La terre « boule de neige »

Depuis quelques années, la communauté scientifique internationale évoque l’accroissement du réchauffement climatique qui affecte notre planète depuis que l’Homme a décidé de produire en très grandes quantités des gaz à effet de serre (gaz carbonique et méthane par exemple). On évoque des hausses de la température moyenne qui pourraient atteindre 5 à 8° en un siècle.

C’est colossal et cela fait légitimement peur.

Il faut savoir, toutefois, que le climat de la Terre a varié dans des proportions beaucoup plus importantes lorsque l’on se propulse dans la préhistoire de l’astre qui nous accueille et nous nourrit. La seule différence -de taille il est vrai- c’est que nous serons 9 milliards d’êtres humains dans une quarantaine d’années. 9 milliards de bouches avides à nous partager, de moins en moins équitablement, des ressources en chute libre.

Le vrai problème est là…

Il y a quelques millions d’années, le climat de notre planète a parfois été sensiblement plus chaud et le niveau des océans était donc plus élevé qu’actuellement. Ce fut principalement le cas au Crétacé, au Permien et au Dévonien. A l’inverse, il a souvent été infiniment plus glacial que tout ce que l’on peut imaginer.

L’épisode le plus radical de ce refroidissement hyperboréen est très ancien. Les scientifiques définissent cette période à travers une expression imagée : la Terre « boule de neige ». On ne peut guère être plus clair…

Cet épisode glacial se déroula il y a… 700 millions d’années !

Une précision s’impose avant de commencer. La tectonique des plaques le confirme parfaitement : les continents terrestres ne sont ni immuables, ni figés. Depuis que notre Terre s’est suffisamment refroidit et qu’une mince croûte (moins de 10 kilomètres au fond des océans !) recouvre le magma qui gît en son centre, les continents glissent sur ce globe en incandescence permanente. Parfois ces continents sont relativement dispersés, comme c’est le cas actuellement. Parfois ils sont étroitement regroupés en un ou deux gros blocs que l’on appelle alors supercontinent.

Il y a 800 millions d’années c’était exactement le cas. Toutes les terres émergées étaient réunies de part et d’autre de l’équateur en un seul supercontinent auquel les géologues ont donné le nom de « Rodinia ».

L’ère géologique qui nous concerne ici s’appelle « Néoprotérozoïque ». Devant l’élégance monstrueuse et quasiment incompréhensible de ce nom, on se demande encore pour quelle raison les as du marketing en cosmétologie ne l’ont pas immédiatement adopté pour une crème anti-rides…

La partie centrale de cette période, qui s’étale quand même sur 450 millions d’années, correspond à un long épisode glacial nommé « glaciation Varanger ». Pendant cette période, le supercontinent Rodinia commence à se fragmenter tout en restant positionné le long de l’équateur. Cette intense activité géologique (volcans en éruption, pluies diluviennes, formation de bras de mer) accélère la dissolution des roches continentales jusqu’à présent regroupées ensemble.

Lié à une baisse du taux de gaz carbonique atmosphérique, l’ensemble de ces phénomènes entraîne une première baisse de la température moyenne de 7 à 8°.

Avec l’apparition de calottes glaciaires importantes, le taux de gaz carbonique atmosphérique décroît encore. Après l’atteinte d’un seuil critique irréversible, l’instabilité en découlant aurait provoqué une impressionnante dégringolade des températures : -50° !!!

Dans ces conditions extrêmes, les glaciers se seraient étendus jusqu’à l’équateur et tous les océans auraient été gelés sur plusieurs centaines de mètres de profondeur. Un monde constellé d’icebergs tabulaires géants et dont toutes les terres émergées seraient caparaçonnées de glace.

Le Paradis…

Evidemment, toutes les formes de vie existant à cette lointaine époque (principalement des eucaryotes multicellulaires) ne survécurent qu’au fond des océans. Mais ce choc climatique et la disparition presque totale de toutes les formes de vie eurent un effet salutaire par la suite.

Quelques dizaines de millions d’années plus tard (quand même…) on assista à une totale émergence de la Vie à travers ce que l’on nomme parfois « l’explosion du Cambrien » qui vit apparaître la faune d’Ediacara, puis la faune de Burgess. Nos premiers et très lointains ancêtres !

Il peut paraître étrange d’évoquer une terrifiante et très longue chute des températures au Néoprotérozoïque (on ne se lasse pas…), c’est-à-dire il y a 700 millions d’années, alors que le monde entier évoque la problématique du réchauffement climatique. Et pourtant…

L’observation de cet épisode d’une « Terre boule de neige » nous apporte un triple éclairage :

–          les variations climatiques sont continuelles depuis 4 milliards d’années et les causes sont extrêmement variées, même si les principales sources de ces variations sont essentiellement astronomiques et volcaniques,

–          cette titanesque glaciation qui métamorphosa notre planète en une gigantesque « boule de glace » eut une conséquence très positive : l’apparition progressive de formes de vie sophistiquées qui évoluèrent sans cesse depuis (nous vous recommandons le livre de Stephen Jay Gould intitulé La vie est belle, qui résume parfaitement l’ahurissante luxuriance de cette « explosion du Cambrien »),

–          mais elle nous confirme aussi, hélas, que lorsque la machine climatique commence à s’emballer, personne ne peut l’arrêter…

Une leçon à méditer rapidement à l’instant précis où le Sommet de Copenhague révèle au grand jour notre impuissance et nos contradictions. Oksana & Gil

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