Interview Oksana (dec 2009) pour Dailynord.fr

Oksana (photo Yves Cham)

Oksana, star du X et écrivain

Par Nicolas Montard • le 09 décembre 2009 • Dans la catégorie DailyUne, Petite histoire Lis moi avec webReader

Je suis née à Maubeuge, je vis à Valenciennes, j’ai reçu de nombreux prix pour ma carrière d’actrice, je viens de sortir un bouquin. Qui suis-je ? Vous ne savez toujours pas ? Il fallait peut-être préciser le genre de film : pornographique. Oksana vous exclamez-vous derrière votre écran avant de vous reprendre « non, je te jure, je savais pas ma chérie… ». A 27 ans, l’une de nos plus fières représentantes dans le monde du porno est désormais écrivain. DailyNord ne pouvait pas laisser passer l’occasion d’en parler.

oksana Actrice pornographique et écrivain. La dualité peut faire sourire, il faut bien l’avouer. Une actrice porno n’a forcément rien dans le ciboulot, c’est bien connu. Alors, écrire un pavé de près de 500 pages, on y croit à peine. Vérification faite, sur la couverture figure un autre nom, celui de Gil Prou. Ouais, ben ceci explique cela. Elle a juste mis son nom là-dessus pour faire vendre. Eh bien non, assure Oksana, auteur de Cathédrales de Brume : « Avec Gil, ça fait quatre ans qu’on se connaît, explique Oksana. On a d’abord mis deux ans à écrire le projet. Et ensuite, on s’y est mis. Moi, je m’occupais plus de côté émotionnel, Gil du côté plus technique. Et on échangeait nos textes. » Pour donner une histoire de science-fiction autour d’un naufragé de l’espace à la recherche de son univers. Une thématique pas si étonnante que ça selon la jeune femme : « L’univers et le sexe sont deux choses qui passionnent le monde. »

« La pornographie n’est pas un crime »

Sexe. Nous y voilà. Car pour le moment, la célébrité d’Oksana ne vient pas de ses écrits (qui ne sont pourtant pas mal, voir l’encadré, car on a lu le bouquin). Mais de ses exploits filmés. Salope 3, Madame, La Veuve, Oksana, flic en uniforme, pas besoin de faire un dessin, on ne regarde pas Oui-Oui fait du ski. Oksana est actrice pornographique. Et le revendique fièrement quoique puissent en penser certains esprits étriqués : « Déjà, la pornographie n’est pas un crime. Ensuite, ce n’est pas dégueulasse, tout dépend comment c’est fait. Alors, les gens qui me jugent… C’est marrant ça : le sexe, tout le monde pratique, mais c’est encore tabou en 2010…. C’est du plaisir. Alors pourquoi se cacher ? »

Pourquoi pas en effet ? En tout cas, Oksana n’a jamais eu envie de se planquer. Née à Maubeuge, titulaire d’un DEUG MIAS (Mathématiques, informatique et applications aux sciences), elle est tombée dans le monde du sexe assez tôt. « J’avais envie de découvrir ça. Pour moi, c’était une expérience. » Elle tourne alors dans son premier film à 21 ans, avec le hardeur Manuel Ferrara, qui deviendra une star outre-Atlantique. Elle, sera repérée par le pape du porno Marc Dorcel. En 2005, elle commence à collaborer avec lui. Et c’est l’enchaînement. Elle passe dans les médias, à la télévision, parraine des salons érotiques, etc. Et joue parallèlement dans une vingtaine de films. Seulement ? Faut dire que celle qui habite à Valenciennes a quelques exigences qui ne plaisent pas forcément au milieu : « J’ai toujours choisi mes films, je n’ai pas tourné n’importe quoi. Jamais de gonzo (porno sans scénario) et j’ai toujours imposé les préservatifs sur les tournages. »

Oksana TV, antenne sensualité

Exigeante l’Oksana ? Faut dire qu’à l’entendre, le porno n’est pas juste bon à assouvir quelques pulsions. « On peut faire du bon porno, assène-t-elle. Les gens n’achètent pas forcément que pour le X. Ils attendent d’autres choses aussi : une vraie histoire, un vrai scénario en dépassant l’angle caricatural. Et surtout amener un peu plus d’émotion. » Volonté qui peut prêter à sourire mais à laquelle Oksana croit dur comme fer sans mauvais jeu de mots. Au point de créer sa propre société de production, Oksana TV, à peine un mois au compteur : « Je compte désormais produire mes propres films, confirme celle qui était encore en tournage il y a quelques jours en Belgique. En fait, je commençais à avoir du mal à trouver mon épanouissement dans la production française actuelle. » Trop usine à fric et ne laissant pas de place à la sensualité. « Oksana TV me permettra également de faire des vidéos plus personnelles, de petits reportages, ce sera plus épanouissant. Avec des gens qui ne sont pas forcément issus du X, c’est intéressant. »

Des Valenciennois pensent qu’elle se balade nue…

Epanouissant certes. Mais on se doute qu’Oksana compte aussi les euros. D’autant qu’elle sait qu’une carrière pornographique ne dure pas toute une vie. Et, contrairement à ce que l’on peut penser, tourner dans un film X ne rapporte pas des milliards. « C’est plus le téléchargement d’images sur internet par exemple qui est une rentrée d’argent. Ou les shows en discothèques. Mais je ne me plains pas, je gagne bien ma vie. » En diversifiant ses revenus et en jouant sur son nom, à l’instar de ceux qu’on pu faire deux autres égéries du porno, la nordiste Brigitte Lahaie ou la célèbre Clara Morgane ? Elle ne s’en cache pas. Et cela a-t-il pu l’aider pour trouver un éditeur, Rivière Blanche, à son nouvel opus ? « Peut-être. En tout cas, je n’ai pas hésité à mettre ce pseudo. Alors si bien sûr des gens peuvent avoir des a priori, finalement, je m’en fiche. Je ne m’occupe pas du qu’en dira-t-on. Je vis ma vie. » En n’hésitant pas à se balader dans Valenciennes, où elle vit actuellement. Sans crainte ? « Ça se passe super bien dans la rue, sourit-elle. Bon, parfois, après une exhib dans une émission où je n’ai rien sous le manteau, des gens croient que je me balade comme ça, je leur explique que je m’habille quand même ! » Elle peut désormais ajouter qu’elle écrit. Deux autres tomes sont d’ailleurs en préparation.

Le blog d’Oksana, Oksana TV (interdit aux moins de 18 ans)

DES CATHEDRALES BIEN EDIFIEES

cathedrales La question vous brûle les lèvres : que donne l’alliance d’une star du porno et d’un ex-responsable de filiales de la FNAC ? Eh bien, au risque de décevoir les détracteurs, Oksana et Gil Prou tirent bien leur épingle du jeu avec leurs Cathédrales de brume. Un roman de science-fiction avec lequel les deux auteurs voulaient faire passer les messages suivants : «nos différences nous enrichissent »,  «l’être et le paraître »,  «la sensibilité et les émotions ». Les messages passent : notre naufragé de l’espace, accompagné de sa sentinelle électronique, s’avère au final un compagnon plutôt agréable à la lecture. Alors, bien sûr, ne nous excitons pas, Cathédrales de brume n’est pas le roman du siècle, il arrive à l’intrigue de parfois s’enliser, notamment à cause d’un style parfois trop littéraire. Mais le roman a largement sa place en librairie et séduira les aficionados du genre.

Cathédrales de Brume, éditions Rivière Blanche. Disponible à la FNAC par exemple.

 

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