

Et ces noms bigarrés nous remémorent les premiers matins du monde.

En nous attardant un instant sur le destin d’herbes a priori insignifiantes nous demeurons parfaitement en phase avec cette vision holistique du Monde que nous prônons dans nos romans et qui s’alimentent directement de la destruction totale de tous les tabous intellectuels qui occultent notre intelligence, notre sensibilité.

Notre capacité à nous émouvoir.

Si vous désirez en savoir plus sur les plantes et leurs phénoménales capacités d’adaptation, lisez Eloge de la plante (Le Seuil) écrit par Francis Hallé. Après cela, vous ne regarderez plus les champs, les jardins et les forêts avec un œil arrogant. Vous dégusterez la Nature.

Et vous dégusterez donc la Vie…

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