Chronique de Cathédrales de brume sur Wagoo

 

Parution osée pour Rivière blanche que ce copieux roman, co-signé par un ancien patron de la FNAC et une star du cinéma porno, tous deux passionnés entre autres d’égyptologie. D’autant qu’il ne s’agit là que du premier volet d’une trilogie.

Et pourtant, alors qu’il aurait été tellement prévisible de voir déclinées des scènes de sexe sous divers angles, Cathédrales de brume fait le choix d’une science-fiction ambitieuse, tendant plutôt vers la hard SF, privilégiant une écriture précieuse, voire ampoulée. On aurait toutefois aimé savoir quelles étaient les contributions respectives de chacun des auteurs, de quelle manière le travail d’écriture s’était déroulé.

Le principal protagoniste, Amaranth Heliaktor, est un voyageur du XXVème siècle qui se retrouve, suite à la destruction du vaisseau qui le transportait, isolé dans une navette de survie. Le hic, c’est qu’il est contraint à l’immobilité physique au cœur d’un sarcophage, maintenu en vie par des nano-machines et un sérum de survie contenu en doses quasiment infinies, lui assurant une espérance de vie d’une dizaine de millions d’années. Il n’est d’ailleurs pas totalement seul, puisqu’une intelligence artificielle, à la durée de vie plus réduite, l’accompagne.

 Menacé de sombrer dans la folie, Amaranth s’efforce de survivre intellectuellement en imaginant des cathédrales de brume, autrement dit en s’efforçant de reconstituer scènes de sa vie passée, œuvres d’art ou paysages grandioses, au plus près de la réalité. On peut voir là comme une ode à la beauté artistique, esthétique au sens large, d’autant que les visions dantesques, plus hautes en couleurs les unes que les autres, sont fréquentes.

Le risque, s’enfermer dans une vision autocentrée en privilégiant les souvenirs d’Amaranth, qui cherche un refuge à la folie au sein de lui-même, est globalement évité grâce à un dépassement des seules perspectives nombrilistes. D’abord en élargissant le propos à la réflexion philosophique sur la nature de l’univers, avec le concours d’Héraclite, excusez du peu, parmi une copieuse galerie de personnages tirés de l’Histoire. Ensuite parce que les cathédrales de brume du duo sont sujettes à des parasitages non identifiés en provenance de l’extérieur, et surtout qu’elles fusionnent peu à peu avec le réel.

Il faut dire qu’une énigme subsiste : pourquoi le navire de survie d’Amaranth s’est-il retrouvé chargé de la totalité des réserves de liquide d’immortalité, et pourquoi les trois places normalement prévues n’ont-elles pas été occupées ?

En fait, c’est à une vaste odyssée, proche de celle du Créateur d’étoiles d’Olaf Stapledon, emplie de vie extra-terrestre, que les deux auteurs nous invitent, une quête baroque, constituée surtout de dialogues et de descriptions ayant pour thème le sens de la vie dans une perspective à la dimension cosmique.

Parmi de multiples élaborations, on retiendra en particulier les Daëdalus, forme de vie quasiment immortelle, n’ayant nulle pulsion de violence ni nécessité de s’alimenter, et vivant dans cinq dimensions spatiales et deux dimensions temporelles. Cathédrales de brume a toutefois tendance à plusieurs reprises à verser dans une démarche esthétisante systématique apparaissant surjouée, excessive , voire fort peu crédible (ces animaux préhistoriques capables de communiquer par le langage humain), générant à l’occasion une certaine lassitude.

 Heureusement, l’intérêt est alors relancé, le plus souvent par une rencontre dans l’espace réel. Le roman est donc de ceux qui susciteront rejet ou enthousiasme.

Pour l’heure, notre préférence penche clairement du côté du second terme.

Samedi 12 Décembre par Maestro

Editions Rivière blanche

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